Free parties : entre créativité et décadence
Bien loin de l’ado « tecktonik » pseudo branché arborant le tee-shirt officiel à trente euros pièce, le teufeur est un être à part. Souvent taxé des pires ignominies, j’avais depuis longtemps l’idée de l’approcher.

C’est donc par le bouche-à-oreille et internet que je me retrouve un samedi soir en rase campagne, quelque part dans le Centre France. Après avoir tourné un moment, j’entends le bruit typique des "boums-boums" que crachent les enceintes, je localise le terrain de jeu. Un sous-bois au milieu de nulle part où un bon millier de jeunes s’est donné rendez-vous. Des "murs de son" de plusieurs mètres de haut servent de points de rassemblement, j’ai rendez-vous avec un "contact" derrière l’un d’eux. Lieu où le DJ et sa bande (le sound-system) diffuse la musique toute la nuit. La première chose qui me frappe ici, c’est ce melting pot, il n’y a pas un modèle de teufeur, mais des centaines, l’anticonformisme est de rigueur.
Je trouve mon guide presque du premier coup, il s’est donné pour mission de me faire découvrir la teuf sous un angle VRAI. Je le suis au milieu de la foule. Personne ne fait attention à moi bien que mon style soit un peu trop classique pour ce genre d’événements. Mon guide m’offre une bière que j’accepte volontiers. Il me prévient, nous devons traverser le "couloir de la mort", un chemin balisé par les voitures où tous les dealers sont réunis. C’est ici que les amateurs viennent faire leurs emplettes, une sorte de marché de la came très bien organisé. Certains vendeurs ont même des lampes torches sur le front pour mieux les repérer. Ils crient et se battent comme des poissonniers à notre passage : "d’la coke, des trips, des taz !".
Mon guide constate ma surprise, il se veut rassurant : "tout le monde ne vient pas par ici". Nous arrivons à un stand où un cracheur de feu est en pleine représentation. Il a une quarantaine d’années, les cheveux longs et le style hippie. Il est tout de suite amical avec moi, me souhaite la bienvenue dans la "famille". Mon guide lui raconte ma surprise au contact des dealeurs, ça l’étonne beaucoup. Sa théorie, c’est qu’il n’y a pas plus de drogues ici que dans certaines boîtes de nuit de l’Hexagone. Seulement, parce qu’elles ont pignon sur rue et exigent quinze euros à l’entrée, elles sont bien plus respectables. Je ne sais pas s’il a vraiment tort. Lui fréquente la "fête libre" depuis quinze ans, pour sa liberté de ton. Il ne touche pas aux drogues dures, un petit joint de temps en temps, ça s’arrête là. Il aime ces rassemblements d’abord parce que c’est illégal, il pense que les gens qui les fréquentent ne peuvent être qu’intéressants. Nous le laissons reprendre sa "démo". "Ce sont des gens comme lui qui donnent un sens à la free party", me dit mon guide "Sa femme est une ancienne jongleuse de cirque, allons la voir."
Ici et là des stands d’artistes vendant tout et n’importe quoi : vêtements, CD, ceintures, stickers... J’en oublie certainement. A l’approche d’un nouveau sound-system où beaucoup de monde est attroupé, je perds mon guide, volatilisé, je ne le retrouverai pas. J’entre dans une tente de prévention des drogues, quelques jeunes très pâles "bad tripent" dans un coin. L’un d’eux se roule un joint devant les bénévoles, c’est surréaliste. Il est vite prié de ranger son matériel. Sur une table sont disposés des prospectus informant des dangers de toutes les drogues connues. Egalement des préservatifs, des seringues sous plastique. En sortant, je tombe sur une jongleuse qui fait des choses incroyables avec des quilles. J’ignore si c’est la femme du cracheur de feu, elle est trop occupée pour que je la dérange.
C’est là que les choses se corsent, la pluie commence à tomber violemment. Je suis très vite trempé des pieds à la tête et je n’ai pas prévu de bottes pour la gadoue. Les teufeurs si, évidemment, ils continuent à circuler comme si de rien n’était... Je décide de plier bagage.
Ce que je retiendrai de tout ça ? Qu’on rit bien plus ici que dans certains rassemblements festifs trop policés. Pas besoin d’aimer outre-mesure la musique tekno ou de prendre du LSD pour en profiter. Que le gouvernement maintienne le cap surtout, qu’il ne change pas de politique envers ces "hordes impies". La France a les jeunes qu’elle mérite et les teufeurs sont là pour le lui rappeler chaque week-end.
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