Le plan Paulson, l’anti-plan Marshall !
Le fameux plan Paulson, un nom qu’on accolera à l’économie non sans lui attribuer quelques connotations négatives, bref, l’opposé du plan Marshall qui, malgré les critiques, bénéficie d’une bonne cote auprès des gens. Principe du plan Marshall : l’argent sert à renflouer la société. Principe du plan Paulson : la société sert à renflouer le monde de l’argent.

Quelles remarques pouvons-nous faire sur ce renflouement des établissements financiers américains aux comptes douteux ? Le premier constat venant à l’esprit, c’est que ça ressemble à du déjà-vu, du moins dans le principe. Au pays où le marché est roi, considéré comme infaillible, avec ses papes genre Greenspan, l’Etat est intervenu. Et nous, Français qui sommes scandalisés, ferions mieux de regarder du côté du Crédit lyonnais. L’Etat français et donc le contribuable ont évité la faillite de cette banque qui s’était engagée dans des opérations douteuses. Par exemple, dans le cinéma hollywoodien. Il ne s’agissait pas de prêts à taux variables pour financer l’achat de logement par des gens peu fortunés. Mais le ressort était le même : investissement pour de conséquents profits, mais aux risques tout aussi conséquents. Les gourous de la finance appellent cela des fonds dynamiques. C’est paraît-il comme un turbo dans le moteur. Ça permet de booster l’économie et, donc, de créer de la croissance, chiffre tant vénéré au sein des archevêques de l’économie dans les Etats de l’OCDE.
L’affaire du Lyonnais a été enterrée, mais comme le principe de Lavoisier est universel. Rien ne se crée, rien ne se perd. Et la manne de l’Etat n’a pas disparu, elle figure au compte de la dette budgétaire. Une paille, 20 milliards d’euros ou 30, mais c’est quand même conséquent. Et notre gouvernement d’aller racler les fonds de tiroirs pour boucler le budget, allant piocher dans le 1 % logement ou dans les fonds pour insérer les handicapés. Comme quoi, ces renflouements ne sont pas sans incidence sur l’économie globale, celle qui produit, celle qui aide. Et pour l’opinion publique, il fallait rayer du vocabulaire un nom douteux, un peu comme dans les livres d’histoire soviétique on faisait disparaître quelques faits. Le Crédit lyonnais est devenu le LCL.
Maintenant, en 2008, le plan Paulson ressemble de près au sauvetage du Lyonnais ou, plus précisément, de 50 équivalents Lyonnais de dettes (c’est plus facile d’utiliser cette unité de compte). Avec deux leviers, celui de la Fed qui a injecté des liquidités, mais comme la Fed avait déjà baissé les taux sans aucun effet, ne pouvant arrêter le domino des faillites, ce qui se comprend aisément car la Fed n’a fait que permettre de déplacer les créances et de refinancer à court terme des institutions aux comptes titanesques. Seul, le contribuable peut venir en aide à ces pauvres institutions brassant des centaines de milliards de dollars. Et c’est la décision prise par les autorités. Une décision qui a même étonné des traders qui ont exécuté une danse et quelques gestes de tektonik, tels des primitifs louant le sorcier pour avoir versé la pluie qui va sauver les cultures menacées par la sécheresse. Décidément, il y a de bons chamanes en Amérique, pour sauver tous ces profits menacés par la crise.
Mais le sorcier ne fait que faire tomber la pluie naturelle. Alors que les liquidités utilisées sont l’équivalent d’une ponction effectuée sur la monnaie destinée à arroser tout le pays. Du coup, qui dit contribuable, dit argent ponctionné, donc moins d’épargne pour investir dans l’économie du futur et surtout moins de pouvoir d’achat. Et donc, risque d’accentuer la récession. Les banques seront sauvées en ayant sacrifié l’équilibre d’une société déjà minée par les inégalités. C’est comme le disait Roubini, le début de la fin de l’empire puissance. Le Japon a payé pendant plus de dix ans le dégonflement de sa bulle spéculative. Sera-ce le tarif pour les Etats-Unis en 2008 ?
Mme Lagarde, notre Muriel Robin de l’économie, a affirmé que la crise systémique est terminée. Bel exemple de formule savante donnant l’impression d’une compétence toute particulière. Il n’y a pas de crise financière, mais une crise systémique, a dit notre doctoresse de l’économie. Mais Madame, toutes les crises sont systémiques. Y compris la récession qui va certainement suivre, touchant en premier lieu les Etats-Unis et, par ricochets, ses partenaires.
Le plan Marshall visait à développer le tissu économique d’un pays en permettant aux couches sociales d’émerger après les dégâts consécutifs à la guerre. C’était l’ère du capitalisme fordien. Il est logique qu’à notre époque du capitalisme anti-fordien, que je nomme national-capitalisme, un anti-plan Marshall soit envisagé par les autorités économiques pour renflouer les finances. Mais si c’est logique et pas surprenant, c’est pour le moins immoral. Mais on sait bien que les gens ont accepté depuis deux décennies cette servitude face aux riches et, donc, pas de révoltes. En plus, les opérateurs de propagande ont bien fonctionné en faisant peur avec le nombre magique, 1929. Une crise aussi plausible que ne l’étaient les armes de destruction massives chez Saddam.
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