• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > C’Que C’est Con Et Triste, La Vie D’Un Blogueur (...)

C’Que C’est Con Et Triste, La Vie D’Un Blogueur !

Il faut que je sorte. De là. D’ici.
Faut que j’aille voir à quoi ça ressemble, la vie, la vraie. Même si je sais, je reviendrai. Tâter du clavier. Nourrir le monstre que j’ai créé.

EC(oeu)RAN(t)

Ça fait combien de temps ? Que je ne suis pas allé au cinéma. Moi qu’adore ça. Combien de temps que je n’ai pas vu, ni foulé un chemin de terre, le suivre, peu importe où et pourquoi, le suivre, et pis c’est tout.
Ça fait combien de temps, dis-moi, que je suis là, comme vissé au rotin de ce fauteuil, les yeux rivés sur mon écran, à guetter, crevard, l’info, à traquer du Sarkozy, du Lefebvre et du Guaino. Alors que dehors, je les entends, les oiseaux, le vent, le chaud. Alors que dehors, ça grouille, ça rit, ça vit.
Mais non, y’a rien à faire, j’peux pas le quitter, cet écran, sait-on jamais, si elle tombait, c’te info, celle que j’attends, nourriture de ce monstre que j’ai créé, ce blog, le mien.
Ah non, vraiment non, j’peux pas, pas sortir, demain peut-être, allez oui ! Promis ! Demain je sortirai, mais aujourd’hui non, faut que je reste là, tant je le sais, elle va tomber, c’est sûr, l’info, et je vais t’en faire un billet, un beau ! Un billet avec des tas de virgules, de la suspension et des points.
Dans la gueule.

Allez, tombe ! TOMBE ! Mais qu’est-ce qu’elle fout, c’te info ? T’es malade, poulette ? T’as chopé l’aviaire ? .. Non .. ? Ben alors tombe, bordel ! Allez ! Magne-toi ! Ça urge ! J’ai les doigts affutés comme jamais, prêts à claquer, bouffer des kilomètres de clavier ! J’suis chaud comme la braise, ma grande ! Alors faut que tu tombes, et fissa !

Mais non. Rien. Que du menu fretin. De la TVA à 5,5. Qu’est-ce que tu veux que j’en fasse ? Puisque je suis là, cloîtré chez moi, café à volonté, sandwich vite fait, petit verre de rosé. Qu’est-ce que tu veux que j’aille engraisser le cafetier encarté UMP ? Le gratifier d’un billet bien salé, aux petits oignons, aillé copieux, comme son addition, la gratinée, l’estivale. Parce que tu vois, le Marcel, y va pas se gratter pour l’assaisonner, ta note ! TVA à 5,5 ou pas ! Faudrait pas perdre de vue les fondamentaux du petit commerce. Et les fondamentaux y disent que l’été, on fait pas dans la figure imposée, mais dans la libre. C’qui veut dire que tu vas raquer, et pas qu’un peu. Ton demi, celui de la zone touristique, il s’est déjà envolé, garçon ! Au zinc comme en terrasse.
Alors quoi ?
J’vais quand même pas me fader le Mitterrand. En remettre une couche sur ces pôôôvres socialistes !
Manuel Valls ?
J’suis allergique.
Valls, c’est queue dalle, c’est bernique.
C’est rien.

Rien, putain, mais y’a vraiment rien de rien. Pas d’info ! Ou alors, y’en a trop. Beaucoup trop ! Et je pète de chaud. J’ai mal au dos. J’ai mal partout. A force de surfer, comme un taré, de sites en sites. A bouffer du Net, du billet de blogs. Du billet mal branlé, vite expédié, juste pour dire : j’y étais ! C’est moi, le premier ! Yesss ! Et vas-y que je te donne mon avis, à la noix, sur la Burqa ! Hadopi en veux-tu, en voilà ! Et Karachi dans le ventilo ! Mais quelle misère ! Mais qu’est-ce que je fous là ? Alors que dehors, je les entends, les rires, les cris, les gens. Alors que dehors, c’est l’été, enfin !
Mais non, ah non, putain de ta mère, y’a rien à faire, j’peux pas ! Tant pis, je reste là, me disant qu’elle tombera, la salope, l’info-qui-va-bien, Sarkozy-Lefebvre-Guaino, et même Boutin, tiens, m’en fous ! J’prends ! … T’entends … ? J’suis tellement à cran, que j’suis prêt à tout, nom de Dieu, même à me taper la Boutin !

Mais rien.
Rien ne vient.

