Islamisme et nous : vraie guerre ou plan com ?
Il semble y avoir, au sein du microcosme français, deux grandes manières d’interpréter la nature du terrorisme islamiste, et la réponse à y apporter.
D’un côté, ceux et celles qui y voient une vraie guerre : c’est eux contre nous, eux étant les islamistes en général, et nous les héritiers des Lumières et les musulmans “éclairés”, forcément. De ce point de vue, les islamistes sont engagés dans une guerre globale visant à la domination d’un Islam radical labellisé par Valls “islamo-fascisme”, et notre rôle est de nous défendre par tous les moyens, y compris ceux qui rognent nos propres libertés. C’est le camp du gouvernement français dit de gauche, mais ce camp s’étends bien au-delà : la droite et le FN dans la sphère politicienne adhèrent à cette interprétation, tout comme des intellectuels telle Alexandra Laignel-Lavastine, dont le Figaro publiait hier un grand entretien.
A l’opposé, un camp symbolisé par Edwy Plenel et son “Pour les musulmans” ou encore Emmanuel Todd dans son essai “Qui est Charlie ?” qui considère l’islamisme comme bouc-émissaire :
“La focalisation sur l’islam révèle en réalité un besoin pathologique des couches moyennes et supérieures de détester quelque chose ou quelqu’un, et non pas simplement la peur d’une menace montant des bas-fonds de la société, même si le nombre des départs de jeunes djihadistes vers la Syrie ou l’Irak mérite aussi une analyse sociologique. La xénophobie, hier réservée aux milieux populaires, migre vers le haut de la structure sociale. Les classe moyennes et supérieures cherchent leur bouc émissaire”.(Source)
Ce point de vue est fortement critiqué par le premier camp comme étant irresponsable, voir “collabo” des islamistes.
Pour faire simple voire simpliste, d’un côté existerait l’idée que nous sommes face à un ennemi exogène comparable aux nazis qu’il faut combattre et cesser d’excuser ou de minimiser par peur de se faire traiter d’islamophobe ou de raciste ; de l’autre côté l’idée que cet islamisme, du moins dans sa dimension locale européenne, est avant tout endogène, un problème de notre société qu’il faut aborder comme tel : non par pas la réduction de nos libertés via des lois liberticides (la réponse standard des gouvernants imbéciles), mais par un travail politique et social, ici et maintenant, visant à combattre les forces opposant la communauté musulmane aux autres et, plus largement, à combattre l’inégalité sociale.
Comme toujours sur les questions de société, il n’y a pas de vérité absolue et, de mon point de vue du moins, ces deux opinions reflètent deux réalités qui coexistent depuis longtemps. L’appel au fanatisme religieux, voire au djihadisme dans une population insatisfaite, souvent désœuvrée et sans repères culturels clairs est une réalité. Cela n’a rien à voir avec l’Islam en tant que tel ni même la religion, qui ne sont que des véhicules faciles d’accès pour ce ressentiment et cette haine. La guerre de religion qui fait actuellement rage au Moyen-Orient, sunnites contre chiites, jette de l’huile sur le feu du problème islamiste en Occident mais n’en est pas la cause. C’est une guerre, de plus, qui ne nous concerne pas. On imagine mal les musulmans intervenant dans une guerre de religion européenne ! Et quoi d’étonnant au fait que Daesh menace l’Europe si l’Europe participe à des actions militaires contre Daesh ?
Il convient de ne pas oublier, néanmoins, que l’Occident est à l’origine de l’implosion politique et sociale du Moyen-Orient. Si les USA et ses alliés n’avaient pas détruit l’Irak au nom de raisons frauduleuses, si la France n’avait pas été au premier plan de la destruction de la Libye pour des raisons tout aussi machiavéliques, si nous ne nous mêlions pas de ce qui se passe en Syrie (voir par exemple “Les Chauffeurs de Salles Terroristes” ou encore “Syrie, le grand n’importe quoi“), ou cessions l’absurde copinage avec le principal sponsor du salafisme qu’est l’Arabie Saoudite (contexte : “Quel avenir pour le Golfe Persique ?“), sans doute le grand feu de joie moyen-oriental qui attise le fanatisme islamiste chez nous, menace les relations entre communautés et inonde l’Europe de réfugiés, n’aurait-il pas pris. Ou du moins pas avec une telle ampleur.
A deux jours du premier anniversaire du califat auto-proclamé “Daesh”, Il faut à nouveau signaler l’ineptie, l’hypocrisie, la malhonnêteté de nos politiciens occidentaux, de droite comme de gauche, qui sont à l’origine du merdier moyen-oriental et qu’ils instrumentalisent, en plus, pour instaurer ici un Etat de plus en plus fliqué afin nous “protéger” contre une menace terroriste qu’ils ont eux-même grandement contribué à créer. Notre sécurité, nous l’obtiendrons surtout en nous débarrassant de cette bande de crétins et de mafieux. En attendant, le discours politique nage entre incohérence et absurdité avec apparemment un seul but : faire feu de tout bois pour maintenir un niveau d’anxiété face au “terrorisme” le plus élevé possible, afin de justifier une législation sécuritaire dont l’objectif réel ne peut être que répondre au besoin d’emprise policière croissante d’un pouvoir aux abois.
Position superbement illustrée par l’affaire Air Products : le “terroriste”, “loup solitaire” ou en tout cas “agent de Daesh” se révèle être un taré qui décapite son patron suite à une engueulade et, sachant sans doute qu’il est perdu de toute manière, se paie une petite mise en scène “à la Daesh” puis tente de marquer le coup en faisant sauter une usine, ce à quoi il échoue lamentablement.
Si le type avait été interpellé par les flics plutôt que par un pompier, il serait certainement mort à l’heure qu’il est, tout comme ce fut le cas pour Merah, Coulibaly et les frères Kouachi. Un suspect vivant c’est très ennuyeux pour le pouvoir car ça pourrait dire des choses qui ne collent pas avec le storytelling officiel. D’où les paroles bizarres de François Hollande, pour qui l’attentat était “de nature terroriste”. Ah, il existerait donc des attentats terroristes et des attentats “de nature” terroriste. Subtile, car le second englobe sans doute tout ce qui ressemble à du terrorisme sans en être vraiment, mais qui en est quand même vu qu’il en faut pour maintenir l’anxiété des masses… Bernard Cazeneuve ne manque pas d’en rajouter une couche : la France ferait face à un risque terroriste extrêmement élevé. Sans oublier bien sûr le brave Manuel Valls qui n’hésitait pas à déclarer ce matin lors de l’émission “Le Grand Rendez-vous” d’Europe 1-Le Monde-iTELE : “Nous ne pouvons pas perdre cette guerre parce que c’est au fond une guerre de civilisation. C’est notre société, notre civilisation, nos valeurs que nous défendons.”
Une guerre de civilisation pour décrire l’action d’un taré, rien que cela. Et “nos valeurs”, je suppose que c’est le 49-3 et la surveillance de masse. C’est surtout le niveau de connerie politique qui est extrêmement élevé et contre lequel nous devons nous défendre !
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