Le Cercle des poètes disparus
L’arrivée d’un nouveau professeur de littérature anglaise dans l’école de Welton, dans le Vermont (États-Unis), réputée comme étant l’une des plus fermées du pays, va bouleverser le fonctionnement traditionnel d’une classe avec des conséquences dramatiques.
Le cercle des poètes disparus (1) est sorti en 1989. Les premières minutes du film décrivent la préparation et le déroulement de la cérémonie d’ouverture de l’année scolaire 1959. Cérémonie quasiment religieuse dans un bâtiment qui fait penser à un temple ou à un collège anglais, avec grands tableaux allégoriques édifiants… Dans le chœur siègent l’encadrement et le corps professoral. Dans la nef, élèves et parents. Tandis qu’arrive la procession de trois jeunes et nouveaux élèves, suivis de plus anciens avec bannières proclamant les valeurs de l’école, Tradition, Honneur, Discipline, Excellence, un sonneur de cornemuse en kilt et un membre de l’administration porteur d’une bougie, Lumière du savoir, qu’il va transmettre à un jeune et nouvel élève qui, lui même…
Le directeur délivre son message sur l’excellence de son établissement qui ravit les parents assurés qu’ils ont fait le bon choix en confiant leur progéniture à cette école : 75 % d’admissions aux universités de l’Ivy League, les plus prestigieuses des États-Unis… Et annonce que M. Keating, le nouveau professeur d’anglais, ancien brillant élève de Welton, venant de l’université de Chester à Londres remplacera son prédécesseur parti à la retraite...
Dernières salutations, derniers conseils, dernières mises au point. Les élèves s’égaillent dans leur chambre, les anciens se retrouvent, avec les nouveaux, allument des cigarettes, parodient la cérémonie : Travesti, Horreur, Décadence, Excrément… Contestation potache, le moule n’a pas encore fait totalement son effet... Mais le père de Neil revient pour lui rappeler qu’il ne peut s’écarter du chemin qu’il a tracé pour lui.
Dehors, la campagne est belle, vêtue des couleurs de l’automne, parcourue par d’innombrables oiseaux qui virevoltent, libres. Leurs cris se mêlent à ceux des élèves qui, dedans, presque aussi nombreux, parcourent bruyamment la « cage » d’escalier. Prisonniers. De l’ambition de l’école et de leurs parents. Vus en contre plongée. Ici c’est la caméra qu virevolte. Comme elle virevolte quand les élèves sautent d’un lit à l’autre se poursuivant pour une feuille, un essai d’écriture d’un poème, dérobée.
Si des activités extrascolaires sont nombreuses – journal, jeux d’échecs, escrime, bicyclette, fléchettes, expériences scientifiques personnelles – le but de l’école est de transmettre le maximum de connaissances, « le reste viendra ensuite » dit le directeur M.Nolan.
Alors que les trois professeurs classiques, entrevus, font leur cours debout au milieu des élèves assis à leur table, imposent le travail, l’ennui, la discipline menaçante, le nouveau professeur les amène en bras de chemise, sifflotant, dans le hall de l’école. Professeur et élèves, également dominés et réduits par la puissance de l’établissement et la force de la vue plongeante du haut de l’escalier, annonce de leur écrasement.
Face aux photos des générations précédentes et glissé au milieu des élèves, le nouveau professeur fait entendre la voix de ces anciens qui ont, eux aussi, été jeunes et ambitieux, qui maintenant nourrissent les vers… Keating leur prête sa voix : carpe diem… profitez du moment... soyez extraordinaires… Avec l’espoir d’encourager le refus du conformisme, l’épanouissement des personnalités, le goût de la liberté… Ce qu’il essaie de faire, aussi, à travers diverses activités, peu habituelles pour un professeur de lettres : arracher la préface de leur livre de littérature due à un éminent professeur, marcher dans la cour pour trouver sa voie, monter sur la table pour voir le monde sous un autre angle, jouer au football pour l’émulation, réciter son propre poème face à la classe…
Le plus souvent filmé parmi les élèves, à leur niveau, Keating les oblige à s’approcher de lui quand il parle : dans le hall - face aux photos -, dans la classe – quand il leur glisse qu’on fait des poèmes par amour, parce qu’on est membre de l’humanité - , dans le pré quand il révèle le cercle des poètes disparus......
Ayant fouillé dans les archives de l’école, les élèves découvrent en effet que M.Keating, élève, était, à son époque, l’animateur du cercle des poètes disparus, romantiques qui se réunissaient dans une grotte des environs. Ils se retrouvent à sept, pour redonner vie à ce cercle, dans cette grotte inspirée, caverne de Platon ? Contre-image de l’école-temple ? Foyer de créativité ?
Dans cet espace restreint, secret, ils vont recréer les vieux rites, fumer, boire, pique niquer, raconter des histoires, réciter des poèmes, jouer du saxophone, faire venir des filles… goûter à la liberté clandestine. C’est dans cet espace libéré que trois d’entre eux puiseront le courage de dévoiler et d’assumer leur rêve.
L’un décide de se déclarer, avec risques, à la plus belle fille jamais vue… Quand il enfourche la bicyclette pour aller la rejoindre dans l’école voisine, follement, à travers près, il soulève des nuées d’oiseaux qui témoignent de la liberté conquise…
C’est là que le plus brillant d’entre eux, qui été à l’initiative de ce nouveau cercle des poètes disparus, annonce sa décision de devenir acteur envers et contre tout.
C’est dans cette grotte qu’un autre annonce qu’il a publié, dans le journal de l’école, un article non autorisé, signé le cercle des poètes disparus et qu’il assumera sa vocation de poète en prenant le nom de Nuwanda.
Dans la grande salle voûtée de l’établissement où s’était déroulée la cérémonie d’ouverture emplie de parents satisfaits, de jeunes assurés ou inquiets devant l’année nouvelle, dans cette salle sont solennellement réunis tous les élèves de l’établissement. Là où le défilé de quelques élèves avait rempli de sympathie heureuse l’assistance au son de la cornemuse, déboulent le directeur et tout l’encadrement avec la détermination bruyante d’un commando. Menaçant. Pour connaître l’auteur de l’article non autorisé.
Un téléphone sonne, Nuwanda se lève, annonce une communication téléphonique pour le directeur ! Dieu demande la mixité dans l’école ! Châtiment corporel et expulsion seront la réponse.
Le combat le plus dur, qui finira mal, est celui de Neil qui veut devenir acteur contre la volonté non de l’établissement mais de son père, rigide, inflexible, qui veut en faire un médecin. La royale couronne de théâtre sera sa couronne d’épines.
Ce film, enlevé, dramatique mais réjouissant, se déroule en 1959, bien avant la révolte estudiantine de 1968 qui a aussi commencé en France autour d’une revendication de mixité. Mais ici, la révolte ne touchera que la moitié des élèves d’une classe et tout rentrera, pour cette fois, dans l’ordre. Avec cependant de graves dégâts...
Sorti à une époque de forte contestation de l’enseignement traditionnel, le film a reçu un bon accueil auprès de la critique et du public.
1 - Le Cercle des poètes disparus (Dead Poets Society), Réalisation : Peter Weir, Scénario : Tom Schulman, Musique originale : Maurice Jarre, États-Unis, 128 mn, 1989, ressorti en 2004
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