Sinon, le téléphone. Qui sonne.
C’est toi.
Mais j’suis pas là. J’suis dans l’écran. Je guette. Je traque. Sur Internet. Tu comprends ? … Dis … ? Dis-moi que tu comprends ? Que c’est pas le moment. Plus tard. Ce soir. Quand je l’aurai nourri. Le monstre. Le mien. Mon blog.
D’accord ?

Et j’y retourne. Crétin dans son rotin. De sites en purin. Je tourne, je vire et je clique. Et la voilà qui claque ! Une info cloaque. Un entretien. Le Nouvel Obs. Sarkozy. C’est pour demain ! C’est pour jeudi.
J’vais me la faire. Y va morfler l’Olivennes, le pote à Baverez. Je vais te l’aligner sévère. Ah bordel à chien, cette fois, je le tiens ! Mon billet ! Mon quotidien ! Mais non … Ah merde, nooOOOOoon ! C’est Fontenelle, qui l’a torché mon billet ! Salaud de Fontenelle ! … Voleur … ! Tu m’as piqué mon affaire ! Qu’est-ce que j’vais faire, moi, maintenant ? Y’a rien d’autre. Rien …

Putain, j’en peux plus ! J’te jure. Des RSS, des flux, des réseaux présumés sociaux, des réseaux de mon cul. C’est sans fin. Et vas-y que j’me twitte, que j’me facebookise, comme un rat.
Mort.
Alors que dehors, je les entends. Ils rient, grouillent et vivent. Un café, du rosé, l’addition. C’est tout de même mieux que Sarkozy-Lefebvre-Guaino.

Il faut que je sorte. De là. D’ici.
Faut que j’aille voir à quoi ça ressemble, la vie, la vraie. Même si je sais, je reviendrai. Tâter du clavier. Nourrir le monstre que j’ai créé.
Mais avant, juste une heure, pas plus, mettre mon sale nez dehors, me laisser aller, prendre, ou surprendre.
Quitter un instant cette non-vie.
Celle triste et conne du blogueur que nous sommes.
Devenus.

Moyenne des avis sur cet article :  4.5/5   (16 votes)




Réagissez à l'article

13 réactions à cet article    


  • Yohan Yohan 2 juillet 2009 10:37

    Exact. la vie devant un ordi, c’est pas une vie. Un blog, en plus, c’est un non sens, à moins d’être cloué sur un fauteuil par la maladie


    • paprika 2 juillet 2009 10:58

      C’est pourtant vrai cette addiction au nolife, nous sommes nombreux dans cet état, un jour on décrochera, un jour c’est sûr.


      • Annie 2 juillet 2009 11:16

        Il n’y a pas besoin d’être bloggeur, seulement accro aux blogs pour ressentir cette angoisse du vide, de l’absence d’informations, de scoops, du dernier mot de Lefèvre, de la dernière connerie de Sarkozy.
        J’aperçois là dans la cure de désintoxication des bloggomaniaques un créneau lucratif. 


        • jako jako 2 juillet 2009 11:19

          J’adore cet écrit et son contenu, super


          • LE CHAT LE CHAT 2 juillet 2009 11:38

            je pars en congés demain , je ne toucherai pas un clavier pendant un mois , existe t il un patch pour blogo dépendants ?  smiley


            • L'enfoiré L’enfoiré 2 juillet 2009 13:35

              @Sage ou PasSage,

              Aller au cinéma ? Mais voyons la télé ne donne pas assez de cinéma ?

              En fait, Sage, les réponses sont dans les questions. Tout est là.

              Qu’est-ce qui empêche de faire les deux ? Sortir et entrer ?

              Ou vous êtes un névrosé ou un inconscient.

              Pas d’autre manière de tirer des conclusions.

              Il y a un temps pour tout. Pour dormir, pour manger, pour la télé, les sorties et l’ordinateur.

              Il y a un rhéostat entre tout cela.

              Un boulimique du scoop, vous êtes devenu. L’info ne disparait pas. Elle se creuse, gonfle. Mais en plus, elle vous gonfle et c’est là le drame.

              Un blog, j’en ai un depuis presque 5 ans. Ma discipline, un article par semaine.

              Je sens que votre article, vous ne le suivez que pour faire un article, pour vous étudier personnellement. Mais je répète, vous avez les réponses au problème.

              Et tout cela pour peanuts, des clous. Y a des baffes qui se perdent.

              Le jour où vous vous foutrez de rater l’info, vous aurez gagné.

              Alors, blogueur, un mythe ou une présence obligatoire ?

              La vie extérieure n’est pas plus verte que l’intérieur. J’ai un expérience dans les deux domaines.

              J’avais même mon ordi en vacances. Mais rien de change sous le soleil.

              Faut savoir doser, c’est tout.

