L’étrangère
Aujourd’hui Mauricette est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. D’ailleurs, personne n’en a parlé, à part ma voisine par qui j’ai su ça. Celle qui vient faire le ménage chez moi et qui me donne des nouvelles de ce qui se passe dans le monde et que la télé n’a pas le temps de raconter. C’est qu’il s’en passe, des choses, et ils ne peuvent pas tout faire tenir en une seule émission. C’est pour ça qu’ils en font plusieurs. D’ailleurs, hier soir, ils en ont fait une autre sur le vaccin, celui du docteur Pfizer, qu’ils comparaient avec le deuxième, celui de Monsieur Moderna, je crois. Pour ma voisine, tout ça, c’est du pareil au même, mais c’est quand même bien de savoir l’opinion des experts. C’est comme pour les masques qu’on a mis aux enfants pour les empêcher de transmettre le virus. C’est bien de savoir qu’on les protège de quelque chose parce que d’après ma voisine, il y en a qui posent des questions qui ne sont pas vraiment de leur âge. Il y a même une petite fille, à ce qu’elle m’en raconte, qui aurait demandé à ses parents pourquoi à l’anniversaire d’une de ses copines personne ne portait de masque alors qu’à l’école c’était obligatoire même dans la cour de récréation. Les parents, apparemment, ont été bien embêtés pour répondre. On ne peut pas toujours répondre à tout, vous me direz. Pour moi-même qui suis grand-mère de deux petits loupiots de huit et dix ans, ce n’est pas toujours facile de savoir quoi leur dire.
Quand ils m’ont demandé, par exemple, « Pourquoi on n’est pas venus te voir à Noël ? », à ça je pouvais répondre parce qu’ils l’avaient dit à la télévision : « Pour ne pas me transmettre le virus et que je finisse à l’hôpital. » Mais quand ils m’ont demandé pour leur grand-père, qui est mort il y a deux ans d’une pubalgie, si c’étaient eux qui l’avaient fait mourir, j’ai dû leur dire qu’on ne savait pas, que la police n’avait pas encore terminé son enquête. Et c’est vrai, d’ailleurs, en un certain sens. Est-ce que c’est à l’hôpital qu’il a attrapé ça, ou bien quand il les a emmenés à la piscine où il y a tout plein de microbes qui nagent au milieu des enfants ? D’après les médecins, à l’époque, c’était la faute à personne. Il était âgé, mon Roger – dix ans de plus que moi – et puis pas très bien en point. « Si je m’écoutais, il me disait souvent, je préfèrerais crever noyé dans les gorges du Verdon que sur un lit d’hôpital avec tout un tas de tubes reliés à je sais pas quoi. » Heureusement qu’il est parti avant tout ça, mon Roger. Je ne suis pas sûre que pour leur vaccin, il aurait été d’accord.
Moi, en tout cas, pour l’instant j’ai rien décidé. Quand l’infirmière vient le lundi et le jeudi me refaire mon pansement, elle me demande à chaque fois : « Alors, madame Herbot, vous avez pris rendez-vous ? » J’essaye d’éviter son regard parce qu’elle fait partie de ces gens qui essayent de lire dans votre âme, et puis je réponds à côté, ou bien je lui dis : « Peut-être cet automne, quand il recommencera à faire froid. »
Mais ça, comme réponse, je vois bien que ça ne lui convient pas.
« Mais madame Herbot, c’est pas comme ça que ça marche. Si vous vous vaccinez maintenant, vous protégez aussi les autres.
- Mais si le virus mute, comme ils ont dit à la télé, c’est peut-être mieux d’attendre encore un peu, non ?
- Si le virus mute, vous ferez un autre vaccin. Et puis, vous savez, il ne mute pas tant que ça. Il ne faut pas croire tout ce qu’ils racontent à la télé.
- C’était aussi dans le journal.
- Quel journal ?
- Le Midi Libre.
- Ils sont médecins, au Midi Libre ?
- Non, ils sont journalistes. Enfin, je crois.
- Eh bien vous voyez. Ils ne sont pas médecins. Qu’est-ce qu’il en pense, votre médecin ?
