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Accueil du site > Tribune Libre > La revue militaire « Défense » épurée par l’Elysée

La revue militaire « Défense » épurée par l’Elysée

Le général Vincent Desportes, ancien directeur des écoles de guerre et du centre de doctrine et d'emploi des forces armées a pris la parole dans la revue Défense, une publication de l'institut des hautes études de la défense nationale. Ses prises de positions publiques sur la guerre en Afghanistan sont peu compatibles avec la nouvelle doctrine Israélo-américaine de l'Élysée, l'atlantiste Nicolas Sarkozy.

La crise du journal s'est ouverte début mars, après la publication du numéro 149 de la revue. Le général y souligne que la géostratégie américaine s' impose désormais à la France et que "beaucoup de choix militaires ne nous appartiennent plus". "Nous sommes aujourd'hui dans une situation de baisse préoccupante de nos capacités opérationnelles", ajoute-t-il. Un point de vue largement admis chez les cadres militaires français.

Il faut dire que ce général respecté, rattaché au corps des cadres de réserve, entend disposer d'un droit d'expression public à l'instar de ses homologues des Etats-Unis. Vincent Desportes est dans le collimateur de l'Élysée depuis le 2 juillet 2010, date où il dénonça l'impérialisme américain dans une tribune du journal Le Monde. Il signalait qu'en Afghanistan « la situation n'a jamais été pire », … « c'est une guerre américaine ». Trois mois après, il remettait ça dans L'Express, affirmant qu' « une armée dans laquelle la pensée critique est bannie s'affaiblit » avant de réclamer un débat «  ouvert et franc » sur la guerre d'Afghanistan. [2]

Sur les 16 membres du comité de rédaction de la revue Défense, 12 civils et militaires bénévoles assuraient jusqu'alors une certaine indépendance éditoriale. Mais la tribune offerte au général Desportes a fortement déplu à l'Etat major des armées. L'occasion faisant le larron, la reprise en main ne s'est pas faite attendre.

Le 14 mars dernier, la majorité du comité de rédaction bénévole de la revue, composé de journalistes professionnels, d'universitaires et d'officiers adressait une lettre de démission collective au directeur de la publication furibond qui exigeait, ni plus ni moins, un droit de censure à priori : " Je vous prie de noter que, désormais, quel qu'en soit le support, aucune publication relevant de la revue Défense ne se fera sans mon accord formel préalable, conformément à mes responsabilités de directeur de la publication." [1]

Le comité de rédaction a été rapidement remplacé par une équipe « militairement » correcte selon les désidératas de l'amiral Guillaud, patron des armées agissant sous les ordres directs de l'Elysée. L'épuration a porté ses fruits. La doctrine de la revue Défense est maintenant pleinement en phase avec certains intérêts supranationaux. D'après le Canard Enchaîné, les lobbys militaro-industriels et extra-étatique y sont dignement représentés. les société Sagem, Dassault....et l'association France-Israël peuvent maintenant définir librement la ligne éditoriale conforme à leurs intérêts.[2]

 

[1] http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/jean-guisnel/crise-ouverte-a-la-revue-defense-la-redaction-a-demissionne-28-03-2011-1312272_53.php

[2] Le Canard Enchaîné du 11 mai 2011, Pg 3


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3 réactions à cet article    


  • auborddufleuve 16 mai 2011 16:32

    autrement plus interessant que dsk...


    • cyaxarte 16 mai 2011 20:22

      Merci de cet article. J’ai été, il y a quelques années, abonné à cette revue. Je réfléchissais à me réabonner. Votre article m’en dissuade.
      Clairement, le quinquennat Sarkozy aura été celui du déclin militaire et géostratégique de la France. Quelle que soit la couleur du prochain président, si ce n’est pas Sarkozy, la pente sera dure à remonter...


      • jean-jacques rousseau 11 octobre 2011 15:38
         
        Les militaires ne sont plus que conçus par le pouvoir politique comme des commis voyageurs pour le compte d’un complexe militaro-industriel et d’intérêts pétroliers et miniers. C’est dans ce cadre politique que l’on exige discipline et soumission.

        C’est le premier paradoxe de la stratégie en Afghanistan. Soit nous intervenons pour restaurer la démocratie et les notions de souveraineté... ce qui passe par le respect fraternel et la restauration de la dignité humaine. 
        Soit nous sommes là-bas sous un faux drapeau pour faire de la « pacification » ou « des opérations de police » en bombardant « au petit bonheur » comme au bon vieux temps de l’Indochine. Il faut choisir.

        Mais si on commet a nouveau cette erreur d’une intervention militaire abusive et criminelle : dont le véritable ressort serait de vider les entrepôts et renouveler les carnets de commandes industrielles en échange de devises sur des comptes numérotés... Cette guerre n’aura pas d’issue et ne se justifie plus. 

        Mais c’est une question que n’envisage pas vraiment le brillant Desportes tout général commandant l’Ecole de guerre qu’il ait pu etre.
        On est encore loin du Général Leclerc qui prit sur lui en patriote de serrer la main d’Hô-chi-minh, court-circuitant un instant les plans de la Banque d’Indochine, la partie « belliciste » de la Chambre et la clique autour de Thierry d’Argenlieu. Un geste qui a peut-etre été effacé et resté sans suite par la disparition du valeureux Leclerc dans un accident d’avion « opportun dans la circonstance » fin 1947. 

        Non la reflexion et l’action d’un Vincent Desportes ne le conduira pas a cette fin tragique. 
        On a les chefs et les héros qu’on mérite. Autre époque, autres moeurs...

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