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Accueil du site > Tribune Libre > Bébé Rom : vivant sans domicile fixe, mort sans permis d’inhumer

Bébé Rom : vivant sans domicile fixe, mort sans permis d’inhumer

Un bébé Rom décède dans la nuit qui suit Noël. La famille habite un taudis. Le maire refuse l'autorisation d'inhumation. La presse prend ce drame sous l'angle affectif. Les politiques sont interpellés. Le maire se rétracte. La mairie est taguée. Le défenseur des droits de l'homme va lancer des investigations. Des chrétiens se rendent à l'enterrement dans une autre commune. Le PCF appelle à un rassemblement devant la mairie. Un autre bébé Rom meurt dans les bras de sa mère qui mendie. Personne n'en parle.

Reprenons.

Pour ceux qui l'ont oublié, ou ne l'ont jamais su, Noël est l'anniversaire d'un enfant né dans une étable parce que ses parents qui devaient voyager pour des impératifs administratifs n'avaient pas trouvé de place dans les hôtels. Bref, c'est une histoire d'itinérants qui logent dans un taudis. Cela remonte à plus de 2.000 ans quelque part en Palestine. En Occident, c'est l'occasion de faire la fête en famille en gâtant les enfants.

Les médias ont tout de suite flairé le faits-divers qui était le négatif de la fête de Noël et qui allait tirer la larme à l'oeil de Margot tout en alimentant les conversations à la machine à café. Une telle aubaine est bonne à prendre au vu de la baisse des ventes et de l'augmentation des prix au numéro.

D'abord, le décor.

Champlan est un village de plus de 2.000 habitants, situé à moins de 20 km de Paris, proche de Massy, de Palaiseau et des autoroutes régulièrement saturées de bouchons. Il est traversé par des lignes à hautes tensions et, comme ces facteurs de pollution ne suffisent pas, la D69 qui mène au très fréquenté centre commercial Villebon 2 est réduite à deux fois une voie, histoire de créer des embouteillages et de gaspiller son temps et son essence.

Depuis environ un an et demi, une famille Rom vit dans un bidonville qu'aurait su nous décrire Emile Zola ou Eugène Sue, et c'est dans la nuit du 25 au 26 décembre qu'une fillette de deux mois et demi aurait été victime de la morte subite du nourrisson, et emmenée à l'hôpital de Corbeil-Essonnes, où elle aurait été officiellement déclarée morte.

Jusque là rien de scandaleux. Juste de la misère et du chagrin. Ce n'est pas un cas isolé et ça ne fait pas longtemps les titres des journaux. Que plus de 400 SDF meurent dans la rue en 2014 n'est pas révoltant. Ils n'ont pas l'honneur des titres ni des manifestants politiques. Pour mémoire, qui se souvient de ceci : un bébé rom âgé de deux mois est mort jeudi à la gare de Lille-Flandres dans les bras de sa mère qui mendiait. http://www.liberation.fr/societe/2015/01/02/un-bebe-rom-meurt-dans-les-bras-de-sa-mere-qui-mendiait-a-lille_1172852 2 janvier 2015 à 07:32

Le déclencheur de l'infamie est le refus d'inhumation sous prétexte, disent les médias, que le cimetière est trop petit et que les parents ne paient pas les impôts locaux.

L'indécence est générale. Toute la presse en parle.

SDF passe encore. Morts dans la rue, ça passe toujours. Mais que morts ils ne puissent pas trouver un lieu pour le dernier repos est inédit et fait frémir. Notre système politique est si dur qu'il s'acharne sur nous au delà de la vie. Il ne reste plus de refuge pour la dignité.

Les politiques sont questionnés :

  • le président est venu ce lundi 5 janvier passer 2 heures dans les studios de France Inter pour parler de la pluie et du beau temps. Je ne l'ai pas écouté. J'ai entendu des journalistes payés pour ça rapporter qu'il avait parlé pour parler, sans rien dire. "Je refuse" que la France "s'en prenne à l'autre comme ça s'est passé dans ce cimetière". Que veut dire ce "Je refuse" ? Il n'est pas d'accord. C'est tout. C'est son commentaire qui n'engage aucune action.