- Que c’est pas très clair, toutes leurs histoires.
- Comment il s’appelle, déjà ?
- Mon médecin traitant ?
- Oui.
- Le docteur Fabiani. Vous le connaissez ?
- Non, ça ne me dit rien. Mais je vais demander autour de moi si on ne peut pas vous trouver quelqu’un.
- Quelqu’un pour quoi ?
- Pour s’occuper de vous. »
Bref, il faudra que je trouve une autre réponse pour ne pas que ça devienne désagréable, ni pour moi, ni pour elle. Les gens sont un peu tendus, en ce moment. Ça se voit rien qu’à leurs visages. Même quand ils ont leurs masques, je vois bien qu’ils ont du mal à sourire, à se détendre comme avant. Comme ma voisine, par exemple. Un jour, alors qu’elle revenait du Carrefour où elle était allée me faire mes courses, j’ai bien vu à son regard qu’il s’était passé quelque chose. Je n’osais pas lui demander quoi, et puis je n’étais pas bien sûre. Et puis elle a fini par lancer, d’un ton excédé : « Quelle bande de nazis, dans ce village. Dès que je peux, je me tire de là. »
Ça ne lui ressemble pas de dire des choses comme ça. De les penser, ça je ne sais pas parce que je ne suis pas dans sa tête. Mais de les dire, comme ça, avec ce ton de voix, c’était vraiment inhabituel depuis quinze ans qu’on se connaît.
« On vous a fait des ennuis, Muriel ?
- Ils m’ont encore fait chier avec leur masque à la con. Le vigile à l’entrée, puis la caissière, puis tous les autres. Je vous jure, Jacqueline, je vais finir par en prendre un pour taper sur les autres.
- Vous l’aviez oublié ?
- Mon masque ? Je l’avais mis sous le nez, comme je fais à chaque fois.
- Vous savez qu’ils n’aiment pas ça, pourtant. Surtout ici, dans le village. L’exhibitionnisme, c’est très mal vu. Vous ne vous souvenez pas de ce passage de Molière qu’on nous avait appris à l’école ? Madame, cachez ce nez que je ne saurais voir…
- C’est de Molière, ça ? Aucun souvenir. Enfin, bref, ils m’emmerdent, tous autant qu’ils sont. Dites, vos radis, vous voulez que je vous les équeute ou on attend pour plus tard ? »
Au fond, peut-être qu’elle était mal lunée ce jour-là, mais j’ai entendu dire par mon fils aîné que ça arrivait assez souvent. Des gens qui se disputent, des gens qui se battent, même, d’autres à qui on refuse l’accès des trains ou des magasins. « Les gens ne respectent rien, me dit souvent mon fils. Tu m’étonnes qu’après ils nous confinent. » Peut-être qu’il a raison. Lui, en tout cas, il respecte ma solitude. Ça fait des mois que je ne l’ai pas vu. Il appelle encore assez régulièrement pour prendre de mes nouvelles. Mais quand je lui dis que des nouvelles, finalement, il y en a assez peu et que les journées se suivent et se ressemblent, j’ai l’impression de l’ennuyer. Alors je n’insiste pas et je lui demande à mon tour des nouvelles de sa femme et de mes petits-enfants. Parfois, je me fais du souci pour eux, quand je pense à ces masques qu’ils doivent porter toute la journée sans jamais voir un sourire. Mais lui m’assure que tout va bien : « Les enfants s’adaptent à tout. Ils comprennent mieux que certains adultes. » J’espère en tout cas les revoir cet été. J’ai acheté une nouvelle balançoire pour eux, sur mes économies. Mais si le virus circule encore, ils préfèreront peut-être partir dans un endroit où il circule moins, à Dubaï ou à Tahiti. A moins que ce ne soit interdit, justement. Ce n’est pas facile, tout ça. Si c’était facile, d’ailleurs, on n’aurait pas besoin d’un gouvernement ou d’un ministre de la santé.
