Nos meilleurs ennemis

La rose et le coq.
Un fossé nous sépare ce qui n'est pas une paire de manches, mais bien un bras de mer qui à tout jamais, fera qu'il existe un gouffre entre ces deux nations. Tout oppose le coq et la rose, ce qui n'a jamais échappé aux rugbymen qui s'en donnent à cœur joie pour rejouer chaque année la guerre de cent ans et toutes les autres batailles.
Le football s'est exilé au Qatar pour rejouer un nouvel épisode sans que l'on soit certain, avec ceux-là, qu'ils connaissent véritablement les griefs et les tensions qui tendent à l'extrême une relation unique dans le concert international. Ce n'est donc pas la peine d'évoquer Jeanne ou Trafalgar, Azincourt pour eux, ne pourrait évoquer qu'un inconnu qui tente d'aller plus vite que les autres.
Laissons-leur la bataille des egos, la seule qui puisse les toucher afin de faire monter une côte qui ne sera jamais de maille. Quand les preux chevaliers fourbissaient leurs armes, nos jeunes gens en culottes courtes se contentent d'opposer l'enfant de Bondy à ces maudits Rosbifs, sans se douter que ce sera forcément saignant.
Si la métaphore de la viande de bœuf peut s'avérer utile, la cuisson à point ne le sera guère puisque de cette confrontation, l'une des deux équipes rentrera dans ses pénates. Une fois encore, ce sera donc à la vie à la mort pour un conflit ancestral qui se réglera sur un rectangle vert. La rose disposera de ses épines tandis que le coq fera le fier à bras avec sa fusée parisienne.
Pour nombre d'entre-nous, l'issue n'a aucune importance, ce qui se déroule au pays de la gabegie énergétique ne prouvant que le goût amer de la honte et du scandale. Néanmoins, nous ne pourrons échapper au récit épique, au procès de Jeanne, au blocus et à toutes les querelles royales qui tournèrent au massacre des innocents et souvent à la famine pour les gueux.
Espérons qu'en cette occasion, les chroniqueurs sportifs feront assaut d'originalité et de talent pour faire monter la sauce en attendant que dans l'un des deux pays, après le sifflet final, les abrutis en masse, monteront dans leurs véhicules pour klaxonner indéfiniment dans les rues. Autrefois, les cloches sonnaient pour célébrer une victoire, aujourd'hui, les mêmes qui ne résonnent guère du reste, se contentent d'un avertisseur sonore.
La Terre va donc s'arrêter de tourner le temps que se règle une fois encore ce conflit qui va obnubiler les parieurs, fasciner les supporters, accaparer toutes les conversations, phagocyter tous les journaux et me pousser également à un billet d'humeur. Pendant ce temps, les vraies guerres pourront se passer de notre regard, les dictatures auront la voie libre pour asservir leurs peuples et le gouvernement fera comme toujours ce qu'il entend.
Au chant du coq, Kylian espère cueillir la rose avec un bouquet de buts et de passes décisives tandis que de son côté, Bukayo voudra clouer le bec au gallinacé prétentieux en faisant trembler les filets adverses. Voilà donc la nouvelle leçon d'histoire pour les prochaines décennies. L'inimitié atavique se limitera à ce seul épisode dans les années à venir tout comme la querelle Franco-Allemande se résume désormais au choc Battiston Schumacher un soir de juillet 1982 à Séville.
Il est si simple maintenant de raconter l'histoire des nations. Le football se charge de tout réduire à sa seule expression manière sans doute d'abrutir définitivement une population que l'école et la télévision ont anesthésié. Fermez vos livres, ouvrez les écrans, le sort du monde se joue devant vous au Qatar et nulle part ailleurs.
À contre-pied.
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