              Du buz ou de l’info

              Lire la suite ▼

              • Halman Halman 2 juillet 2009 13:44

                Encore ça ce n’est rien.

                J’ai connu l’époque où les forum étaient bien plus animés et non modérés. Non modérés parce qu’à l’époque ce n’était pas utile.

                Où l’on pouvait suivre en quasi direct 10 conversations sur 5 forum différents.

                J’ai connu ces forum plus confidentiel avec juste une bande de quelques dizaines de personnes qui au fur et à mesure des années devenaient copains. Cela a donné des mariages et des bambins. Un belge et une italienne qui ont le coup de foudre sur le forum et qui se marient.

                Pour certains c’étaient une véritable psychothérapie. Seul contact humain dans leur vie avec des gens qui les restructuraient et les empéchaient de faire le pire.
                Leur couper l’accès internet pour diverses raisons était les précipiter à la catastrophe en leur coupant leur seul lien humain.

                Avec le comportement de la plupart des forumeurs, impossible aujourd’hui. D’ailleurs ces forums sympas ont tous fermé un par un à cause du comportement insuportable de certains intervenants.
                Les multi pseudos, les interventions déplacées et irrespectueuses contre les gens en souffrance, les messages militants répétés copiés collés sur 10 forum le même jour histoire d’assèner ses convictions politiques et religieuses, et autres comportements insuportables que l’on connait maintenant et qui sont apparus sur le net en moins d’un an.

                Allez tenter une psychothérapie sur les forum actuels, même ceux spécialisés dans le pshychologique. Pas d’intimité entre bande de copains, des réponses stéréotypées de robots.

                Nous avions des correspondants israeliennes, suisses, canadiennes, africaines, en Norvège, bref sur toute la planètes qui nous donnaient des nouvelles en direct live des évenements. Rien à voir avec les foutaises des nouvelles des jt de 20 heures qui restent une des références événementielles du quidam.

                Ils ne donnaient pas un avis « éclairés » en écrivant un article tranquillement dans son salon en France, ils vivaient l’action sur le lieu même et décrivaient ce qu’il se passait.

                Et bien sur mon blog avec le petit billet d’humeur de la journée.

                Simple petite phrase laconique du genre « Faire une dépression c’est un luxe, les gens des pays pauvres n’ont pas le temps d’en faire, trop occupés à survivre au jour le jour. », ou les 10 bonnes pages avec liens internet, références de documentations et photos.

                Les gens savaient se tenir à l’époque. Pas d’insultes, de style sms, de vulgarités. Pas besoins de modérateurs en ce temps là. On ne connaissait pas le point Godwin.

                Rien à voir avec aujourd’hui. Les gens avaient conscience d’être lus aussi bien par le quidam que par des francophones aux fins fonds du Canada ou de l’Afrique, par des plombiers ou des avocats, des secrétaires ou des ministres. Alors on soignait ses propos, on ne délirait pas ses idées préconçues sur des domaines dont on ignorait tout.

                Lire la suite ▼

                • Arthur 2 juillet 2009 14:41

                  Blogger n’est pas la vie !
                  Au lieu d’idolâtrer Pele, Beckenbauer, Ronaldo, Zidane, Renaldo, j’ai moi-même joué au football tant que j’ai pu.

                  Au lieu d’idolâtrer Travolta, Jackson, j’ai moi-même dansé tant que j’ai pu.

                  Au lieu d’idolâtrer Dion, Halliday, Farmer, Jackson, j’ai moi-même chanté tant que j’ai pu.

                  Au lieu d’idolâtrer Johnson, Lewis, Bolt, j’ai moi-même couru tant que j’ai pu.

                  Au lieu d’idolâtrer Merckx, Museeuw, Boonen, j’ai moi-même roulé en vélo tant que j’ai pu.

                  Je veux goûter à la vraie vie tant que je pourrai.


                  • L'enfoiré L’enfoiré 2 juillet 2009 15:41

                    Salut huhuhuhu,

                     Guérir la « bête de somme » ?
                     Peutete ben qu’oui, peutete ben que non.
                     Il faudra qu’il remette les pendules à l’heure. J’espère que sa manière de traité le sujet n’est que caricaturale. Le jour où on sent que cela deveint de l’esclavage, sans rémunération, il y a intérêt à jeter le bidule à touche par la fenêtre. Il faut être motivé par quelque chose et pas par une maudite info qui n’est que ce qu’elle est.
                     Rale bol de Sarko et de ses accolites. Aucun intérêt dans la « chose ». Lui, très certainement.
                     J’avais espéré qu’après les élections, cela se calmerait. Ben, non, la sarkosite aigue, toujours inflationiste.
                     Aucune vue à 360°. La France, quoi, dans toute sa splendeur et, peut-être, sa médiocrité dans le choix de ses sujets.
                     Désolé de devoir le constater. Les sujets originaux ne font le top.