A l’heure du thé, j’allume la radio après m’être installée au jardin. Ils disent qu’au bout du compte, on a bien fait les choses. Ça peut toujours être mieux, dit un membre du gouvernement, mais dans l’ensemble il a l’air assez satisfait. Il dit que « nous devons faire confiance à la science » et arrêter de « tout critiquer en permanence. C’est un mal français. » On ne peut pas lui donner tout à fait tort. Si tout le monde se met à donner son avis, alors c’est sûr que c’est difficile de s’entendre. Je sais par ma voisine qu’il y a des pays où ça se passe mal, où les gens se rebellent et manifestent. Apparemment, c’est l’extrême droite qui est derrière tout ça et on ne veut surtout pas que ça arrive en France.
« Il n’y a aucun risque, elle me dit. Ici, ils sont tous soumis comme des esclaves.
- Peut-être qu’ils ont peur, Muriel. Vous, peut-être pas, mais tout le monde n’a pas votre courage.
- Ne vous moquez pas, madame Jacqueline. Des fois, j’ai honte pour mon pays. J’ai vraiment honte, vous savez. »
Ça m’a fait bizarre qu’elle dise ça. Ce n’est pas un mot qu’elle emploie souvent. « Honte de quoi ? », j’ai voulu lui demander, mais mes paroles sont restées bloquées dans ma bouche, comme avec l’infirmière. Il y a des choses qu’on pense, des idées qui viennent, puis qui repartent comme elles sont venues sans qu’on ait eu le temps de les mettre en mots. A la radio, c’est l’inverse. On a l’impression que les phrases leur viennent toutes seules sans qu’ils aient besoin de réfléchir. « Les confinements ont sauvé soixante-mille vies, assure l’expert du gouvernement. Les vaccins en sauveront au moins trois-cent mille autres. » C’est sûr que quand on entend ça, on ne voit pas trop de quoi avoir honte.
Si ça a pu sauver des vies de faire comme ils disent à la télé, c’est peut-être les journalistes qu’il aurait fallu applaudir. Sans eux, on n’aurait jamais su. On serait sortis, inconsciemment, sans mettre de masques ni de manteaux et après c’était la roulette russe. C’est peut-être pour ça qu’ici, on n’a pas eu de morts à trente kilomètres à la ronde. Tout le monde regarde le JT, celui de TF1 ou France 2. Quand on a vu les courbes de décès et d’hospitalisations augmenter tous les soirs, on a compris que la mort rôdait et qu’il valait mieux ne pas tenter le diable. La seule qui a essayé, c’est Muriel, bien entendu, et ça ne lui a pas valu que des amis.
Il y a la fois par exemple où les gendarmes l’avaient ramassée sur un sentier, pendant le premier confinement. Pas d’attestation, pas de papier. « C’est un écureuil qui les a bouffés », elle leur avait sorti. Ce n’est pas des manières de parler aux gendarmes, ça, surtout quand on est dans son tort. Quand ils m’ont téléphoné ce jour-là pour vérifier son identité, j’ai bien senti qu’elle les avait contrariés. En plus, à l’époque, il n’y avait pas de masques. Ils auraient tous pu y passer sans le savoir. Les asymptomatiques, il n’y a rien de pire. C’est qu’ils disaient sur toutes les chaînes. Je ne me suis pas privée de le lui rappeler.
« Vraiment, Muriel, vous exagérez. Imaginez que l’un d’eux tombe malade. On va tout de suite penser à vous.
- Vous me cacherez dans votre grenier. Comme les enfants juifs pendant la guerre.
- Ne parlez pas de choses comme ça. C’est pour votre bien, vous savez. Ça n’amuse personne de rester enfermé. »
Et puis il y a eu la fois, c’était pour les municipales, où elle m’avait accompagnée jusqu’à la mairie pour voter. Il fallait qu’elle achète des cigarettes et on s’était arrêtées sur la place, devant le tabac. Moi, j’étais restée dans la voiture. Je trouvais qu’elle tardait un peu, alors j’étais sortie voir, même si je ne tiens pas toujours très bien sur mes deux jambes, surtout à l’extérieur à cause des bosses sur le trottoir. Je n’avais pas fait deux mètres que je la vois sortir comme une furie, avec Thierry, le buraliste, qui sort derrière elle en lui hurlant dessus comme s’il l’avait chassée de chez lui.
