Cet article se veut sinon une feuille de route pour le mouvement des Gilets jaunes, du moins traduire déjà le sentiment que m'inspire une expérience menée, durant de longs mois, auprès justement des Gilets jaunes de mon département.
D'abord dubitatif avant le 17 novembre 2018 s'agissant d'un événement annoncé un peu partout dans les médias dominants, avec tambours et trompettes, surtout de la part des Macron-compatibles — ce point-là étant hautement suspect à mes yeux — j'avais été surpris, une fois sur le giratoire, par la forte proportion de femmes, et de tous âges, SVP ! Oui, il y avait aussi des retraitées — je précise : bien plus âgées que moi.
Venu en observateur, je fus conquis par toutes ces mamies que j'interrogeais ce jour-là.
Et que répondaient-elles ?
« C'est la première fois que je manifeste. Je le fais pour moi, mais aussi pour mes enfants et mes petits-enfants. On n'y arrive plus ». Faut-il préciser que j'entendis cela toute la journée du 17 novembre 2018 ?
Je décidais alors de m'intéresser à ce mouvement populaire, que je n'avais pas du tout vu venir, loin de là, même si je m'intéresse depuis longtemps à la vie politique de mon pays, et que depuis de longues années je désespérais de mon peuple. Et pas qu'un peu !
Donc avant-hier, le dimanche 17 novembre 2019, « Jojo le Gilet jaune (GJ) » soufflait sa première bougie.
Nous-mêmes étions sur un giratoire.
Force est de constater qu'au-delà des retrouvailles et même de certains échanges autour d'un café (ndr : dans un lieu de restauration tout proche, signe des temps hélas : ouvert le dimanche !!!!), ce n'était pas la grande joie. Ni la grande foule.
Si sur le rond-point* nous étions 80 (et encore, en comptant généreusement et au plus fort de l'après-midi) ce fut bien le maximum. La moyenne se situant plutôt autour de la cinquantaine.
Peut-être que selon la police il n'y avait que quatre GJ. Pour taper le carton... ?
*Un giratoire au nord d'une ville moyenne en Midi-Pyrénées.
Par comparaison, l'an dernier, il y avait au même endroit au moins dix fois plus de monde, dès le premier jour — ici comme probablement partout en France. Nous y reviendrons.
Il est donc clair, et comme il fallait s'y attendre, que les effectifs ont sacrément fondu, et selon nous pour deux raisons : l'une externe et l'autre interne.
Volontairement, nous ne nous étendrons pas sur la raison qui est externe au mouvement. Est-ce vraiment nécessaire de disserter sur ce que tout un chacun a parfaitement intégré ? Nous avons un dictateur à l'Élysée, mis en place par les ultra-riches lors d'une élection présidentielle truquée. Et qu'il est là en service commandé : pour détruire tout le modèle social français, œuvre du CNR (Conseil national de la Résistance), faire des cadeaux à ses parrains, mais aussi pour régler son compte une bonne fois pour toutes au peuple de gueux que nous sommes, pour qui il n'a que mépris. Un mépris de classe.
« Votre argent m'intéresse ». N'était-ce pas le slogan d'une banque il y a deux ou trois décennies ?
Nous nous limiterons en citant les propos que tenait Jean-Luc Mélenchon dimanche sur France 3 :
Jean-Luc Mélenchon dans Dimanche en Politique 17/11/2019
2'03''-2'09'' : « 22 personnes éborgnées, 5 mains arrachées (...) »
3'05''-3'19'' : « 11000 gardes à vue, 3000 personnes en procès, 1000 personnes condamnées à de la prison ferme, comme indiquait le journal Le Monde c'est une répression sans précédent d'un mouvement social (...) »
Outre toutes ces violences policières chaque samedi, on pourrait ajouter la bonne douzaine de morts il y a un an sur les ronds-points, et aussi cette octogénaire de Marseille, mortellement blessée sur son balcon par une grenade lacrymogène qui, nous assure-t-on, devait tomber probablement du ciel : un peu comme une feuille morte au vent mauvais...
