Lettre à Franco : un grand film chrétien sur la guerre d’Espagne
C'est la bonne surprise cinématographique de ce début d'année 2020. Le film d'Alejandro Amenabar, Lettre à Franco (Tant que durera la guerre dans sa version originale) est un chef d'oeuvre. Bien réalisé, avec des acteurs époustouflants, des décors soignés, un tournage en extérieur, il restera une fiction majeure consacrée à la guerre civile espagnole de 1936. Loin des caricatures convenues entre les "gentils" républicains et les "méchants" nationalistes (Land and Freedom de Ken Loach et le ridicule Fiesta avec Jean-Louis Trintignant), ce film réalisé par des espagnols nous restitue la réalité du conflit, loin de la vision tronquée du Paris des salons littéraires de gauche.
L'écrivain Miguel de Unamuno, poète et philosophe chrétien, soutient dans un premier temps les militaires insurgés contre le gouvernement de gauche élu quelques temps auparavant. Cet homme bon et intègre, très pratiquant, ne supporte plus le climat de violence qui agite l'Espagne et les exactions de l'ultra-gauche. Assassinat du député conservateur Calvo Sotello, meurtres de prêtres et de religieuses, pillages des églises et des monastères, menace du communisme stalinien dont la réalité, en URSS, n'échappe à personne, tout cela ne pouvait qu'inciter à réagir les Espagnols, dont notre professeur d'université, pour rétablir l'ordre dans la péninsule ibérique.
Hélas, ce qui devait être une démonstration de force pour évincer l'extrême-gauche et les démagogues gauche bobo sans remettre en cause la république espagnole, que soutenait Unamuno, a dégénéré dans ce sanglant conflit que chacun connaît, avec ses massacres dans chaque camp. Les amis de gauche de l'écrivain sont arrêtes par la police phalangiste, battus et exécutés. Le maire socialiste, un pasteur franc-maçon, un des ex-étudiant d'Unamuno... La cruelle réalité de Salamanque occupée par l'armée insurgée est montrée sans tabou. Point intéressant du film, les dissensions au sein des généraux, où l'aboubement de Franco est contesté par un de ses confrères républicain et franc-maçon. On est loin d'une situation à l'italienne ou à l'allemande...
Le film insiste sur la fascisation progressive des nationalistes, avec justement le soutien de l'Allemagne nazie et l'arrivée dans la junte du général borgne et fou furieux Millan Astray, fondateur de la légion espagnole. Unanumo tente de faire libérer ses amis en rencontrant un Franco d'abord hésitant à prendre la tête des nationalistes. Celui-ci refuse et se retranche derrière les convictions religieuses de son épouse Carmen. Il argumente de la réciprocité de la répression : "que font nos ennemis ? Pareil et même pire...". Les massacres de Paracuellos organisés par la gauche confirmeront les prédictions de Franco, peu évoqués hors d'Espagne où seul celui de Guernica perpétré par l'aviation nazie restera dans l'histoire.
Unanumo finit par s'énerver lors d'un meeting intitulé "journée de la race", où sa présence est imposée. Il range dans le même sac bolchévisme et fascisme, contraires aux valeurs chrétiennes. Il insulte Astray et manque de finir lynché par une assemblée de jeunes fascisés sur le modèle italien. Extirpé par Carmen Franco, l'écrivain finira sa vie en résidence surveillée.
Cet opus salutaire, où l'engagement politique de l'intellectuel et la récupération du mouvement catholique par les nationalistes constituent la trame centrale, est le bienvenu dans l'hexagone. Loin des idées reçues à la sauce gauche bobo qui s'imposent dans les milieux artistiques français, où tout ce qui de "droite" est méchant et ce qui est de "gauche", juste et sympa, la vision du conflit espagnol d'Alejandro Amenabar remet les choses à leur place. Dans une guerre civile, chacun a sa part de responsabilité.
N'hésitez-pas à aller voir ce film de 2h07 sur les grands écrans, en version originale sous-titrée de préférence.
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