« Et oui, ma petite dame, les règles, c’est les règles. Quand on dit une personne à la fois, ça veut bien dire ce que ça veut dire. Et après ça vient se plaindre qu’il y a plus de place dans les hôpitaux.
- Mais va te faire foutre, ducon. Tu veux pas qu’on prenne un ticket comme à la foire, non plus ? J’allais pas lui cracher dessus, à ta cliente.
- Commence par fermer ta gueule. Ça t’économisera de la salive. »
Une telle violence, ça m’avait fait un choc. J’ai dû prendre appui sur le capot de la voiture pour ne pas risquer de tomber. Tout le monde a cru que j’allais faire un malaise. Le fils du maire s’est précipité vers moi :
« Vous allez bien, Jacqueline. Vous voulez qu’on appelle le SAMU ?
- Non, merci, Philippe. Ça va aller. Muriel va s’occuper de moi.
- Vous êtes vraiment sûre ? Parce que c’est vite fait. En vingt minutes, ils vous emmènent à Prades. »
Puis quand il a vu Muriel s’approcher, il s’est éloigné de quelques mètres. Elle était tellement furieuse qu’elle faisait peur à tout le monde.
« Oh, Muriel, il lui a quand même dit. Qu’est-ce qui s’est passé au tabac ? Il y a eu un souci avec Thierry ?
- Il commence à y avoir un souci avec vous tous, si tu veux vraiment savoir. Tenez, madame Jacqueline, appuyez-vous sur mon bras. Vous boirez de l’eau dans la voiture. »
Le fils du maire a regardé faire sans plus chercher à s’en mêler. Puis il nous a demandé dans un sourire :
« Vous êtes allées voter, ce matin ?
- On y allait, justement, a répondu Muriel.
- Alors ne vous trompez pas de bulletin. C’est le plus petit tas, celui où il y a mon nom marqué dessus. »
Ça fait presque un an, maintenant. C’est drôle, quand on y pense, parce qu’on ne peut pas vraiment dire que les choses ont changé. Ici, dans le village, la piscine est toujours fermée, et puis l’hôtel restaurant, et puis le café, et puis le salon de coiffure qui n’a jamais rouvert. Le postier m’a dit que les jeunes s’étaient trouvé un nouveau quartier général dans le petit parc à côté des terrains de tennis. Un soir, ils ont voulu mettre de la musique et s’organiser une petite fête. Les gendarmes sont venus les déloger. Ils ont recommencé le samedi d’après et cette fois c’est le maire qui est venu les trouver. On les a forcés à passer un test. Pas un test de civisme, non, un test PCR pour contrôler qu’ils n’avaient pas échangé leurs virus. On n’a rien trouvé, apparemment. Peut-être qu’on a mal cherché. C’est comme pour mon Roger, il aurait fallu refaire l’histoire, retracer tous ses cas contact. Avec un peu de patience, on aurait peut-être trouvé le coupable. Mais de toute façon, c’était trop tard. Quand le mal est fait, on ne peut plus rien y faire. Et d’ailleurs, qu’est-ce que ça aurait changé ? Un jour mon tour viendra et quelqu’un d’autre prendra ma place.
Le soir tombe et à la radio, ils parlent à nouveau du professeur Raoult. Muriel l’écoute depuis le début et elle me dit qu’il est « moins pourri que les autres ». Je suis mal placée pour en juger, et puis tout le monde ici a l’air de penser le contraire. En tout cas, il n’a pas eu sa médaille, ni de bronze, ni d’or, ni d’argent. Celle qui parle en ce moment à la radio, c’est elle qui a gagné le tournoi – j’ai oublié son nom – et elle dit que vraiment, « il faut arrêter de raconter n’importe quoi aux Français. » Le journaliste a eu l’air de l’agacer un peu quand il lui a dit qu’à Paris, quand même, il était mort pas mal de monde pendant la première vague. Elle s’est défendue, elle a donné des chiffres et tout est rentré dans l’ordre. J’espère qu’ils ne lui reprendront pas sa médaille, comme à ce cycliste au Tour de France dont ils avaient dit qu’il avait triché. Tout le monde triche un peu dans ce monde. Certains se font prendre et d’autres, non. Mais nous, au fond, on s’en fiche un peu. On veut juste que l’histoire ait un début et une fin et que tout revienne comme avant aussi vite que possible.
