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Commentaire de Jean Dugenêt

sur De la mort de Lénine à la prise du pouvoir par Hitler


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Jean Dugenêt Jean Dugenêt 3 octobre 2021 15:35

@CN46400
Parlons de « l’ilôt de socialisme » que Staline prétendait faire en Russie. Vous parlez de décourager toute tentative de contre révolution. Mais c’est une contre-révolution préventive que Staline a faite en exterminant tous les révolutionnaires et bien au delà. Il a pour cela mobilisé la réaction. A Paris sa bande de tueurs qui assassinaient les trotskistes était composée quasi-exclusivement de russes blancs.

Voici à ce sujet un passage d’un article que je prépare :

Les services secrets de Russie étaient, comme toutes les administrations de Russie à cette époque, marqués par les purges de Staline. Pour la période qui nous intéresse, c’est Nikolaï Iejov (Nikolai Yezhov), qui était le chef suprême du NKVD (la police politique) du 25 septembre 1936 au 24 novembre 1938 succédant à Yagoda. Il prend donc ses fonctions peu de temps après le premier procès de Moscou (août 1936). Il est le principal artisan de la mise en œuvre des grandes purges staliniennes au cours desquelles plus de 750 000 personnes furent exécutées. Il fut à son tour une victime de Staline. Il a été fusillé le 4 février 1940 soit deux ans après son prédécesseur Guenrikh Yagoda exécuté le 15 mars 1938 sur ses ordres. Il avait toutes les qualités pour plaire à Staline. Il était surnommé le « nabot sanguinaire » (Il mesurait 1,57m). Son degré d’instruction était nul : « école primaire inachevée ». Voici notamment ce qu’en dit la Wikipédia : « Il est décrit diversement comme un alcoolique, prédateur sexuel, appréciant les orgies avec des « camarades secrétaires » des deux sexes, et avec une tendance prononcée pour le sadisme, bien que périodiquement dépressif. Il assiste fréquemment aux exécutions et prend part personnellement aux séances de torture des accusés les plus connus. » En décembre 1936, il crée sur les ordres de Staline une nouvelle section du NKVD appelée AST (Administration des Tâches Spéciales) avec environ 300 hommes de confiance. Il veut être certain qu’ils s’acquitteront de « missions sensibles » y compris quand il s’agira de liquider leurs propres collaborateurs de la veille. Staline, dans son hystérie meurtrière, considère que les agents qui savent comment il a truqué le premier procès de Moscou (août 1936) sont potentiellement dangereux. Les officiers servant à l’étranger commençaient à voir que l’arrestation de personnes comme Yagoda, leur ancien chef, signifiait qu’ils pourraient être les prochaines victimes. Certains se demandaient ce qu’il y avait de mieux à faire pour sauver leur peau et celles de leur famille. Il y eut en effet des cas de défection, avec des projets d’ailleurs très différents : Reiss, Krivitsky et Orlov.

Au sein de l’administration de l’AST, Nikolaï Iejov, met en place à Paris une unité clandestine appelée le Groupe Mobile pour « régler le compte » à d’éventuels transfuges potentiels. Comme le nom l’indique, ce groupe est prévu pour pouvoir se déplacer. Il s’agit d’une bande organisée de criminels même si certains, comme Renata Steiner, ne sont pas prévus pour être des tueurs. Le responsable en Russie de cette unité est Mikhail Spiegelglass qui est assistant de Abram Sloutsky, chef de la division internationale du NKVD. Le Groupe Mobile à pour couverture une organisation de russes blancs nommée « Union pour le rapatriement ». Elle a ses locaux à Paris, rue de Buci, dans le VIe arrondissement. Parmi ses responsables on trouve :

  • Nikolaï Pozniakov, l’un des « patrons » ou « coordonnateurs » local du groupe. Spécialiste de la disparition des cadavres.
  • Sergéi Efron, le second « patron » du groupe, ancien officier blanc marié à la poétesse Maria Tsvitaieva.
  • Piotr Schwarzenberg qui part pour l’Espagne en 1936 ;
  • Dimitri Smirensky, dit « Marcel », russe blanc. Chef de Renata Steiner et de Pierre Ducomet. Il reçoit ses directives de Nikolaï Pozniakov ;
  • Renata Steiner, maîtresse de Schwarzenberg. Celui-ci l’a introduite dans le groupe avant son départ pour l’Espagne. C’est une jolie suissesse de 28 ans. Institutrice ou professeur du secondaire en Suisse. Recrutée au printemps 1936.
  • Pierre (Robert) Ducomet, dit « Bob » un français ;
  • Anatole Tchistoganov, dit « Lunettes », autre russe blanc ;
  • Vadim Kondratiev, 34 ans, a exercé à Paris les métiers de livreur de pain, de chauffeur de taxi ou d’auxiliaire d’imprimerie.
  • Charles-Etienne Martignat, né en 1900. Après avoir été employé d’hôtel, il a travaillé comme manœuvre chauffagiste à l’usine à gaz de Clichy.
  • Roland Abbiate, parfois aussi appelé François Rossi, tueur international, Monégasque, né à Londres en 1905. Tour à tour hôtelier, instituteur ou commerçant. De 1932 à 1934, il tenait à Belgrade un restaurant de luxe, couverture d’activités d’espionnage. Il a aussi tenu un bar chic à Belgrade. Il s’enfuit après l’assassinat du roi Alexandre auquel il semble avoir été mêlé (voir « Trotsky » de Pierre Broué – note en bas de la page 869).

« Marcel », « Bob » et « Lunettes » sont des noms de code qu’ils utilisaient entre-eux

C’est donc parmi les russes blancs émigrés que les services de Staline ont recruté leurs agents les plus précieux (Sergéi Efron, Anatole Tchistoganov, Smirensky, Tchistoganov, Pozdniakov, Schwarzenberg). Nous l’avons déjà montré : sous Staline c’est bien une contre-révolution qui est en marche. Tous ces russes blancs sont recrutés pour faire la chasse aux bolchéviks. Plus tard, ils se réfugieront en URSS. Ils y seront arrêtés et exécutés.

La technique classique du groupe est la même que celle qui sera préconisée pour l’assassinat de Trotsky. Elle a d’ailleurs été explicitée dans une directive dont nous reparlerons :

« Le plan actuel prévoit le recrutement d’hommes nouveaux et sera établi sur des bases nouvelles. But : liquidation du “Canard”. Méthodes : “travail” des agents opérationnels, présence d’un groupe actif. Moyens : empoisonnement de la nourriture, de l’eau, explosion dans la maison, explosion de la voiture, attaque directe par strangulation, poignard, coup sur la tête, coup de feu. L’attaque par un groupe armé est possible. »

Apprécions au passage la liste rigoureuse des différents moyens possibles pour tuer un homme. Le travail préparatoire des agents opérationnels consiste à surveiller étroitement la victime qui est ciblée, à repérer les personnes qu’elle fréquente, à chercher parmi elles celles qui pourraient être utilisées pour l’approcher au plus près. Autant que possible, placer des agents provocateurs dans son voisinage immédiat. Au besoin, chercher si l’une des personnes de son entourage pourrait être utilisée pour l’attirer dans un piège en usant de moyens de pression.


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