En revanche, s'agissant de la raison interne, donc des erreurs (de jeunesse ?) du mouvement des GJ, il y a à dire. Et sacrément. Elles expliquent pourquoi nous en sommes-là : autrement dit pourquoi un an a passé et nous* n'avons rien obtenu. Rien. Voir plus loin.
* Nous ? Oui, "la France d'en bas, les pov' cons, les sans-dents, les feignants, les gaulois réfractaires au changement, la foule haineuse, ceux qui ne sont rien et pour qui on dépense un pognon de dingue, etc." (n.d.t : le lecteur voudra bien être indulgent si nous avons omis de citer quelques qualificatifs décrivant bien ce que serait (d'après qui vous savez) le peuple français. Cette liste étant par définition non exhaustive... et probablement amenée à évoluer...
Si nous devions comparer ce qui s'est passé en France depuis un an à une rencontre de football, eh bien la marque serait aujourd'hui de 3-0. En faveur de Macron, évidemment.
Remarque : même sans ces erreurs, il est plus que probable que nous n'aurions rien obtenu à ce jour. Mais une dynamique se serait déjà enclenchée. Probablement. Et pour continuer notre comparaison sportive, la marque serait alors de 4-1. Ce qui n'est pas le cas, et nous allons le démontrer.
La question est donc de savoir maintenant si le match de football est terminé, ou si nous n'en sommes qu'à la mi-temps.
Dans ce second cas — et c'est ce que nous espérons — il faudrait que dans les vestiaires quelqu'un (l'entraineur, le capitaine... ?) secoue ses joueurs. Et sacrément.
Et pourquoi donc ?
Parce que l'équipe des GJ s'est pris trois buts en contre-attaque. Rien que ça ! Ce fut du reste du travail très bien fait : niveau équipe professionnelle digne d'un championnat international. Passons.
Les GJ étant eux du niveau bande de copains (« sympas ! », aurait ajouté Coluche) ou au mieux en catégorie excellence pour reprendre un niveau de classement subalterne de la FFF.*
* Fédération française de football
En se plaçant simplement du côté des (télé)spectateurs, ne pourrait-on pas rappeler quelques principes de base ?
Par exemple, rappeler la morale d'une fable très connue : Rien ne sert de courir, il faut partir à point.
Ou, plus modestement, rappeler que lorsqu'on désire accéder à un étage supérieur, autrement dit quand on veut monter (et ce dans tous les sens du terme) il faut faire un effort, et pour cela on utilise ce qu'on appelle un escalier et qu'il faut avoir de la méthode pour le gravir : mettre pour commencer le pied sur la première marche et seulement ensuite sur la deuxième marche, puis sur la troisième, et ainsi de suite. Et que mettre le pied directement sur la cinquième ou sixième marche est quasiment impossible. Sauf en parlottes. Avec la langue. Cela s'appelle aussi faire du yaka, fokon.
Ou prendre ses désirs pour des réalités.
C'est en gros ce qu'a fait le mouvement des GJ depuis un an. Il a mis la charrue avant les bœufs. Je précise pour le lecteur que j'ai bien sûr ma part de responsabilité dans ce résultat, puisque je me suis investi (à ma place, et seulement à ma place : horizontalité oblige) dans un groupe local de GJ.
En effet qu'avons-nous entendu ici et là depuis des mois ? Des revendications de toutes sortes*, mais également des affirmations comme quoi « On ne lâchera rien », etc. Tout cela étant du niveau des supporteurs avant le match, parfois quelque peu « imprégnés » et qui se la jouent dans la rue, de préférence devant une caméra.
* Dès le mois de décembre 2018, on apprenait que tout un catalogue de revendications avait été établi :
Or, tout cela revenait à tenter de sauter (n.d.r. : en montant) les quatre premières marches d'un coup pour arriver direct à la cinquième ou la sixième marche de l'escalier. Eh oui.
Ô rêverie !
L'erreur étant pédagogique, du moins pour qui veut bien la reconnaître, voyons maintenant ce que nous aurions dû faire, tous ensemble et dès le début.
(à suivre)

- Charte officielle des Gilets jaunes