Clandestins blancs, Continent noir et immigration en sens inverse
Chaque humain devrait être assuré de pouvoir rechercher les moyens de sa subsistance, voire de son épanouissement, dans n’importe quelle région de la planète. Les entraves à la libre circulation imposées par les Etats sont toujours présentées comme justifiées pour préserver des espaces nationaux organisés. Jusqu’à ce que se produise un désastre quelque part sur la planète (guerre, famine, crise économique) qui pousse les populations à devoir migrer massivement. Aucune barrière nationale n’est alors pas assez efficace pour empêcher l’arrivée des migrants qui s’installent durablement, parfois dans l’illégalité.

Le phénomène des sans-papiers a depuis toujours été observé en Occident. Mais il semble qu’un mouvement des populations vers les pays du Sud est en cours. Une scène s’est récemment produite en Angola, pays africain riche en pétrole. Un groupe d’immigrés illégaux portugais a été filmé dans les locaux des services d’immigration où des formalités étaient en cours en vue de leur expulsion vers Lisbonne. Des scènes pareilles, on les voit plutôt en Europe, avec, dans le rôle des victimes, les clandestins africains. Désormais, tout le monde risque d’être concerné. En avril 2012, les gardes côtes algériens ont interpelé quatre immigrés clandestins espagnols sur la façade maritime ouest[1]. L’incident était à peine croyable, étant donné qu’en général, ce sont les immigrés africains qui sont interceptés sur les côtes espagnoles.
En Europe, certains dirigeants ont pris conscience et entreprennent de traiter directement avec les gouvernements africains. Ainsi, à la demande de Lisbonne, un accord a été conclu entre le ministre angolais des affaires étrangères Georges Chikoti et son homologue portugais Paulo Portas le 15 septembre 2011. Cet accord vise à faciliter l’octroi des visas permettant des entrées multiples dans les deux pays. Par la suite, la presse portugaise a signalé une augmentation exponentielle du nombre de migrants portugais en Angola. Selon un quotidien de Lisbonne, en 2006, seulement 156 visas de Portugais en partance vers l’Angola avaient été recensés. En 2011, leur nombre a atteint 23.787. En 2012, près de 100.000 Portugais résident en Angola, soit le triple des Angolais installés au Portugal. Il semble que les autorités portugaises encouragent cette émigration vers leurs anciennes colonies (Angola, Brésil, Cap-Vert, Guinée-Bissau, Mozambique, Sao Tomé et Principe), toutes en meilleure santé financière que l’ancienne métropole dévastée par la crise des dettes souveraines. Un pragmatisme qui pourrait faire des émules dans les rangs des autres dirigeants européens.
En attendant, dans un pays comme la France, la question ne se pose pas encore alors même que le « besoin d’aller voir ailleurs » est bien réel. Le chômage devient un mur indépassable, la crise de la dette n’annonce aucune perspective de sortie durable, la croissance est au point mort et la certitude qu’on vivra plus pauvre à l’avenir que par le passé s’installe durablement. Pourquoi ne pas envisager d’aller se relancer ailleurs, dans les anciennes colonies, par exemple. Disposant d’une plus grande zone d’influence sur le Continent Noir que le Portugal, Paris pourrait entreprendre de discuter directement avec les dirigeants africains pour faciliter l’arrivée dans la dignité des Français tentés par l’aventure africaine. En échange, il pourrait, par exemple, assouplir les conditions d’accueil des étudiants et chercheurs africains. L’Hexagone se ménagerait un espace d’entente sûr permettant de prévenir le risque d’humiliation comparable à celle que les « illégaux » portugais ont dû subir à Luanda. Mais il y a encore un déficit d’humilité dans la classe politique française qui refuse d’admettre que de plus en plus de Français puissent aller se relancer ailleurs. Et pourtant, selon le Ministère des affaires étrangères, au 31 décembre 2011, plus d’un million et demi de Français[2] sont établis à l’étranger dont près de 15% en Afrique. Un chiffre en constante augmentation.
On n’en est pas encore au déferlement sur le Continent Noir, même si le cas de l’Angola interpelle. En tout cas, si une immigration massive Nord-Sud devait se produire, elle ne serait pas la première. Par le passé, l’Afrique a connu une présence massive des Européens durant la période coloniale. Elle a été interrompue par l’accession des pays africains à l’indépendance qui a entraîné le départ massif des colons. Depuis, les Européens sont revenus par petits groupes et se sont adaptés malgré quelques épisodes dramatiques, çà et là, comme en Côte d’Ivoire ou au Zimbabwé.
En effet, la dégradation des relations entre Paris et le Président Gbagbo avait sérieusement menacé « le droit de résider » des milliers des Français établis dans le pays. Certains, rapatriés en France, ont toutefois entrepris de retourner « chez eux », en Afrique. Au Zimbabwé, une réforme agraire menée de façon calamiteuse, a contraint les fermiers blancs à l’exil. La plupart sont restés en Afrique, dans les pays de la même région. En Afrique du Sud, l’arrivée de Nelson Mandela au pouvoir a entraîné l’exil de nombreux Blancs qui sont toutefois revenus au pays. Au Zaïre de Mobutu, de nombreux occidentaux furent expropriés et chassés du pays suite à la fameuse politique de « zaïrianisation ». Mais aujourd’hui, le pays compte des milliers d’expatriés travaillant notamment dans les ONG et dans les structures de la Mission des Nations Unies au Congo (Monusco).
Quant aux ressortissants africains, en Europe, on assiste à un certain frémissement. De nombreux diplômés originaires des pays africains n’hésitent plus à reprendre l’avion à destination de l’une ou l’autre capitale du Continent où, même s’ils ne sont pas aussi bien rémunérés qu’en Europe, ils s’installent sur des marchés destinés à prospérer. L’Afrique, c’est en effet 5% de croissance alors que la Zone Euro peine à décoller du 0%.
Boniface MUSAVULI
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