Le design s’est imposé comme un art : une reconnaissance sans danger ?
Le design reconnu comme art à part entière : tous les signes sont là pour le montrer. Mais dans cette appétence du marché pour l’esthétisme créatif, restera-t-il une place pour l’Art, celui qui ne relève pas a priori du marché commercial ?
La deuxième édition de « Observeur du design » à la Cité des sciences et de l’industrie présente en ce moment une exposition des objets les plus créatifs, sortis cette année dans le commerce. L’intérêt de cette sélection, conduite par l’Agence pour la promotion de la création industrielle, a l’immense mérite de montrer la richesse et la diversité des approches créatives dans le secteur industriel : tente « 2 seconds » de Décathlon, qui s’ouvre d’un coup d’envoi en l’air, moulin à poivre ergonomique, refonte du logo d’EDF, packaging thermiques et esthétiques des champagnes Veuve Cliquot... Tous les secteurs sont aujourd’hui concernés, et impliqués dans une démarche inventive, non seulement dans un but esthétique, mais aussi à des fins ergonomiques et bien sûr technologiques ! Ingénieur, directeur artistique, artisans, autant de professions aujourd’hui totalement perméables les unes aux autres.
Le design fait par ailleurs, depuis une bonne dizaine d’années, l’objet d’une reconnaissance proprement artistique : le marché lui fait une part croissante, les expositions dans les musées d’art contemporain également (cf. la FIAC depuis deux ans, ou encore l’expo « Charlotte Perriand » en cours au Centre Pompidou.)
Cette discipline est issue de la rencontre entre la révolution industrielle et quelques groupes d’artistes pionniers, tels le Bauhaus, l’Art Nouveau, l’Union des artistes modernes. Elle se distingue radicalement des « styles » d’objets d’art historiques par sa capacité à reproduire en nombre des objets utiles et beaux à la fois.
L’appétence esthétique des consommateurs alimente un marché industriel hyper-créatif. La valorisation et la notoriété de personnalités telles que Philippe Starck, Mathieu Lehanneur ou encore Fabrice Hyber témoignent encore de cette tendance croissante à assimiler le design à l’art. Si les seuls critères de créativité sont retenus, nul doute qu’elle est bien légitime et enthousiasmante. Pourtant, comment peut-on identifier objets de design et œuvres d’art, artistes et designers ? Ces derniers créent désormais parfois eux-mêmes leur propre entreprise et travaillent donc dans un premier objectif de rentabilité commerciale. Ce n’est pas le cas, loin de là, de tous les artistes. A la différence du produit industriel, qualifié de design ou non, l’œuvre d’art trouve sa propre fin en elle-même, avant de devenir (éventuellement) un objet marchand.
La prolifération des guides de design ou de décoration intérieure donne à penser que l’esthétique, bien plus que l’art, répond à un besoin généralisé d’une alter-consommation : « faire de sa vie une œuvre d’art », à défaut d’être artiste... S’il n’y a là, en soi, rien d’inquiétant, en revanche, on peut s’interroger sur la place qu’on peut continuer à accorder, dans notre société, à des artistes coupés du système industriel et commercial. Combien de temps encore s’intéressera-t-on à ceux qui dérangent, interrogent, remettent en cause leur époque ? Cette fonction essentielle de l’art semble disparaître peu à peu des préoccupations des institutions vouées à l’art contemporain. Et cela ne sera pas sans conséquences à long terme...
Pour infos :
Exposition « Observeur du design », Cité des sciences et de l’industrie, jusqu’au 26 février 06
Exposition « Charlotte Perriand », Centre Pompidou, jusqu’au 27 mars
Et bientôt, la réouverture du Musée des arts décoratifs... (septembre 06)
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