Si le marronnier refleurit tous les ans, un autre marronnier fleurit périodiquement sur le journal officiel. Les promotions de la Légion d’Honneur sont toujours révélatrices des soucis de notre gouvernement.
Petit retour rapide en 1802.
L’article 87 de la constitution de l’an VIII avait décidé qu’il serait institué des récompenses nationales, mais ne parlait que des guerriers ; dans le projet de la Légion d’honneur il n’était fait aucune distinction entre les services militaires et les services civils. Il ne s’agissait plus ici seulement, disait-on, de récompenses individuelles, mais d’un ordre, mais d’une hiérarchie d’honneurs qui menaçait de constituer une aristocratie nouvelle. Le projet ne passa même au Conseil d’État que par 14 voix contre 10.
Le conseiller d’Etat Théophile Berlier prétendit que l’ordre proposé ne convenait pas à une république, que les croix et les rubans n’étaient que les hochets de la monarchie. Il ajouta que, dans une république, les magistratures et les emplois devaient être les premières, les seules récompenses des services, des talents, des vertus.
Plus proche de nous, un intellectuel, bien en cour, écrivait :
« Qu’aujourd’hui, ses proches veuillent l’enterrer avec un objet qui n’a plus la moindre valeur juridique est dérisoire : il s’agit désormais d’un bibelot privé, d’un morceau de tissu et de métal doré, qui n’aurait de valeur symbolique que si on s’opposait à ce qu’il l’accompagne dans sa tombe.
L’avoir avec lui ne lui rendra pas son honneur. Ni la vie à ceux qu’il a contribué à conduire à la mort. »
C’est de Jacques Attali, le 19 /02/2007, à l’occasion de la polémique de la mort de Papon. Il souhaitait être enterré avec cette Légion d’Honneur, qui lui avait été retiré.
Que représente encore aujourd’hui ce bibelot ou hochets ?
Comment un homme peut-il être fier de rejoindre la même communauté qu’un homme qui déclarait : « vouloir buter les terroristes tchétchènes jusque dans les chiottes ». Et oui, Monsieur Vladimir Poutine à été élevé au titre de Grand-croix de la Légion d’Honneur (distinction la plus élevée) le 22 septembre 2006.
Je vous offre la liste des récipiendaires, du 1° janvier 2010. Sans commentaire !
Maurice Allais, seul lauréat français du prix Nobel d’économie, est élevé à la dignité de grand’croix de la Légion d’honneur.
Pierre Fabre, président du groupe pharmaceutique du même nom, est également élevé à la dignité de grand’croix.
Le couturier espagnol Paco Rabanne est promu officier.
Louis Gallois, président exécutif d’EADS, est promu commandeur, ainsi que Jean-Cyril Spinetta, PDG d’Air France-KLM.
L’ancien patron des patrons Ernest-Antoine Seillière, président du conseil de surveillance de la société d’investissement Wendel, est également promu commandeur.
Anne Lauvergeon, présidente du groupe nucléaire Areva, est promue officier, ainsi que Guillaume Pépy, président de la SNCF, et René Carron, président du Crédit Agricole.
L’avocat Serge Klarsfeld, vice-président de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, est promu commandeur, comme son confrère Mario Stasi, ancien bâtonnier du barreau de Paris.
Michel Gaudin, préfet de police de Paris, est également promu commandeur.
Le photographe à succès de la Terre vue de Ciel et réalisateur du documentaire "Home", Yann Arthus-Bertrand, est promu officier.
Roger Karoutchi, président du groupe UMP au conseil régional d’Ile-de-France et Fatiha Benatsou, première préfète issue de l’immigration et préfète déléguée à l’égalité des chances auprès du préfet du Val d’Oise, sont nommés chevaliers.
J’ai vainement cherché le Major Patrice Point, ce policier du commissariat de Chessy, écrasé contre un mur, le bassin et les jambes broyés par le 4x4 utilisé par les cambrioleurs pour s’enfuir.
A défaut de hochet, acceptez Major, tout mon respect.
Mais notre roi préfère accrocher des décorations sur une belle poitrine, plutôt que sur des cercueils.
N.B : Commentaire de l’image : « Nicolas Sarkozy a remis l’insigne de l’ordre de la Légion d’honneur à Maud Fontenoy, navigatrice que l’on ne présente plus. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils étaient de bonne humeur ». Pour moi, le journaliste fait erreur, un ruban bleu, c’est l’Ordre National du Mérite.