“La forme, c’est le fond qui remonte à la surface” disait Victor Hugo. Aujourd’hui Patrick Bruel, hier Christiane Taubira. Et demain ?
Aujourd’hui, Jean-Marie Le Pen veut faire “une fournée” avec Patrick Bruel et quelques autres. Il fait mine de ne pas voir où est le problème. Le problème, c’est que les mots ont un sens. Si c’est un boulanger qui parle de sa “fournée” matinale à propos de ses baguettes, ça n’a évidemment pas le même sens que si c’est l’homme du “détail” qui utilise ce mot à l’encontre d’un artiste dont les aïeux juifs ont obtenu la citoyenneté française en 1870 grâce au décret Crémieux qui l'accorda d'office aux 35000 juifs d'Algérie.
Si je vous dis : “ Poulese Rinidette”, ça ne veut rien dire. C’est un “signifiant” vide de sens, qui ne renvoie à aucun “signifié”. Si maintenant vous voyez la même chose dans son contexte,
ça veut dire quelque chose pour la plupart des gens qui lisent cet article. Le même signifiant vide mais placé dans un autre environnement permet pourtant de désigner un signifié (exemple inspiré des travaux de l'école de Palo Alto, voir par exemple : Une logique de la communication, de Paul Watzlawick). Non content de blesser avec ses jeux de mots dégueulasses, Le Pen traite d’idiots, y compris dans son propre parti, ceux qui ne comprennent pas et qui seraient les serviteurs de la “pensée unique”. C’est pourtant simple à comprendre : ce jeux de mot fait du mal à ceux pour qui le signifiant “enfourné” renvoie à un “signifiant” particulier. Le Pen est un idiot immature et malfaisant qui ferait mieux tout simplement de présenter ses excuses … et de prendre sa retraite.
Si l’on se place dans l’hypothèse la moins pire, celle dans laquelle ce jeux de mots est involontaire, on a alors à faire à une saillie de l’inconscient, qui se glisse dans un soi-disant trait d’humour et qui révèle un fond culturel raciste et antisémite. Ça n’est pas être “politiquement correct” que de le condamner, c’est simplement être humain.
Lorsque Christiane Taubira a été comparée à un singe par une candidate d’extrême droite, avant qu’un hebdomadaire d’extrême-droite n’en fasse sa « Une » en titrant : « Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane », j’avais rédigé, en novembre 2013, pour le compte d'une association, une lettre de soutien à Madame Taubira, dans la quelle on pouvait lire :
"Il y a quelques années encore, « On n’était pas racistes, mais … ; On n’avait rien contre les noirs mais … ». Derrière sa dénégation policée, presque civilisée, le racisme ordinaire affleurait mais était contenu. Prenant sa source au plus profond de l’inconscient collectif, le racisme archaïque était cantonné au préconscient, séparé de la conscience par la culture.
Monsieur Toutlemonde pensait que la couleur de peau, était « naturellement » un critère de hiérarchisation sociale, mais ne le disait pas.
Aujourd’hui, un verrou a sauté. Un tabou est levé. La culture ambiante n’est plus à même d’endiguer l’expression du noyau dur des représentations et des « valeurs » racistes.
L’animalisation d’un adversaire politique, parce qu’elle est femme, noire, puissante, engagée et cultivée peut désormais faire la une d’un magazine : c’est inacceptable.
En s’exprimant ouvertement, le racisme se banalise. Mais il avance aussi à visage découvert. D’insidieux, il devient brutal. Ses partisans sont désormais sur le champ de bataille, prêts à en découdre."
C’est le même combat aujourd’hui, pour la culture et contre le racisme ordinaire qui se banalise, insidieusement.
Vous pouvez également lire cet article sur mon blog :
20 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON