La science peut-elle échapper aux fake news ?
De plus en plus de fausses informations circulent allègrement sur la Toile. Si les dernières élections présidentielles françaises et américaines ont vu fleurir sur internet une pléthore d’informations mensongères et de désinformation, la politique n’est pas la seule à être concernée par le phénomène. Dans le camp scientifique aussi, le militantisme prend le pas sur la raison et certaines communautés n’hésitent pas à tordre la vérité pour faire avancer leur cause.
Faits alternatifs, fake news, post-vérité… Les termes pour exprimer la méfiance à l’égard de la parole publique se multiplient. Le phénomène n’est cependant pas nouveau et va au-delà des déclarations imprudentes de tel chef d’État ou des informations non vérifiées diffusées sur les réseaux sociaux.
Désormais, la crise de confiance touche même le monde scientifique, qui a le plus grand mal à empêcher charlatans et mystificateurs de tout poil de sévir.
Dans une tribune publiée sur Slate.fr, Marcel Kuntz estime qu’il est aujourd’hui « presque impossible pour un citoyen ordinaire de distinguer le vrai du faux ». Le directeur de recherche au CNRS fustige en particulier les « avocats » de certains projets politiques qui, insatisfaits des résultats scientifiques, décident de créer leur propre « science parallèle ».
Un vernis scientifique qui maquille des postures militantes
Après l’annonce par le gouvernement d’Edouard Philippe de rendre obligatoires dès l’an prochain huit nouveaux vaccins pour la petite enfance, les réseaux complotistes anti-vaccins reviennent en force et pullulent sur internet.
Pour les détracteurs de la vaccination, celle-ci est bien souvent inutile, voire dangereuse. Par exemple, le vaccin contre l’hépatite B serait selon eux responsable du développement de la sclérose en plaques. Les militants diffusent alors sur le web de pseudo arguments scientifiques pour alimenter leur combat, en dépit de tous démentis de l’Organisation Mondiale de la Santé et du Haut conseil de santé publique de ces vingt dernières années.
Toutes les institutions scientifiques publiques ou indépendantes remettent en cause les allégations des militants anti-vaccins. Mais aujourd’hui, 40 % des Français interrogés estimeraient que « les vaccins ne sont pas sûrs ». Une aberration scientifique et médicale qui fait peser un risque sur toute la société.
Les lobbies écologistes aussi ne sont pas avares de thèses complotistes et n’hésitent pas à maquiller de vernis scientifique leurs postures militantes. L’ère de la « post-vérité » touche ainsi des institutions que l’on croirait pourtant au delà de tout soupçons. Le chercheur Marcel Kuntz évoque en particulier le CIRC (Centre international de Recherche sur le Cancer), un institut privé qui soutient que le glyphosate (un herbicide indispensable à nos agriculteurs) serait « probablement cancérogène » pour l’homme… contrairement aux avis des organisations scientifiques les plus respectées, comme l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ou l’Agricultural Health Study, dont une étude récemment révélée conclut à l’absence de liens entre glyphosate et cancer.
Critiquer plutôt qu’expliquer
« Plutôt qu’expliquer la différence entre ce qu’une substance peut faire et ce qu’elle fait réellement, ce qui pouvait réconcilier les deux positions, des fonctionnaires du CIRC ont préféré formuler des accusations contre l’EFSA (ce qui rappelle une habitude des activistes de l’écologie politique) », déplore Marcel Kuntz.
Et il n’est pas le seul. Dans une tribune diffusée le 3 juillet, István E. Marko, président de l’European Chemical Society et professeur à l’Université catholique de Louvain, se désespère du « manque de courage de nos décideurs politiques face aux lobbies écologistes ». Le chimiste regrette en effet la décision du ministre de l’agriculture belge, Willy Boursus, d’interdire la vente et l’utilisation des produits contenant du glyphosate aux particuliers.
Pour le chercheur, en analysant les faits « de manière scientifique et non idéologique » on s’aperçoit que tout produit est potentiellement toxique, et c’est la quantité (la dose) qui détermine sa toxicité.
Le CIRC « ne tient absolument pas compte de l’importance de l’exposition » au glyphosate explique M. Marko. L’institut juge ainsi du danger de la molécule mais non pas du risque. En effet, « un humain de 80 kg devrait avaler en une seule fois 448 gr de glyphosate pour qu’il ait un risque sur deux de mourir ! ». À titre de comparaison, le sel ou le café sont deux à trente fois plus toxique.
Un manque de communication
Qu’il s’agisse de vaccins, de glyphosate, ou de coupe menstruelle, les enjeux sont majeurs. Le sujet est d’ailleurs traité avec beaucoup d’attention, même à l’international. Ainsi, outre-Manche, un appel à « protéger la science » dans une ère de fake news a été lancé par un député anglais du comité scientifique de la House of Commons.
Le défi est gigantesque. Entre désinformation et crise de confiance citoyenne, La science a toujours été mobilisée à des fins politiques, notamment pendant les terribles régimes totalitaires du 20e siècle. Aujourd’hui, la méfiance à l’égard du progrès technique entraine chez beaucoup de nos concitoyens un réflexe pavlovien de défiance. Il est urgent que la communauté scientifique sorte de sa tour d’ivoire et investisse à nouveau le champ médiatique pour défendre son travail.
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