  • À l'étage en dessous, au même moment, la présidente du Front National répond à France Info "Quand la bureaucratie fait perdre le sens de la compassion ... " "Evidemment" elle aurait accepté d'inhumer ce petit bébé rom. "Pour le coup c'est une erreur de la part de ce maire qui est dramatique. C'est un défaut d'humanité". Avec ce mot « compassion » elle double par la gauche les divers droites.

Le maire se rétracte. Il accepte l'inhumation. Mais c'est dans un village proche que le bébé est inhumé. A Wissous. Qui connait ce village coincé entre l'autoroute A6 et l'aéroport d'Orly ? Et qui se souvient de l'ancien maire PS et de ses coupures d'eau il y a un an et demi ?

Depuis le 6 juillet 2013 les familles roms vivant dans un campement de fortune au sein de la ZAC des Hauts de Wissous sont privées d’eau. Le maire a en effet décidé de couper l’eau des bornes incendies alentours, qui servaient à défaut de point d’eau. Une décision assumée par le maire, mais qui est dénoncée par différents acteurs politiques, judiciaires, et associatifs, qui pointent plus largement un climat de marginalisation de la communauté rom....De son côté, le maire de la ville … se défend de telles accusations. La coupure d’eau est avant tout et selon lui une mesure de « réparation nécessaire » des bornes d’incendie de la zone, qui ont été rendues inutilisables et engendraient un gaspillage important. http://essonneinfo.fr/91-essonne-info/48032/roms-indignation-deelv-contre-le-maire-de-wissous/

Tantôt les Roms sont tolérés de leur vivant mais refusés quand ils sont morts.

Tantôt, il sont expulsés de leur vivant et accueillis après leur trépas.

L'approche de ce drame par le côté sentimental a provoqué ce que l'on pouvait attendre : une réaction qui n'a rien de démocratique mais qui ressemble au geste de quelqu'un qui a voulu rendre la justice par lui-même.

La façade de la mairie de Champlan (Essonne), où un maire est accusé d'avoir refusé l'inhumation d'un bébé rom, a été dégradée dans la nuit de dimanche à lundi par des inconnus. De la peinture beige a été lancée contre l'entrée et sur les panneaux d'information. Sur la façade taguée, on pouvait lire ce lundi matin le message "Lecler (sic), Valls même racisme d'Etat !!". http://www.bfmtv.com/societe/champlan-la-mairie-a-ete-degradee-dans-la-nuit-855729.html

Il était pourtant si facile de se renseigner sur le droit et d'arrêter tous ces effets de manches.

L'autorisation d'inhumation est à demander au maire de la commune du cimetière choisi. Le défunt peut être inhumé dans les cimetières suivants :

  • celui de la commune où le défunt habitait,

  • celui de la commune où le défunt est mort,

  • celui où est situé le caveau de famille.

  • L'inhumation est aussi possible dans une autre commune, mais le maire peut la refuser.

  • Si le défunt résidait à l'étranger, il peut être inhumé dans le cimetière de la commune dans laquelle il est inscrit sur la liste électorale, même s'il n'y possède pas de sépulture de famille.

http://www.vos-droits.justice.gouv.fr/deces-succession-11957/deces-11983/inhumation-20333.html

Ce qui est étonnant, c'est que personne, pas même le maire ne semblait connaître la loi.

Mais l'histoire se serait stoppée avant de s'emballer et n'aurait pas été bonne pour l'audience.

Et l'objectif de la presse instituée n'est pas de rester dans un cadre rationnel, qui fait donc appel à l'intelligence, mais de vendre et de faire des profits.

Et pendant que tous parlent de ce bébé, tout doucement, le gouvernement continue de détruire nos vie.

