Le Pentagone est une vache à lait pour quelques entreprises qui vivent grassement de ses projets, dont une bonne partie n'atteint jamais le stade de la production. Certains membres du gouvernement, décideurs des guerres sont ausi membres de conseils d'administration de sociétés d'industries de guerre, ceci explique cela. L'exemple flagrant de cette pratique est le cas du "FCS", vocable sous lequel se dissimulait tout un projet de nouveau système d'armes. Un échec lamentable, un de plus. En 2011, l'armée US a fini par arrêter les recherches sur toute une gamme de véhicules et d'armes appelée pompeusement "Future Combat Systems" (FCS), dont le budget total aurait avoisiné les 160 milliards de dollars (?*) s'il avait abouti. Le projet avait été stoppé après en avoir déjà dépensé 32 en pure perte, de 2003 à 2009. 32 milliards pour rien ! Pendant des années, on avait continué à imaginer des engins comme on avait pensé l'inutilisable Bradley. Jusqu'au jour où on s'est rendu compte que toute la gamme avait un défaut majeur, que pas un seul expert en armement n'avait su déceler pendant ieurs décennies de recherches sur les chars et les résultats des guerres récentes, dites assymétriques. Une autre gabegie encore, la énième du genre !
Le Bradley, ce transporteur de troupes si peu blindé devenu char d'assaut par la seule volonté de généraux azimutés (voir notre épisode ici), on y songe automatiquement en jetant un œil au "Future Combat Systems Manned Ground Vehicles (MGV)", visible ici à gauche muni d'une tourelle (en version XM1206 de transporteur de troupes !), qui est en fait toute une gamme d'engins reposant sur une base commune, ou plutôt deux bases ; une à chenilles et une à roues. Les industriels de la guerre, sans aucune imagination, se répétent encore une fois. C'est bien entendu la très célèbre UDI, United Defense Industries (firme côtée au Nasdaq !) d'Arlington (la firme fabriquante du Bradley, on n'y échappe décidément pas !) qui propose en 2002 les deux prototypes autour de la même coque...
en aluminium, au blindage de deux types (un actif et un en céramique). L'engin sur pneus s'appelle le Future Combat System-Wheeled prototype (FCS-W), celui à chenilles le Future Combat System -Tracked (FCS-T). Visiblement, United DI tenté de séduire tous les partisans chez les dirigeants étoilés oû les deux tendances, chenille et roues, sont présentes. C'est déjà le syndrome du F-35 et ses trois modéles qui devaient être si peu différents pour faire baisser les coûts de revient et qui au final à donné trois avions bien dissemblables. Or le projet est aussi celui de Boeing, avec sa division spécialisée ! Les deux modèles étant envisagés aussi par l'Angleterre, les prototypes circuleront donc régulèrement entre les deux pays, transportés par des C-130, ce ne sont pas que des véhicules, mais toute une série d'armes
et de moyens de communication qui sont à l'étude, le mot d'ordre nouveau étant " réseau" dans les éléments de langage du Pentagone. Le champ de bataille du futur se verra partout sur des écrans, sont persuadés les généraux US, résultat tous les engins se retrouvent bardés d'antennes diverses, certains mêmes, destinés à devenir des centres de commandement mobiles héritent d'un mât pour diffuser les ordres à tous leurs collégues chenillés ou sur pneus.

L'engin de base demeure un transporteur classique chenillé disposant d'un moteur latéral et donc d'une transmission complexe, sur lequel viennent se greffer des modules différents selon que le véhicule final deviendra un engin de reconnaissance, un char léger, un porteur de mortier, un tank-grue de service, voire une ambulance, en deux modèles, un transporteur de soldats, ou même un canon autotracté pour remplacer une flotte vieillissante d'engins appelés M109. Il est temps : l'armée US utilise toujours ce canon autracté imaginé en 1952, appelé alors T196E1, construit par la firme Cadillac dans son usine de Cleveland, et entrés en service... en octobre 1962. Dans ce cas, le canon mobile devient un vrai camion à obus, et il n'est plus question d'en faire un transporteur de soldats. Pour limiter son recul, calculer les efforts de sa suspension et évaluer la trajectoire de ses tirs ont a mis à contribution les laboratoires de Sandia, avec le plus gros calculateur de l'époque, le marteau de Thor, dont la moitié sert à l'Armée et l'autre à la NASA. Les heures de calcul facturées atteignent vite des factures à plusieurs zéros. Un cliché montrant un test de tir montre un obus s'échappant d'un engin présentant des facettes planes un peu partout, même sur l'embase du canon proprement dit. La notion de furtivité chère à l'aviation de la période des F-117 est passée par là. Il y a fort peu de lignes adoucies en général sur toute la gamme, tout est à pans coupés, dont beaucoup... verticaux, ce qui n'est pourtant pas recommandé pour des blindages, on le sait. Ces derniers reposent sur une couche primaire de céramique, le moyen le plus cher de protéger l'aluminium dont est fait la coque principale, et surtout en couche supplémentaire sur des caissons réactifs, sortes de boîtes remplies d'explosifs disposées tout autour du véhicule, qui détournent l'explosion principale, et dont les faces planes s'expliquent alors aisément.
