Laurent Wauquiez, le Groucho Marx des classes moyennes
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Laurent Wauquiez s’imagine en héraut des classes moyennes et sans doute, est-il certain de son analyse au point de se voir décerner le Nobel de sociologie. Pourtant, à lire et entendre ses propos, on se dit que quelque chose ne tourne pas rond chez ce jeune homme de 36 ans dont la vision de la France paraît bien déformée. On n’imagine pas un AVC pour un homme si jeune. Peut-être que quelque chose n’a pas fonctionné dans son éducation ou son orientation. Son découpage de la France en trois paraît bien arbitraire mais on ne peut lui reprocher d’utiliser ces ficelles quelque peu démagogiques, pour ne pas dire populistes. Et si son plaidoyer touche avec efficacité sa cible, alors on saura un trait supplémentaire caractérisant les classes moyennes. Elles sont ignorantes et stupides. Par conséquent, Wauquiez aura prouvé au moins une chose, c’est que les classes moyennes ne méritent pas une considération particulière. Tout homme en vaut un autre, comme aurait dit l’ami Sartre.
Qu’est-ce la classe moyenne. Selon Wauquiez, trois critères définissent les classes moyennes. Elles ont un revenu par ménage compris entre 1500 et 5000 euros. Elles vivent de leur travail et peinent à offrir des vacances ou payer des études à leurs enfants ; d’où le troisième point, les classes moyennes veulent que l’ascenseur social fonctionne et que leurs progénitures vivent mieux qu’elles en allant à l’université. A côté des classes moyennes, il y a ce que Wauquiez appelle les élites de la mondialisation et puis les assistés qui il y a peu étaient qualifiés de cancer alors que dans son esprit, ce seraient plutôt les déchets de la mondialisation. Le monde selon Wauquiez est très facile à comprendre, un peu comme dans un western où il y a les bons et les méchants. Il fallait y penser, seules les classes moyennes travaillent. Les élites vivent de leurs rentes et les assistés vivent des aides sociales. Essayons de préciser ce schéma non sans quelque malice.
Les élites n’ont pas de souci pour se loger, ni envoyer leurs rejetons au ski ou à Tahiti. L’ascenseur social, ils s’en tapent royalement puisqu’ils sont au dernier étage et que leur progéniture le restera grâce à l’héritage qui du reste, pourra être fructifié car le fils des élites ne va pas à l’Université, c’est trop commun et c’est d’ailleurs réservé aux classes moyennes qui espèrent que leurs enfants iront étudier dans les amphis de la fac. Il est poussé, aidé par des professeurs à domicile, accueilli dans des lycées privés s’il ne peut pas aller à Henri IV, et finit par intégrer une grande école, si possible de commerce, ça aide pour gérer un patrimoine. Une formation supplémentaire dans une business school américaine complètera son cursus.
L’assisté ne travaille pas et vit du RSA. Il va bouffer gratos aux restos du cœur et pique les logements sociaux à ceux qui travaillent et sont obligés de faire trente kilomètres pour aller bosser. L’idée de Wauquiez est pleine de bon sens. L’assisté qui ne travaille pas peut très bien être logé dans une localité où il n’y a pas d’industrie et d’emploi disponible. C’est logique. Le maire pourra sans difficulté lui trouver quelques routes à déblayer et un emploi de cantonnier pour effectuer ses sept heures de travail obligatoire et recevoir le RSA. Notons un trait particulier de l’assisté. Il ne rêve pas d’être propriétaire et d’ailleurs, s’il veut occuper sans payer un lieu pour élire domicile et s’approprier quelques mètres carrés dans la rue, qu’il n’hésite pas, les villes acceptent encore les SDF. En plus, et c’est bien sûr, l’assisté ne rêve pas d’ascension sociale. L’assisté a des enfants mais l’idée qu’ils puissent faire des études à l’université ne lui traverse jamais l’esprit. C’est naturel. Un assisté, ce dont il rêve pour ses gosses, c’est qu’une fois à l’âge adulte ils aient une vie pourrie comme la sienne et finissent aussi comme assistés. L’université, c’est pour les enfants de classes moyennes. Wauquiez prévoit même un compte d’épargne étude, avec une petite obole versée à la naissance de chaque enfant. Ensuite, les parents moyens pourront alimenter cette épargne pour financer les longues études à l’université.
Voilà un homme politique pragmatique qui répond à l’attente des Français moyens qui dès la naissance du premier enfant, et c’est bien sûr, se posent la question des études universitaires qu’ils feront 20 ans plus tard. Bon, on lui pardonnera quelques approximations. Parmi ceux qui gagnent plus de 5000 euros, beaucoup travaillent et heureusement. Il est rassurant de penser que le pilote fera atterrir convenablement l’avion et que le chirurgien ne glande pas à la banque et manipule bien le scalpel quand vous êtes sur le billard. Et les bénéficiaires du RSA, chacun sait que la plupart travaillent, légalement ou au noir, pour parvenir à vivre, histoire de rappeler aux classes moyennes que le type qui met le soir les poubelles devant le trottoir et les rentre tôt le matin est peut-être au RSA, comme l’employée de ménage qui fait quelques heures et nettoie la cage d’escalier ou la nounou qui garde le mercredi les mômes à la maison.
Vais-je clore ce billet à la Guillon en me demandant dans quel monde Wauquiez habite et si c’est dans un département, alors les gens sont bien bizarres et il ne faut pas s’étonner qu’un ado de 17 ans… Non, je ne peux pas le dire, c’est trop méchant. Moi aussi j’aime rêver et imaginer un monde où les politiques, à défaut de résoudre la crise, nous amusent et ma foi, ce Wauquiez, il est très bien dans le rôle du Groucho Marx des classes moyennes.
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