J’entends Muriel dans l’entrée. Ça va être l’heure du dîner. C’est elle qui me prépare mes repas, aussi, en plus des courses et du ménage. Je lui donne un petit quelque chose à chaque fois par la remercier, d’abord, et puis pour l’aider à tenir le coup. Comme elle a perdu son travail il y a six mois à cause de son entreprise qui a mis la clé sous la porte, elle vit du chômage et des services qu’elle rend. On ne veut plus d’elle à la bibliothèque depuis qu’on l’a entendue parler à voix haute de certaines choses. Je n’ai jamais bien compris de quoi il s’agissait, et je n’ai jamais osé lui demander directement.
Ce soir, comme ça nous arrive, elle reste dîner à la maison. Elle dormira chez moi à cause du couvre-feu. On se fera une soirée entre filles, comme disent les jeunes. Tandis qu’elle prépare le dîner, je m’installe avec elle à la cuisine. Elle a mis Sud Radio, comme à son habitude. Une radio complotiste où on entend des choses étranges.
« Vous ne préférez pas mettre de la musique, Muriel ?
- Mettez ce que vous voulez, madame Jacqueline.
- Sur Nostalgie, il y a des chansons. Peut-être qu’il y en a une qui vous plaira.
- Je ne suis pas difficile, madame Jacqueline. Mettez ce qui vous fait plaisir. »
Je change la station. Une publicité passe à propos des gestes barrière qu’on respecte à la lettre chez Norauto, et puis la musique reprend.
« Ecoutez, Muriel, c’est du Brassens.
- C’ était pas le chanteur préféré de votre mari, lui ?
- Si, il connaissait toutes ses chansons par cœur. Celle-là, vraiment, on n’a pas fini de l’entendre. »
‘’ Elle est à toi, cette chanson, toi, l'Auvergnat qui, sans façon,
M'as donné quatre bouts de bois quand dans ma vie il faisait froid,
Toi qui m'as donné du feu quand les croquantes et les croquants,
Tous les gens bien intentionnés m'avaient fermé la porte au nez…’’
Il y a quelque chose d’étrange qui se passe quand j’entends ce morceau aujourd’hui. Comme si les paroles avaient pris un sens nouveau, sans que je puisse m’expliquer quoi. Muriel aussi, ça a l’air de la troubler. Elle vient de se couper le doigt avec l’économe, ce qui n’est pas donné à tout le monde, surtout quand, comme elle, on a l’habitude.de s’en servir.
« Vous voulez que j’aille vous chercher un pansement ?
- Laissez, madame Jacqueline. Ça donnera du goût aux haricots. Vous pouvez mettre la radio plus fort, si vous voulez. Je suis bientôt sourde d’une oreille, moi aussi. Alors plus on est de folles… »
L’humour de Muriel, ça fait partie de son charme. Il s’est étiolé depuis un an, comme une fleur mal arrosée. Elle blague de moins en moins, elle râle de plus en plus. Mais avec moi, j’ai l’impression qu’elle se sent en famille. Quand viendra l’heure que je m’en aille, je ne sais pas très bien qui voudra encore d’elle au village. Les gens se souviennent, vous savez. Les gens se souviennent de tout. Non pas de qui avait tort ou qui avait raison ; tout cela, au fond, c’est pour les livres d’histoire. Non, ce qu’elle leur rappellera, c’est tout ce qu’ils n’avaient pas envie d’être, tout ce qu’ils n’avaient pas envie de croire. En tout cas aujourd’hui Mauricette est morte et tout le monde, déjà, ne pense qu'à oublier.
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