Le fantôme du M113 de Food Machinery Corporation n'est jamais très loin et l'innovation... inexistante (les plaques réactives sont apparues dans les années 80 !). Comme pour l'automobile où un bon nombre d'engins ne sont toujours pas à carrosserie autoporteuse, et à châssis à longerons, l'industrie militaire US ne fait qu'appliquer les mêmes recettes depuis toujours ! Le lien entre la gamme "maudite" du M113 'briquets Zippo" et la gamme présentée comme nouvelle est patent : c'est l'association de FMC et de la firme Harsco dans l'United Defense Limited Partnership de 1994 qui a créé l'énorme entreprise de défense ! Trois ans plus tard, en octobre 1997, c'est le groupe Carlyle qui avait acquis FMC Corporation et Harsco Corporation pour 850 millions de dollars, en battant sur le fil General Dynamics et Alliant Techsystems. Carlyle, qui aura à sa table d'administrateurs Dick Cheney et sa propre femme, Lynne, Carlyle via sa fililale Halliburton se chargeant en priorité de la logistique de l'armée de terre (nourrir ses soldats ou approvisionner les véhicules en essence : il n'y a pas de petits bénéfices !). En 2004, Carlyle quittera ses investissements au sein de United Defense.

Nous sommes bien au pays des profiteurs de guerre, qui ont tout intérêt donc à en créer s'il n'en existe pas. A partir de là en effet on peut envisage de façon très différente le 11 Septembre, le meilleur moyen qu'on ait pu trouver pour relancer les commandes d'armes par le Pentagone ! "Le PDG de Carlyle, Frank Carlucci, a servi comme secrétaire à la Défense et chef du Conseil national de sécurité sous Ronald Reagan et était le colocataire d'études de Rumsfeld à Princeton. Sa relation privilégiée avec Rumsfeld le met dans une position idéale pour s'approcher des politiques et des programmes aux fins de l'élaboration de la stratégie d'investissement de Carlyle dans la défense des États-Unis. Il existe des preuves circonstancielles pour penser que Rumsfeld a aidé son ancien ami de collège en lui donnant des renseignements et un feu vert ur l'état d'avancée du système d'artillerie Crusader, un projet de plusieurs milliards de dollars majeur qui, avant son annulation au printemps de 2002, a été le projet le plus lucratif d'United Defense, un grand fabricant d'armes appartenant à Carlyle".
Le Crusader nous ramenant à une autre gabegie précédente et.... gigantesque, signée encore une fois United Defense et Carlyle, donc. Un projet de 40 tonnes, à 11 milliards de dollars de budget, pour un canon autopropulsé, lui aussi, destiné lui aussi à remplacer le M109A6 Paladin (ou "Self-Propelled Howitzer" et le M992 Field Artillery Ammunition Support Vehicle (FAASV). Un énième monstre, propulsé par le gouffre à pétrole qu'était la turbine à gaz LV100-5, celle qui propulse le char Abrams.... dont certains s'étaient moqués en affirmant que d'avoir à traîner derrière lui sa propre citerne sur le champ de bataille le laissait fort vulnérable... l'engin avait fini par coûter 25 millions de dollars pièce, là ou le même équivalent fabriqué en Allemagne (le PzH 2000) dépassait à peine les 10 millions : où donc était passé l'argent, encore une fois ?
Restait l'épineux problème du poids. Pour pouvoir le charger à bord d'un Galaxy C-5, United avait résolu de couper le Crusader en deux : d'une part le canon, et d'autre part son... approvisionnement. On lui amenait les obus sur place, en quelque sorte, servis sur un plateau (en fait un autre char similaire dénué de canon, ou plus exactement via un long tube venant se greffer au dos du char à approvisionner) : le "XM2001 155mm self-propelled Howitzer" d'un côté et son indispensable XM2002 "armoured resupply vehicle", disposant du même châssis. Pas vraiment pratique, sur le terrain : la partie canon épuisant ses 48 premiers obus (les seuls à bord) en moins de quatre minutes de tir... son compagnon rechargeur (ici à gauche) devant l'approvisionner aussitôt, à la fois en obus et en fuel "en moins de 12 minutes, de façon entièrement automatisée", vantait la firme (les servants ne sortant pas de leurs unités climatisées !).
United venant ainsi de fabriquer un canon autoporteur incapable de contenir assez d'obus pour tenir la cadence plus de quatre minutes sur le champ de bataille (à gauche son ravitailleur en obus avec sa perche de transfert, et non son canon) !!! Dans une vidéo de propagande, on peut écouter le colonel Michael Cuff, "Army System Manager" évoquer avant l'an 2000 le bidule comme étant "la pierre angulaire d'un système d'arme du siècle prochain".... suivi du colonel Charlie Cartwright, lui aussi "Army System Manager", vantant les "trois soldats dans un cockpit automatisé" (sur la vidéo ils semblent fort s'y ennuyer à bord !)... tous les deux dignes de figurer dans le film Pentagon'sWar, sans aucune hésitation possible ! Aucun des deux n'évoquant bien sûr l'encombrant "compagnon" obligatoire du machin sur chenilles ! Depuis, Cuff est devenu Vice President "Helicopters and Surface Systems" chez Honeywell avant de passer chez J.F. Lehman & Company un fond d'investissements... dans le domaine militaire ! Cartwright étant devenu vice-président de Raytheon.... firme spécialisée dans les radars et l'imagerie thermique ! Un échec à 11 milliards, ça vous fait un sacré CV il semble !

Car Carlyle (ici à gauche Lynne Cheney, épouse de Dick Cheney) et l'industrie de l'armement, c'est aussi une affaire de famille... chez les Bush, notamment : "
le père du président, George Herbert Walker Bush, a été retenu par Carlyle, pour utiliser sa réputation et ses contacts et recruter ferme de nouveaux investisseurs au Moyen-Orient, en Asie et au-delà. Il tient des réunions avec les potentats saoudiens, fait des discours ou joue au golf avec des investisseurs potentiels en Corée du Sud, et ainsi de suite. Des rapports de presse indiquent qu'il peut recevoir 100 000 dollars ou plus pour tous les discours qu'il donne sur le nom de Carlyle. « Bush 41 » est engagée dans un trafic d'influence, sauf qu'au lieu de faire pression sur le gouvernement américain pour aider une entreprise en particulier ou de décrocher un contrat spécifique, Carlyle utilise ses connexions cumulées à recueillir de l'information de l'intérieur qui leur permet de "jouer avec le marché"pour la défense et les entreprises de sécurité. Sans sa capacité à donner aux investisseurs l'impression qu'il peut de l'intérieur influencer le sens de la politique du gouvernement américain ce qu'aucune autre entreprise peut obtenir, il n'y aurait aucune raison pour le Groupe Carlyle d'exister".

Sur un engin de base de 16 tonnes seulement (le poids d'une jeep résistante aux IEDs) le point crucial aurait été l'intégration d'un protection légère et efficace. Du moins sur le papier. Cela va se révéler un des cauchemars du projet. Un représentant de la
firme chargée de fabriquer les blindages - et grand partisan des céramiques- va le résumer ici :
"dans le FCS Bloc 1, l'objectif est de protéger le véhicule contre les tirs de balles de 14,5 mm et des obus d'artillerie de 155 mm à fragmentation, en plus de la protection résiduelle contre les attaques chimiques, a déclaré Bagwell lors d'une présentation à des entrepreneurs à Dearborn , au Michigan. TARDEC (pour Tank Automotive Research Development and Engineering Center) a fait des expériences avec " un blindage céramique encapsulé », une nouvelle technologie qui est considéré comme potentiellement une alternative viable à l'acier, contre les menaces à énergie cinétique. Un expert a indiqué que la céramique encapsulée serait probablement placée à l'avant du véhicule. Les côtés des véhicules ont tendance à être plus vulnérables aux grenades propulsées par fusée a dit l'expert. Les RPG peuvent généralement être vaincus avec un blindage réactif et électromagnétique. Bagwell a dit que l'armure électromagnétique est une technologie souhaitable pour le FCS, mais peu probable d'être prête pour le bloc 1.
