Le streaming : danger pour les mauvais films ?
Bref en tête des ventes de DVD : le streaming est-il vraiment négatif pour l'industrie cinématographique et télévisuelle ?
Il y a cinq mois, le FBI fermait le site Megaupload et sa filiale Megavideo sous couvert de protection des droits d’auteur. Si cette fermeture intempestive avait été accueillie par les félicitations des pontes de l’industrie cinématographique et télévisuelle, elle avait provoqué les émois des internautes, certains allant même jusqu’à affirmer que le streaming leur avait permis de découvrir des séries (ou des films) qu’ils avaient ensuite achetés en DVD. Commentaire plein de mauvaise foi d’accros aux séries américaines cherchant désespérément à sauver leur passe-temps favori, ou réalité ?
Fait étonnant : il y a quelques semaines, le podium des meilleures ventes de DVD en France était occupé par l’efficace Tintin de Spielberg en troisième position et par l’excellent Polisse de Maïwenn en deuxième position. Jusqu’à là, rien de très surprenant. Ce qui l’est plus, c’était la première place, occupée par la mini-série Bref, créée par Kyan Khojandi, et diffusée sur Canal+ dans le Grand Journal. Bref plus fort que Spielberg ?
Normal, me direz-vous, au vu de la Bref-mania qui a envahi la toile au fil des mois qui ont suivi sa première diffusion début septembre 2011. Mais ce qui est étonnant, ce n’est pas le succès de cette mini-série qui décrit avec humour les aventures ordinaires du trentenaire d’aujourd’hui à travers des petites tranches de vie. Ce qui peut surprendre en revanche, c’est que chacun des épisodes présents sur ce DVD étaient déjà disponibles gratuitement en qualité HD sur Internet, dès leur première diffusion à la télévision, sur le site de Canal+. Alors comment comprendre le succès d’un DVD qui ne présente que du contenu déjà disponible sur Internet, mis à disposition par l’auteur de la série ?
La première réponse peut être de se dire que les Français ne sont pas ingrats avec les artistes qu’ils aiment. Si une œuvre est de bonne facture, s’il elle m’a fait rire aux éclats, pleurer, si elle m’a ému ou touché, alors je suis prêt à investir de l’argent, mon argent, pour l’artiste. Parce que dans une société méritocrate, j’estime que tel personne mérite de recevoir un gain supplémentaire pour son travail. Peut-être même que j’estime que c’est grâce à ma contribution personnelle que cet artiste pourra continuer à travailler, et donc continuer à m’émouvoir. Dans ce cas, si je vois un très bon film en streaming, j’aurai envie de contribuer moi aussi au succès de l’équipe du film, en allant acheter le DVD.
Mais cette explication occulte une autre réponse, plus sociologique : nous vivons aujourd’hui dans une société qui met en avant la notion de satisfait ou remboursé : quand je paye pour un service, je m’attends à ce que celui-ci soit de qualité. Et ce n’est pas seulement le cas dans la vente de produit électroménager. Si un vêtement ne me convient pas, je le ramène en magasin. Si un plat ne me convient pas, je le renvoie en cuisine. Si un produit électronique ne fonctionne plus, il possède une garantie qui me permet d’obtenir un remboursement. Pourquoi ne pas appliquer ce même régime de pensée à l’entrée des cinémas ? Je paye un euro de plus, et on me garantit le remboursement de ma place si je sors du cinéma avant la fin du film…
Car dans cette période de crise, la sortie au cinéma du vendredi soir est devenue un luxe. Qui peut se permettre de payer douze euros toutes les semaines pour deux heures de son temps qu’il n’est même pas sûr d’apprécier ? Qui peut payer soixante euros le coffret d’une série dont il n’a pas vu un seul épisode, et qu’il ne peut donc pas juger ? Le streaming permet d’effectuer ce choix : j’ai à ma disposition une version d’un film en moins bonne qualité que la version cinéma, j’ai à ma disposition les épisodes d’une série en moins bonne qualité que la version DVD. Je peux donc juger d’une œuvre, et décider si celle-ci mérite qu’on s’y attarde ou non. Parce que j’ai pu la juger, je vais pouvoir en parler à mes amis, qui eux-mêmes répandront mon avis positif ou négatif sur cette œuvre à leur cercle d’amis. Et envisageront, ou non, d’aller la voir au cinéma, d’aller acheter le DVD. Ce côté bouche à oreille est peut-être aujourd'hui un peu méséstimé.
Le streaming ne signifie donc pas la mort de l’industrie cinématographique ou télévisuelle : il signifie simplement la mort des œuvres de mauvaise qualité, celles dont on aurait exigé un remboursement si ce système était applicable. Même si bien sûr, le terme de "mauvais film" reste subjectif. Les blockbusters comme Twilight ou Transformers, pourtant dénués de réelles qualités cinématographiques pour le premier, de qualités tout court pour le deuxième, restent parmi les films les plus attendus au cinéma.
17 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON