Le capitalisme de la désintégration
Les événements sociaux-économiques se précipitent, changent au quotidien notre mode de vie, et précipitent une part de la population dans la pauvreté, voire la misère, dans le même temps où les richesses s’étalent. De quelle transformation s’agit-il, et comment réagir ?
L’état des choses est tel qu’une vaste offensive tout azimut du système contre les populations est en cours.
Il s’agit de protéger la richesse de l’oligarchie par la destruction de toutes la part sociale qui jusqu’à présent protégeait tant bien que mal les plus démunis, les plus fragiles.
Mais au-delà, les classes moyennes elles-mêmes sont visées.
Paupérisation des classes moyennes, chute dans la misère des pauvres, élimination des misérables.
Une guerre est en cours qui ne dit son nom. Elle est mondiale, car touchant toutes les parties du monde, et elle ne se joue pas entre les nations, mais entre nations et peuples. Il s’agit de détruire les peuples, de casser toute résistance, de spolier les médians, d’évincer les déviants.
Aux États-Unis, le scandale en cours sur les saisies immobilières montre à quel point le cynisme n’a aucune limite. En Europe, les gouvernements se lancent dans une concurrence effrénée pour obtenir la palme du plan le plus anti-social ; il s’agit de nous faire souffrir, toujours plus. C’est-à-dire de nous contraindre en vue de faire baisser toujours plus bas les coûts de production, de conception, et dans le même temps de tirer les prix vers le haut : tout pour augmenter les taux de profit.
La stratégie adoptée est celle de la torture. Chaque jour une réforme, qui en elle-même pourrait être supportable, mais mises bout à bout constituent un programme de désintégration systémique de la société. Dans le même temps, on annonce que rien ne peu être fait autrement, et que c’est pour notre bien. Par ailleurs les médias continuent de distiller la propagande néolibérale. La torture consiste à faire croire aux gens qu’ils ont intérêt à coopérer, sinon ce sera pire.
Par ailleurs, la division des peuples constitue également une stratégie à long terme. Faire naître la haine entre ceux qui objectivement ont des intérêts similaires et devraient être solidaires. Division religieuse, division ethnique, division générationnelle, division sociale, division culturelle, division professionnelle.
Les luttes actuelles constituent néanmoins un chemin de sortie, même si elles n’aboutissent pas dans l’immédiat. Devant le rouleau-compresseur mis en route, le rapport de forces n’est pas encore en la faveur des peuples. Cependant cette résistance est un premier pas, qui peut permettre une prise de conscience.
La prise de conscience nécessaire est que les populations sont en danger et doivent se mobiliser pour retrouver une marge de manœuvre. Car la démocratie elle-même est menacée. On le voit bien avec la réforme de régions dans laquelle le suffrage universel est remise en cause.
La grande bourgeoisie, car il faut bien nommer ce qui doit l’être, n’a admis les avancées démocratiques et sociales que contrainte et forcée. Contrainte par la défaite du nazisme et le risque de chute de l’empire capitaliste, ou au moins des parties les plus faibles, dans le giron soviétique. Forcée par la nécessité de démontrer combien son système est avantageux par rapport au soviétisme. La bourgeoisie a gagné la guerre froide, et ne craint plus de révolution planétaire. Le soviétisme a montré ses limites jusqu’à l’effondrement, et les médias, ainsi que les partis de gauche, ont créé la confusion entre ce régime dévoyé et corrompu, et toute possibilité de sortie du capitalisme. La grande bourgeoisie n’a donc plus d’adversaire idéologique menaçant. Elle n’a plus de gants à prendre et peut remettre la démocratie au placard, ce qu’elle tente de faire actuellement, via notamment les institutions internationales non légitimées, la constitution européenne, et en utilisant chaque crise comme prétexte à réduire les libertés sociales et politiques.
Toutes les mesures sociales obtenues sous cette contrainte sont également en cause, avec comme prétexte que l’individu doit se débrouiller seul et est seul responsable de son état, ce qui est une aberration. À terme, il s’agit de désintégrer tout droit social, de spolier au maximum les personnes encore solvables, et de détruire toute une part de la population désormais inutile aux profits.