"C'est un risque élevé", at-il dit. "Si nous obtenons quelques avancées, on le fera. Pour le bloc II," nous voulons protéger des tirs au canon". La protection active pour le bloc 1 est une suite intégrée de capteurs radars (...) " Nous avons intégré l'ensemble de capteurs , radar , contre-mesures et l'armure dans un véhicule d'essai Bradley ", a déclaré Bagwell" . Les essais seront catastrophiques, dignes de Pentagon's War ! De vouloir protéger un véhicule de la sorte est une hérésie, tout reposant sur l'énergie électrique dont peut disposer le char et la fiabilité de ses capteurs. En somme, le véhicule devient un centre de tir automatique ou de déclenchement de leurres ou de panneaux explosifs, un blindage électronique repose essentiellement sur les facultés de ces ordinateurs de bord. Dans l'absolu, pourquoi pas, mais on remarquera que les responsables avaient encore une fois mis la charrue avant les bœufs, en construisant l'engin avant même que les protections n'aient été testées et approuvées ! C'est l'idée des "blocs", provenant des mises à jour incessantes en aviation, qui avait prévalu ! On construit d'abord et on met à niveau à peine sorti des lignes de production ! Dans une de ses publicités, TARDEC vante également les mérites d'un
capteur capable d'analyser les dégâts fait par un tir sur le véhicule... encore une façon de prendre le problème à l'envers, une fois le blindage.... atteint ! Des kits de blindage électroniques produits par TARDEC seront ainsi fournis
aux véhicules évoluant en Afghanistan, dont les
Mine Resistant Ambush Protected (MRAP) pesant déjà 16 tonnes, envoyés pour remplacer les jeeps Humvee.... et censer pourtant résister eux-mêmes aux tirs des
mitrailleuses lourdes de 14,5 mm !!! L'éternelle réponse américaine par la démesure, ou la redondance (ou encore l'aveu que même les derniers engins fournis ne résistent toujours pas aux RPGs) ! !

Dans ce contexte de gabegie généralisée et de fausses réponses à des besoins cruciaux, voire au recyclage d'engins ratés, on pouvait s'attendre à retrouver donc obligatoirement dans la gamme des FCS... un clone du défunt Crusader ! Bingo ! C'est le XM-1203 NLOS, un engin certes plus léger, testé au même endroit que le précédent, donnant des vues similaires (s'il y a bien quelque chose d'absent dans tout ce cirque, c'est l'imagination !) à proposer aux journalistes pour tenter de vendre la énième déclinaison d'un mauvais produit vanté comme étant bien entendu lui aussi le "
meilleur canon au monde". En réalité un canon de 155 classique, juché sur la base aux formes anguleuses et dénommé Non-Line-Of-Sight Cannon (NLOS). Sans aucune surprise, le bidule reprend le chargement automatisé des obus du précédent : c'est faire du neuf avec du vieux, ou recycler les causes perdues ! Pour réduire le poids du véhicule, descendu à 27 tonnes, il n'emportait plus que 24 obus à bord ! La cadence de tir étant toujours la même, un peu plus de 10 tirs par minute, l'engin mettait donc deux minutes et demie à se vider de ses munitions, obligeant ses servants à faire appel à un... rechargeur... l'autre point étant l'équipage... réduit à deux personnes, devant à la fois faire avancer, tirer,
répondre aux communications ou se charger de la maintenance de l'engin. A moins d'y caser des robots, on s'était aperçu tardivement que
cet équipage trop restreint serait exténué sur le champ de bataille en quelques heures seulement ! Après 6 années d'essais, le programme était lui aussi abandonné.... le M109 voyant son existence prolongée jusqu'en 2050. Partant ainsi sur les traces du record du bombardier B-52... né à la même période à peu-près et dont les remplaçants n'ont toujours pas été trouvés. En 2050, en cas de conflit, l'armée US bombardera et tirera avec des engins centenaires...

>Le programme produira quand même des nouveautés Coûteuses, très coûteuses. Le nouvel engin, en revanche, tirait des obus "Excalibur"... des obus de 48 kilos imaginés par
Raytheon Missile Systems (pour la partie de guidage) et le sudéois
BAE Systems Bofors (pour le corps de l'engin). L'obus est guidé par GPS et, muni d'ailettes et d'un cerveau électronique, il est capable de se diriger dans sa chute (grâce au GPS !). On lui prédit de tomber à 57 kilomètres de son lieu de tir dans un cercle de 15 à 20 mètres d'une remarquable précision : c'est ce qu'annonce l'armée en tout cas. Des performances qui ont un prix : chaque obus Excalibur vaut 53 620 dollars pièce ! Une volée de 24 contenue à bord donnant une facture de 1 278 240 dollars ! Question publicité,
on filmera ostensiblement le premier lancement de l'Excalibur en combat le 5 mai 2007, lancé du Camp Taji en
Iraq, par un bon vieux
M109A6 Paladin sur une maison de terre séchée censée contenir des "insurgés". Aucun cliché ne sera montré de l'efficacité réelle du tir, la maison semblant bien anodine : avait-on eu affaire à un enfumage de plus de la part des militaires soucieux de vanter les mérites d'un matériel ? Une guerre, utiliisée comme clip publicitaire ? Sans aucun doute ! Plus de 50 000 dollars d'obus pour une maison de briques séchées en valant à peine quelques dizaines : le ratio infernal et habituel des guerres américaines (une étude de 2009 avait montré que pour chaque taliban tué les soldats US avaient consommé un demi-million de balles tirées...) ! Ici, les différents tests de l'engin sur des voitures, installées dans une zone désertique d'essais, et volatilisées alors qu'elles étaient postées à
50 km de la zone du départ du tir. A ce jour, l'armée US en a acheté 30 388 exemplaires pour une valeur totale de... 1,4 milliard de dollars ! Or au même moment, le 12 décembre 2007, à Bagdad, deux véhicules M113 (encore eux !) en patrouille sautaient sur des IEDs, blessant gravement quatre soldats de la 4eme Brigade. Le second véhicule prenant feu et faisant exploser les munitions à l'intérieur. Pas une nouveauté, ce genre de choses, avec un M113 toujours aussi inadapté et des explosifs de bord de route, véritables nouveautés de ce conflit.

Car pendant le temps où l'on avait mis au point cet obus de précision remarquable... on avait oublié une chose : toute la gamme développée autour du concept de FCS... était désespérément à fond plat. Scandaleux ! Pas un des experts de United Defense ou de Boeing n'avaient pensé se prémunir de ces IEDs qui auront été la révélation des conflits récents ! De tous les engins imaginés, pas un ne disposait de protection efficace sur le fond de sa structure, alors que l'étude préliminaire avait démarré en 2003 ! Aucun n'avait pensé à défendre la gamme contre les mines improvisées ! L'ensemble des engins au sol est donc brusquement mise à l'écart car jugée trop dangereuse et totalement inadaptée au conflit en cours. Et le projet FCS devenu vain définitivement et rapidement enterré en 2009. Tous les véhicules terrestres,, à part les engins robotisés et téléguidés prévus, des gadgets ajoutés à la gamme, étaient en effet à revoir ! La relecture du prospectus des grands espoirs mis dans le programme prête donc aujourd'hui à sourire, avec le recul et cette fin pitoyable :
"le projet de "Future Combat Systems (FCS)" est une refonte massive de la technologie militaire destinée à préparer l'armée américaine pour la guerre moderne. Les projections actuelles suggèrent que ce sera le projet militaire le plus coûteux de l'histoire des États-Unis et qu'il prendra des décennies à concevoir et a complèter. La création du matériel, des logiciels, des réseaux et de leur intégration fait du FCS un projet incroyablement compliqué. L'armée veut dominer le spectre complet du champ de bataille - terre, mer et air. Pour ce faire, il aura besoin de plusieurs différents types d'unités. L'armée doit également lier ses opérations avec celles des autres branches militaires, et les forces armées d'autres nations qui pourraient se joindre à elle dans une opération de coalition". Une ambition mise à mal par un simple bricolage, celui des mines inventées à partir d'obus achetés aux américains par Saddam Hussein, lors de la guerre Iran-Irak, et volés dans les dépôts mal surveillés et détournés
(merci Petraeus !) pour mettre à mal des engins dépassés avant même d'être mis en service, révélant à la face du monde que ce n'était en rien l'efficicacité militaire qui avait été recherchée, mais le maximum de bénéfices pour quelques uns à réaliser en appliquant de vieilles recettes et des technologies surannées. En photo, la très critique sénatrice démocrate Patty Murray (**) en train de se faire expliquer le
Manned Ground Vehicle du programme Future Combat Systems par
Galen Jackman ; "l'Army's Chief Legislative Liaison" du Pentagone. On voit clairement, sur la maquette, le fond desespérément plat de l'engin...

A croire que les leçons du Viet-Nam n'avaient servi à rien, cette guerre où la technologie avait été battue par l'ingéniosité de combattants décidés et menés par des responsables militaires ayant une vision militaire et non industrielle ou de profit personnel. Symptomatiquement, l'armée américaine en 2003 parlait encore dans ses vidéos de "
champ de bataille" alors que dès cette date elle était entrée de plein pied dans la guerre urbaine, dans des combats de rue, contre un ennemi extrêmement mobile, à mille lieues de ses équipements sophistiquées devenus totalement inutiles.

On enverra par exemple des chars Abrams contre le quartier de Falloujah. Ils ne pourront jamais entrer dans la ville, aux rues trop étroites : on les verra bien briser et écraser vainement des murs de pisé, dans de gigantesques nuages de poussières, et s'y enferrer ne pouvant plus orienter correctement leur long canon.

Montrant en une seule image toute l'incapacité du Pentagone à réagir dans un conflit moderne. Ce sera là dedans aussi que des Marines se feront piéger, devenant des
"gueules cassées" pires que celles de 1914. Tel
"le sergent Christopher Gray, qui vit actuellement en Caroline du Nord avec sa femme et ses deux belles filles, qui était dans un char Abrams à Falloujah, en Irak, le 17 Février 2007, lorsque deux grenades propulsées par fusée ont frappé son véhicule causant l'explosion des munitions à l'intérieur directement derrière la tête de Gray. Tout le monde à l'intérieur du tank a été blessé quand il est devenu la proie des flammes. Gray a subi des brûlures au troisième degré sur 53 pour cent de son corps. Depuis, il a subi de multiples greffes de peau et d'autres chirurgies, y compris une greffe de cornée. Environ 125 centimètres de l'intestin grêle lui a été retiré. Il a subi les premiers stades de la procédure de chirurgie nasale avec le Dr Miller". Le chef d'œuvre de l'armée, son tank le plus lourd, transformé à la fin du conflit en improbable démineur, ne résistait pas non plus aux tirs de bazooka adverses
...
Les généraux américains ayant préféré toucher les dividendes touchés sur les engins inutiles créés que de soucier de leur réelle efficacité face à un ennemi connaissant très bien le terrain, qui n'avait plus rien d'un "champ", et était désormais une ville ou ses faubourgs. 32 milliards de dollars avaient été entretemps dépensés en pure perte par des décideurs incompétents ou intéressés ! C'est bien le syndrome de Pentagon's War, film au combien prophétique, dont je ne peux que recommander une nouvelle fois la vision. Il est actuellement visible
en version intégrale sur You Tube, profitez-en.
(**) en 2002, elle aura tenu ce discours fort lucide, juste avant l'intervention : "Monsieur le Président, si nous intervenons en Irak, il ne fait aucun doute que nos forces armées l'emporteront. Nous allons gagner la guerre contre l'Irak de manière décisive, et, si Dieu le veut, nous allons la gagner rapidement. Mais que ce se passera-t-il après la guerre ? Cela aura un impact aussi grand sur notre paix et notre sécurité future. Serons-nous obligés de reconstruire l'Irak ? Si oui, comment ? Notre économie est sous le choc, notre budget est en déficit, et nous n'avons aucune estimation du coût de la reconstruction. Et avec qui ? Comme Tom Friedman du New York Times le souligne, il y a une slogan de magasin de détail qui suggère une certaine façon de faire - si "vous le cassez, vous l'achetez."
l'indispensable document :
(on le trouve aussi en torrent en cherchant un peu ...)
sources
les vidéos de propagande du Pentagone pour montrer le projet, décrivant à quel point sa vision était à côté de la plaque en 2003 encore :
la présentation Powerpoint (?) du mortier FCS :