Dans un communiqué, le mouvement des efFRONTé-e-s s'insurge contre l'extension du travail du dimanche dans un secteur - grande distribution et commerce - où "près de 80% des salarié-e-s sont des femmes" : "caissières, vendeuses, parmi lesquelles des mères célibataires ayant la garde des enfants, pas scolarisés le dimanche, auxquels il faudra trouver un moyen de garde". "Elles seront les premières victimes de la loi !", souligne l'association de féministes et militants LGBT. "Selon Emmanuel Macron, seules les volontaires travailleront le dimanche ou jusqu'à minuit. Dans un contexte de chômage massif, les salariées acceptent tout", relève-t-elle encore. Pour les efFRONTé-e-s, la loi Macron revient sur le repos dominical, qui permet "à toute la famille de se retrouver", et tend à banaliser le travail de nuit. "En rentrant du travail à minuit, les parents trouveront leurs enfants couchés. Est-ce cela un gouvernement qui se dit préoccupé par la famille, les loisirs, l'émancipation ?" https://effrontees.wordpress.com/


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9 réactions à cet article    


  • Yohan Yohan 6 janvier 2015 14:05

    Et personne pour s’insurger sur la maltraitance d’une mère qui fait la mendicité en utilisant ses enfants comme on utilise un chien pour attendrir le chaland


    • Xenozoid 6 janvier 2015 17:36

      ouais mais bon, c’est bon on a tous pigés. 250.000 articles ne feront aucune diférences, c’est trop tard,oui on tue des gosses. oui on aime la guerre, oui il y a une guerre


      • Yohan Yohan 6 janvier 2015 23:12

        Beaucoup d’hypocrisie. La mendicité avec enfant est normalement punie de 7ans de prison, s’il est avéré que l’intégrité de l’enfant est mise à mal. Une mort de bébé en plein hiver, c’est quoi sinon de la maltraitance. Bartolone voulait aussi s’y attaquer il y a peu. Sauf que la politique politicienne est plus tentante que de pointer les responsabilités de la mère. On a trouvé avec ce Maire le parfait lampiste qui détourner l’attention sur un fléau, les roms.


        • Yohan Yohan 7 janvier 2015 13:28

          Et alors, ça change la réalité de l’exploitation indécente des bébés pour optimiser les résultats de la mendicité. Pour moi, sit on ne doit pas mégoter sur la sépulture à donner à un enfant, on doit aussi pointer les vrais responsabilités.


        • lloreen 7 janvier 2015 00:01

          Cette histoire est triste à pleurer et le maire n’ en sort pas grandi. Comment peut-on en arriver à une telle extrémité...
          Cet homme n’ a visiblement jamais entendu parler de la symbolique de la nuit de Noël...

          Il existe un carré des indigents dans chaque cimetière et le maire doit délivrer le permis d ’inhumer.

          "

          La mairie de Perpignan prend en charge, comme la loi l’y oblige, les frais d’obsèques des personnes seules et sans revenus. Elles reposent au carré des indigents. Sur la tombe de Colette C., décédée en 2010, une vasque avec des roses artificielles brûlées par le soleil. Marcel M. a eu, quant à lui, droit à une plaque achetée par les copains. Les amis du quartier d’un autre Marcel se sont cotisés pour lui offrir un hommage posthume à son effigie…

          Plus émouvant encore, la tombe d’un jeune militaire ornée de sa photo et d’une plaque offerte par son père ou celles, totalement dépourvues de tout artifice d’un centenaire et d’un jeune garçon décédé à 27 ans... Nous sommes au carré des indigents du cimetière du Vernet à Perpignan. Une zone située au milieu des caveaux qui permet d’offrir un enterrement décent à ceux qui n’avaient seulement pas les moyens de subvenir à leurs propres besoins de leur vivant. Les gardiens peuvent en témoigner. « Ce ne sont pas des obsèques au rabais », raconte ainsi Christian Gaubert qui décrit : « Le même corbillard, les mêmes personnes, les quatre porteurs, l’instant de recueillement ». Tout juste évoque-t-il, « un peu moins de fioritures, même si aujourd’hui on sent que l’aspect économique joue pour de nombreuses personnes ».

