Les artisans du vide
L’université Paris X Nanterre est fermée, par décision de son président, Olivier Audeoud. Cependant, les amphithéâtres du bâtiment A ont été laissés à la disposition des « étudiants-grévistes ». En fait d’étudiants, il y a une poignée d’irréductibles enragés. Et puis quelques modérés, emplis d’un espoir diffus, ainsi que quelques professeurs assez jeunes.
Ces enseignants s’étaient prononcés pour le blocage de l’université, espérant pouvoir créer des espaces de débat entre étudiants et chercheurs de tous les domaines. Ils ont prêté leur concours, sans le savoir, aux extrémistes. Peut-être étaient-ils trop idéalistes.
Les assemblées générales, pleines de bruit et de fureur, n’ont abouti qu’à ce simple constat : « pas content, pas content ». La jeunesse estudiantine de Nanterre, dont je fais partie, n’a réussi qu’à exhaler un malaise diffus, mais réel, au travers du refus du contrat première embauche. Mais personne ne s’interroge sur les solutions à apporter, les alternatives à proposer.
Les personnes que j’ai rencontrées au cours de ces derniers jours ne m’ont semblé être que des personnes vides, car remplies de discours pré-fabriqués, leur têtes pleines de paille. Incapables d’envisager le futur, elles se raccrochent à la certitude que le gouvernement est allié au patronat pour s’emparer de leurs Droits.
Avec quelques enseignants, j’ai contemplé ce désastre. La jeunesse, au lieu de profiter de ce moment pour s’affirmer, pour hurler : « Nous voulons le Monde, et nous le voulons maintenant », pour provoquer enfin la chute d’institutions politiques archaïques et la régénérescence de la société, a montré aux yeux de tous sa vacuité. Sa misère morale et intellectuelle. Son apathie, caractérisée par la peur de la manipulation politique (ce qui n’exclut pas un discours presque comique sur la lutte des classes).
Comment en est-on arrivé là ?
Nos institutions politiques sont comme le Droit du travail actuel. Elles favorisent ceux qui sont en place, au détriment des nouveaux entrants et de ceux qui en ont été chassés. Le système politique, créé par de Gaulle, est un simulacre de démocratie pilotée par une entité indéfinissable et visionnaire, le président de la République.
Cela se traduit par deux phénomènes : tout d’abord, les mêmes politiciens peuvent s’accrocher à leurs mandats pendant des décennies. D’autre part, les mêmes idéologies, et les mêmes antagonismes restent : l’affrontement ritualisé entre gauche communiste et blanquiste d’un côté et droite dure, conservatrice et féodale héritée de de Gaulle. Il n’y a pas de place pour les modérés et pour les véritables libéraux. Mon pays est resté dans une logique antique. Voilà la réalité du modèle social français, dont Villepin est la plus parfaite expression.
Ce triste spectacle n’est pas celui d’un déclin de la France, mais de la nécessité de réformer ses institutions. Ces réformes ne seront possibles que si les citoyens décident de se réapproprier l’espace politique, et s’ils chassent enfin les barons, éléphants et autres caciques qui se sont arrogés ce monopole.
Mettons fin au règne des artisans du vide.
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