Contre cette logique de destruction de l’humanité, il faut réagir en résistant, d’abord par la distance au modèle capitaliste intégral, ensuite par des actes qui comme la lutte actuelle peuvent devenir des catalyseurs d’un mouvement plus important. Il ne faut plus se penser comme étant à soi-même son propre sauveur, en regardant chuter les autres dans l’indifférence, mais se sentir soi-même impliqué par ce mouvement : tous ne mourront pas, mais tous seront touchés, même s’ils ne le savent pas (comme à FT). L’autoconservation par la carrière marche dans une société non désintégrée. Mais là, l’enjeu est plus redoutable : chaque jour une mesure limite notre capacité d’agir, soit financière (impôts, augmentations tarifaires, diminutions de salaires, restrictions sociales, etc.), soit temporelle (retraite, RTT supprimés, etc.), soit circulatoire (sans papiers, Roms, vidéosurveillance), soit culturelle (restrictions budgétaires aux associations, lois contre la liberté d’édition, dépôts de plaintes contre les éditeurs libres, etc.), soit protestataire (limitation du droit de grève, de manifester, etc.), soit politique (faucheurs d’OGM en prison, restriction du droit de vote, modification de scrutins, etc.). Chaque jour l’espace se restreint, les murs de dressent et l’être se retrouve emprisonné.
C’est à l’anéantissement de toutes ces libertés par l’oxymore idéologique qu’est le libéralisme qu’il faut résister, et au-delà créer en commun un autre modèle, qui passera probablement par le voisinage, le lien, l’humain, le respect de l’autre, et au fond le respect de sa propre personne.
Comment agir à plus long terme ?
D’abord, la connaissance des mécanismes en cours, des forces en jeu, des institutions et des personnes responsables de la situation actuelle, est indispensables. S’il y a conflit, rapport des forces, il faut connaître celles-ci.
D’un côté, les tenants de l’ordre capitaliste :
- les institutions internationales économiques et financières,
- les écoles orthodoxes de l’économie libérale,
- les principaux gouvernements occidentaux,
- les think tank libéraux,
- les syndicats patronaux,
- les membres eux-mêmes de l’oligarchie économique et financière,
- les partis de droite et une partie non négligeable de certains partis de gauche (PS surtout)
- les entreprises du CAC 40 et leur alliées,
- les grands médias,
- les institutions européennes
- la haute hiérarchie de certains syndicats.
J’ai dû en oublier. Cela fait beaucoup, et ils sont pour la plupart au pouvoir. Ils ont le kit complet qui lie le travailleur(entreprise), le consommateur(chaîne commerciale), le récepteur d’idéologie (télévision), et finalement l’électeur (parti), dans une chaîne de la soumission dont il est difficile de sortir. Il ne faut pas s’étonner de l’apathie de la population devant ce rouleau compresseur. Le fait qu’il y ait malgré tout 3 Millions de citoyens dans les rues (voire même un petit million selon la police) tient d’une capacité citoyenne intacte et est réjouissant.
D’un autre côté, les résistances.
- certains syndicats, ou une partie de ces syndicats,
- des militants isolés,
- de rares intellectuels contestataires,
- quelques ONG,
- certains partis politiques marginaux,
- des médias marginaux (radios comme FPP, journaux satiriques, le Monde Diplomatique),
- des parties de partis de gauche en opposition interne,
- certains médias Internet,
- des économistes hétérodoxes,
- quelques gouvernements, notamment en Amérique Latine, mais chacun avec une vision différente.
Bref, peu de choses en vérité. Une sorte d’archipel de résistances hétéroclite, instructurée, souvent marginale, et globalement tassez inaudible pour le citoyen ordinaire.
En somme, pour l’instant, le système peut continuer son œuvre, l’opposition étant si faible que nul ne peut l’apercevoir vraiment.
Sauf que tout-de-même, encore une fois, trois millions de personnes dans les rues, plusieurs fois, regroupés régulièrement pendant quelques mois, cela finit par s’entendre !
Sauf que la population n’en peut plus de se faire tondre, de cette peau de chagrin chaque jour plus étroite, de s’entendre dire que c’est la fin des privilèges par un type qui gagne cent, voire mille fois plus que soi.
Sauf que l’on voit bien que nous vivons la fin d’un règne, et que, comme toutes les fins de règnes, ceux qui tirent les rênes le savent et prennent tout ce qu’ils peuvent avant la grande déroute. Quitte à ne rien laisser derrière eux et à accélérer celle-ci.
Les grèves et manifestations constituent de ce fait, quelque soit leur résultat immédiat, un chemin que nous ne pouvons pas ne pas suivre si nous voulons survivre. Mais c’est aussi en diversifiant les actions à tous niveaux, en développant la connaissance critique, en prenant chacun conscience de notre vraie situation, que peu à peu la résistance finira par gagner de sa force et de sa légitimité.
Lorsqu’une idée, une façon de penser, devient majoritaire, elle devient "renversante".
On ne peut pas gouverner longtemps contre un peuple profondément hostile, et le sort de toute dictature est de sombrer, c’est une question de temps.
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