                     Vous avez la musique et le sport. Moi, c’est le jogging et le vélo, mais sans aucune contrainte à mon rythme, sans rechercher les comparaisons ou la compétition. C’est une autre manière de vivre. La musique et la télé, cela peut même se partager avec l’ordi. Aucune contrindication.
                    Mais quand on ferme les compteurs, on ferme. Les râleurs, je les amadoue, je les endors. C’est aussi du sport. 


                    • Arthur 2 juillet 2009 17:24

                      Blogger n’est pas la vie !
                      Toutes les stars médiatisées sont un jour ou l’autre, volontairement ou à l’insu de leur plein gré, rentrées dans cet engrenage infernal de « pompes à fric ».
                      Au lieu d’idolâtrer Pele, Beckenbauer, Ronaldo, Zidane, Renaldo, j’ai moi-même joué au football tant que j’ai pu.
                      Au lieu d’idolâtrer Travolta, Jackson, j’ai moi-même dansé tant que j’ai pu.
                      Au lieu d’idolâtrer Dion, Halliday, Farmer, Jackson, j’ai moi-même chanté tant que j’ai pu..
                      Au lieu d’idolâtrer Johnson, Lewis, Bolt, j’ai moi-même couru tant que j’ai pu.
                      Au lieu d’idolâtrer Merckx, Museeuw, Boonen, j’ai moi-même roulé en vélo tant que j’ai pu.
                      Je veux goûter à la vraie vie tant que je pourrai. 


                      • L'enfoiré L’enfoiré 2 juillet 2009 17:51

                        Bonjour Arthur,
                        Evidemment blogger n’est pas la vie.
                        Elle ne fait que passer le temps à ceux qui en trop et qui ne peuvent pas difficilement la consommer en regardant uniquement les mouches. Le chômage doit trouver souvent un paliatif. Il ne faut pas l’oublier. Blogger est une cure pour ne pas sombrer dans la folie de la non-occupation.
                        Je connais cette toile, j’en connais les coins secrets de la blogmania, pour l’avoir même modéré plus qu’à mon tour. Attention, une touche positive ou négative parmi bien d’autres.
                        Pas croire que je donnais le feu vert ou rouge. Un travail d’équipe, du moins je travaillais avec cet esprit. Un blogger c’est vrai et c’est dit plus haut se laisse entrainer par le jeu. Le virtuel, le pseudo donne des envies de s’éclatter pour pas mal d’entre eux. Il y en a qui y laisse leur tranquilité. J’en connais et pas des moindres. Prix par l’obligation morale en tenant un site plus ou moins citoyen de sortir quelque chose sous peine de ne pas exister. J’ai pris le contre pied de Sage, pour adopter une volonté de se calmer surtout quand c’est du bénévolat. Ce bénévolat volontaire n’est pas perdu pour tout le monde. J’en connais quelques rouages, et la gratuité devient très vite unidirectionnelle.
                        Tant que cela reste un amusement tout le monde y gagne. Quand il y a esclavage moderne ou post-moderne, il y a danger. L’info tue l’info. Par sa répétition, par son manque de recherche, par le goût du scoop qui se veut le concurrent de la presse officielle. Le monde virtuel n’a pas le même masque que dans le réel. Il saute plus vite dans le virtuel. Le commentateur se lâche plus facilement protégé derrière ce bouclier qu’est son pseudo. Notre Sage local l’est-il vraiment ? Il ne s’est pas encore manifesté à la suite de son article, je ne peux donc pas le dire. Le réel est plus sournois. Il se cache derrière les convenances, derrière les habitudes.
                        Mais tu ouvre la discussion vers l’idolâtrie. Là, on touche un rayon que j’ai déjà traité ailleurs. « Veux-tu être mon idôle » ? Là, on approche un problème de psychiatrie qui nécessite plus que quelques lignes.
                        Car ça aussi, c’est la vérité. Il y a de plus en plus.

                        Lire la suite ▼

                      • Yaka Yaka 2 juillet 2009 23:16

                        Super article ^^
                        Et tellement vrai, le pire c’est que même sans blog, on peut passer des heures sur AV =)

                        Symptomatique de l’effet pervers du net : on se retrouve avec des gens qui veulent donner leur avis sur tout et tout le temps.

                        D’ailleurs, je me demande ce que je fous là, je vais aller faire un tour

                        allez tout le monde va prendre l’air
                         


                        • Menouar ben Yahya 6 juillet 2009 14:49

                          Miroir ! Miroir ! Dis moi...

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès