La tradition d’une Mère divine à laquelle nous sommes
le plus habitués est celle d’Eve, la Mère universelle. Seulement, dans
les Ecritures modernes qui la concernent, on met près d’elle un homme, Adam.
Or, dans les Ecritures primitives, cet homme n’existe
pas. On appelle la terre végétale qui a produit l’Arbre de vie : Terre
Adamique, ou Adama, et c’est de ce mot qu’on a fait Adam, quand
on a révisé l’histoire.
Mais, d’abord, la grande divinité des Hébreux, la
femme bénie, c’est HeVaH, « douée d’une beauté majestueuse et sainte qui ne
pouvait créer dans l’âme des enfants un sentiment autre que celui d’une
religieuse vénération. »
Hévah ou Havah est « Celle qui donne la vie ».
Les Hébreux en firent une Etoile, à la lumière douce
et majestueuse, chaste et voilée ; elle est le Feu Sacré, l’emblème
terrestre du soleil. C’est pour cela que le Soleil devint « la demeure
céleste du très-haut ». Les prêtres ont mis dans le ciel d’en haut ce que
le premier symbolisme avait fait descendre dans l’Esprit très-haut de la
Déesse.
Mais cette vénération du Principe-Mère, de la Reine
des Cieux, de l’Intelligence universelle, fut cachée par les Juifs, qui nous
diront qu’elle est restée dans le domaine élevé de la spéculation.
Cependant, les anciens prophètes (qui étaient des
prophétesses) en parlent continuellement.
Jérémie constate qu’on lui a rendu un véritable culte
en Israël, « mais depuis le temps que nous avons cessé de faire des
encensements à la Reine des Cieux, et de lui faire des aspersions, nous avons
manqué de tout et nous avons été consumés par l’épée et par la famine »
(ch. XLIV).
L’Eve antique a poussé l’homme inerte dans la sphère du savoir ; c’est à
l’Eve moderne d’achever la grande mission de son ancêtre, qui est de créer la
renaissance morale de l’homme en le faisant participer à la réorganisation de
la société sur les principes de l’amour tout-puissant. Et il y aura alors un
nouveau ciel et une terre nouvelle, dans lesquels régnera la Vérité. Les
peuples briseront leurs glaives pour en faire des charrues ; la guerre
disparaîtra, l’humanité ayant atteint l’unité dans la foi par la conscience de
la Vérité.