          Des hommes et des femmes de tous âges, mais aussi des enfants touchés par la précarité dont la mairie prend alors en charge les obsèques. "Lors des décès qui surviennent la plupart du temps à l’hôpital, nous travaillons en lien avec les CCAS pour tenter de retrouver de la famille qui pourrait prendre en charge les obsèques. S’il n’y en a pas ou qu’elle est insolvable, la mairie en assume le coût (entre 600 et 900 euros selon les sources, NDLR). C’est une question de dignité", expliquent Jeanne Got et Marie-Christine Bosch, respectivement directrice du service population de la mairie et responsable du service règlement funéraire et obsèques. Entre 20 et 30 indigents rejoignent ainsi chaque année les carrés qui leur sont réservés dans trois des quatre cimetières de la ville. Des carrés communs qui peuvent également accueillir ceux qui ne veulent pas acheter de concessions. La durée d’inhumation au carré des indigents est de cinq ans.

          « A Perpignan, la durée moyenne d’inhumation est de 15 à 20 ans »

          En principe, passé ce délai, les corps sont exhumés et envoyés à l’ossuaire afin d’offrir de nouvelles places. « Mais à Perpignan, comme la demande n’est pas très forte, la durée d’inhumation avoisine plutôt les 15 à 20 ans », constate Mohamed Iouadan, conseiller municipal chargé des populations. Laïques, les carrés des indigents ne sont pourtant pas dépourvus de signes religieux. Celui du Haut-Vernet accueille des croix catholiques qui restent tolérées, notamment sur les tombes en terre. Depuis 2008, ces dernières sont, petit à petit, remplacées par des caveaux autonomes en béton.

          Une centaine a déjà été installée pour un coût de 200 000 euros. Le cimetière du sud, quant à lui, est équipé d’une quinzaine d’enfeus, des caveaux autonomes sur deux étages en ciment blanc avec une porte en granit. A terme, 300 places seront disponibles pour un coût de 600 000 euros. Le prix à payer pour offrir une dernière demeure décente aux plus démunis."

          Source : lindépendant.fr


          • eric 7 janvier 2015 07:42

            Je vois que nous sommes tombés sur le même genre de sources en cherchant un peu. Pour ma part, j’ai mis cela en commentaire sur l’article de Chalot.
            Ce que j’avais zappé, c’est que le Maire a changé à Wissous. J’ai crut que le Maire actuel, qui dit soigner la famille endeuillé et s’étonne de cette histoire avec un Maire de Champlan, qui, d’après lui a toujours été positivement actif sur ce dossier, étati le même que celui qui avait coupé l’eau.
            Au moment ou le préfet nommé par Vals a expulsé ces familles de cette ville, il a également démantelé 11 campements dans l’Essonne, de mémoire. Ce qui serait intéressant, ce serait de connaitre la couleur politique des villes concernées.
            Il ne manquerai plus pour porter le comble à l’ignominie de cette campagne d’extrême gauche, qu’on constate que Vals débarrasse ses villes pour encombrer celles qui votent mal.


            • lloreen 7 janvier 2015 12:22

              Quoiqu’ il en soit un maire a l’ OBLIGATION LEGALE de délivrer le permis d’ inhumer dans le carré des indigents pour les démunis.
              Il me semble que c ’est vraiment un minimum.


              • Saltz Saltz 7 janvier 2015 14:31

                Le sentimentalisme n’aide pas à résoudre les problèmes mais exacerbe les émotions et risque de déboucher sur des actes malheureux.

                L’objectif de l’article était de dénoncer une approche exclusivement affective de cet événement.

                A lire certains commentaires, j’ai l’impression d’avoir manqué mon objectif.


                • Saltz Saltz 8 janvier 2015 19:05

                  Se laisser mener uniquement par ses sentiments conduit à des drames, des lynchages, des règlements de compte, etc.

                  Prendre du recul, chercher à s’informer complètement, essayer de comprendre, bref utiliser son intelligence limite les risques et permet plus de justice.

                  Je suis étonné que mon commentaire précédent soit « moinssé ».
                  Quels sont les arguments des « moinsseurs » ?

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