Le comité Nobel mise sur Barack Obama pour une paix à venir

La surprise du chef ! Tel doit être le sentiment de ceux qui viennent d’apprendre l’attribution du prix Nobel de la paix à Barack Obama, qui ne figurait pas parmi les favoris. Ce prix, comme on le sait, est le plus politique des six distinctions accordées par le comité Nobel. Il est difficile d’apprécier et d’analyser cette décision qui nous n’en doutons pas, aura un retentissement sans précédent sur la planète depuis l’attribution de ce prix. Les chroniqueurs auront sans doute un papier sous réserve qu’il y ait eu quelques fuites organisées, ce qui n’est pas sûr au vu des premières dépêches montrant que les rédactions ont été prises de court. Les amateurs de polémiques de chansonniers ironiseront sur notre président Sarkozy qui risque de se cacher quelques jours pour masquer sa jalousie. Excepté cette note d’humour douteux, l’analyse de ce prix doit partir des faits. C’est certain, Obama vient d’avoir le prix Nobel mais aussi d’entrer dans le livre des records car on n’a jamais vu un Nobel décerné pour une action effectuée sur une si courte durée. Il y a un an, Obama n’avait aucune prérogative internationale. Il avait à son actif un parcours de parlementaire au verbe puissant et n’était alors que candidat à une présidence dont il a pris les fonctions en janvier 2009. Neuf mois de job et déjà le prix Nobel. Il est le quatrième président des Etats-Unis à recevoir cette distinction après T. Roosevelt, W. Wilson et J. Carter.
Plus qu’un prix, c’est un pari. Car aussi étonnant que cela puisse paraître, ce prix Nobel est parfois décerné pour des promesses de paix. Et c’est le cas pour Obama dont on connaît les engagements, les discours, les intentions, mais dont ont peut dire qu’il n’a réglé aucun conflit, excepté la décision de renoncer au bouclier anti-missile, un acte fort et symbolique qui a mérité l’attention des sages d’Oslo qui, nous n’en doutons pas, ont certainement visionné le discours du Caire qui, sans être suivi d’effets concrets, a au moins réconcilié une partie de la population musulmane avec l’image de l’Amérique. Un détail explique cela. Le journaliste Dominique Vidal, pas plus tard qu’hier, a témoigné d’un fait surprenant suite à son passage dans les studios d’une radio beur à Paris. Le conflit israélo-palestinien fut évoqué, avec l’image détestable de l’Amérique consécutive aux actions du précédent président. On pouvait penser que cette image persistait or, en auditionnant les interventions téléphoniques passés à l’antenne, Vidal fut surpris de voir des jeunes censés être de confessions musulmane être fiers de voir aux commandes des Etats-Unis le président Obama. Un signe que l’antiaméricanisme puissant s’était estompé.
Ce prix Nobel amène deux constats. Le premier, c’est que le prix a été décerné à un chef d’Etat plus pour ses discours et intentions que pour ces actes. Rien de comparable avec le prix décerné à Carter pour un parcours sur le long cours, ou à des chefs politiques comme Sadate, Arafat, Rabin, Begin, pour des actes signés et des traités inscrits dans l’Histoire. Ces prix Nobel ont récompensé des œuvres pour parvenir à une paix des armes. Mais s’agissant d’Obama et compte-tenu de la situation et de l’état prématuré des conclusions, avec seulement neuf fois de présidence, on peut dire que si paix il y a, c’est de paix dans les esprits dont il s’agit. Au lieu d’éteindre les armes, Obama a calmé le jeu et c’est sans doute ce qui fait de ce prix quelque chose de très nouveau. Car on attend d’un chef d’Etat, et a forciori de celui en charge de la première puissance, qu’il fournisse des actes et non pas des intentions, et qu’il intervienne pour faire taire les armes et non pas calmer les esprits. Voilà pourquoi les sages d’Oslo ont osé un sacré pari, en décernant presque par anticipation le prix Nobel à Obama. Une décision à double tranchant, car elle institue le règne de l’opinion mondiale et de la gouvernance émotionnelle, mais elle offre à Obama une légitimité pour agir dans le futur. Ce prix est un Janus, il peut être à la fois un fardeau si le monde en fait un mauvais usage, avec l’institution des politiques cosmétiques, mais aussi un avantage s’il appuie une politique authentiquement volontariste de réconciliation mondiale.
67 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON