Covid-party à Lieuron (35) : les « assassins » sont parmi nous ?
Terminer en beauté cette année 2020 très particulière n'était pas une mince affaire, car la France n'en a pas encore fini avec la crise du covid-19 et ses dizaines de milliers de victimes.
Dans ce contexte, tous les lieux de vie restent fermés et chacun est censé vivre au ralenti, profitant des modestes plaisirs de la vie confinée sans loisirs (lecture, tv...). Mais deux mille jeunes entendaient braver les interdits en festoyant dans un hangar du bourg paumé de Lieuron, en Ille-et-Vilaine.
La famille de votre narrateur est originaire d'un patelin situé à dix kilomètres de cet endroit, marqué dernièrement par les tempêtes de vent et le désoeuvrement lié au chômage forcé de nombreux employés de la restauration, un des principaux secteurs d'activité du coin. C'est une zone pauvre en distractions pour les jeunes en temps normal, le second confinement a dû être une véritable épreuve psychologique : nous accorderons donc d'entrée des circonstances atténuantes à ce qui va suivre.
Donc une rave-party, sans règle sanitaire ni précautions s'est déroulée durant deux jours sous la surveillance timide des gendarmes, accueillis au début par un caillassage de circonstance. 2500 participants sans masques, des centaines de contraventions pour entrave au couvre-feu, tapage nocturne, regroupement illicite etc. et quelques arrestations. On apprend que l'entrée était payante (!), que du matériel a été saisi dans un camion (amplificateurs, tables de mixage...) ainsi que de la drogue (le carburant nécessaire à tout "teufeur" qui se respecte). Certains mentionnent la participation d'une association subventionnée par la mairie de Paris (technorave...). Bref, une manifestation illégale, bruyante, sans règles avec alcool et came à gogo. Notons que nos fêtards n'étaient pas si fauchés que cela pour des "rebelles" : consultez le prix d'achat d'une table de mixage...
Deux opinions s'affrontent pour analyser cet évènement. Le droit à la fiesta d'un côté, pour des jeunes lassés par un an de privations. Le droit à la tranquilité et au respect de la propriété privée de l'autre, avec le risque d'un cluster covid dans une région qui n'a pas besoin de cela. Il est évident que l'épidémie va reprendre de plus belle suite à la légéreté de nos fêtards. Les urgences des hôpitaux rennais risquent d'être saturés d'ici la fin du mois...
Mais covid ou pas, la question de fond tourne autour de l'absence de sens civique et de soucis d'autrui pour des raveurs qui se moquent des conséquences collectives de leurs actes. Personne n'a attiré l'attention sur la propriété privée squattée, et les frais de nettoyage qui s'ensuivront. Aucun mot pour les riverains qui ont subi le tapage d'une musique binaire et indigeste durant deux jours. Qui ramassera les bouteilles de bière et les seringues abandonnées dans les fossés ? Enfin, qui sont ces "raveurs" ? De simples jeunes du coin, des touristes ou des militants de l'ultra-gauche, ce que laissent penser les images diffusées de fêtards équipés du foulard palestinien et de maillots à l'étoile rouge et noire ? A défaut de changer la société, ces "militants" préfèrent danser, picoler et uriner plutôt que de réfléchir et d'agir.
Mettre le boxon à la Saint-Sylvestre n'est pas un droit, mais une possibilité en tenant compte de l'environnement, du voisinage. On appelle cela le civisme. Il faut aussi prendre en considération les risques sanitaires. Les incroyables commentaires sur youtube où des raveurs assimilaient (encore) le covid à la grippe sont ahurrissants de sottise. Le réveil risque d'être douloureux dans quelques jours...
On apprend que seul un organisateur sera deféré devant le parquet de Rennes. En théorie, il risque trois ans de prison et une très lourde amende. Dans la pratique, les juges du syndicat de la magistrature se contenteront de lui faire les gros yeux et d'un rappel à la loi (dont se fiche le gamin), assorti d'une modeste contravention. Il ne faut pas surcharger les prisons où passent gilets jaunes et écrivains comme Hervé Ryssen qui a réveillonné dans sa petite cellule. Droit au bazar ou droit à l'intelligence, manifestation de soudards ou manifestation de citoyens engagés, nos pouvoirs publics appliquent leur logique dans la répression. Comme dans le meilleur des mondes d'Aldous Huxley, le désoeuvrement alcoolisé et la drogue sont encouragés pour éviter de réfléchir et de contester. Toute la logique en somme d'un système qui perd peu à peu sa substance démocratique en encourageant le chacun pour soi et l'incivisme pour permettre à une minorité de rentiers de prospérer.
Du pain et des jeux, proclamaient les empereurs romains. Souhaitons bon courage aux habitants de l'Ille-et-Vilaine qui vont goûter prochainement aux joies du couvre-feu à 18h et des urgences bondées. A défaut de se comporter en citoyen sensé, cultivé et militant, il restera toujours l'alcool, le rap et la techno, ces palliatifs à l'intelligence...
Ci-dessous, un slogan qui résume la "révolte" des jeunes "anars" : danser, picoler et embêter les braves gens qui paieront le nettoyage du hangar. A défaut d'agir sur la société....
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