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Accueil du site > Tribune Libre > On n’est pas sortis de l’auberge

On n’est pas sortis de l’auberge

Autour de quatre-vingt pour cent de français « pensent » qu’il y a trop d’étrangers. A peu près le même pourcentage, au Mexique, « considère » que la cour suprême de leur propre pays « est vendue à l’étranger ». Ici comme ailleurs, la globalisation financière se résume par la peur de l’autre, à qui on attribue des défauts maléfiques. Cet autre prend ici la forme d’une religion intolérante venue d’ailleurs, et là-bas celle d’un pays retors qui, il y a plus de cent cinquante ans, a voulu imposer un empereur venu d’ailleurs. Certes, il n’y a rien de plus détestable pour un mexicain que le souvenir, mythique désormais, de cet abruti de Maximilien, mort sans avoir rien compris d’un peuple qu’on lui offrait en héritage. Mais ce qui de tout temps a oppressé ce peuple ce sont ses propres dirigeants, dont la meilleure représentation se résume dans la dénomination du parti qui, à quelques rares exceptions, gouverne ce pays depuis des lustres : Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI).

L’aspect oxymore de cette dénomination, qui mélange « révolution » et « institution », a produit un monstre ordinaire qui, dans ses habitudes prédatrices, n’a rien à désirer au yankee, cet autre animal carnivore qui fait main basse sans vergogne sur les richesse de son voisin, et dont la forme la plus évoluée reste la fameuse ALENA. C’est-à-dire, une délocalisation massive des entreprises américaines sur le sol frontalier mexicain pour abuser en toute impunité d’une régime de non - droit défiscalisé et d’une main d’œuvre scandaleusement sous-payée et privée de ses droits les plus élémentaires. Ce mur entrepreneurial des maquiladoras, censé retarder l’arrivée massive des espaldas mojadas, ces travailleurs clandestins qui doivent traverser le Rio Grande pour accéder au sol américain est doublé d’un autre, fait de fils barbelés, de dalles de béton et de tours de guet qui facilitent la prolifération d’un sport désormais populaire, la chasse à l’immigré. Ces derniers, étant donné la sophistication de ces obstacles institutionnels, ne font plus appel aux passeurs locaux, mais au crime organisé qui les prend en charge depuis l’Amérique centrale, et auquel, les inmigrantes paient un tribu exorbitant : un quart de million de viols en cinq ans, plus de cent mille paysans sans terre à la recherche de l’Eldorado assassinés par les Zetas, les Maras et autres Cartels. Au point que les femmes qui, malgré cela, tentent encore l’aventure absorbent avant leur départ des médicaments de stérilisation pour ne plus engendrer des enfants du viol. Dans ce tableau cataclysmique qu’est-ce qu’on retient ? Que la France, à travers les déclarations et les agissements de son président sortant a offensé l’orgueil de la nation mexicaine. Il n’était pas allé de main morte, mais enfin, on fait quotidiennement au Mexique des offenses pires que cela. Surtout, la criminalisation du politique en ce pays et l’extinction de l’Etat de droit qui n’a de pareil que celui des dinosaures, trouve enfin, en la décision de la cour suprême mexicaine un adversaire salutaire qui indique que les magouilles télévisuelles et la manipulation de l’opinion criardes ne peuvent plus durer. Les 20% qui approuvent la décision de la justice mexicaine ne sont autres que ceux qui militent pour un retour de l’Etat de droit dans ce pays, et cette décision les renforce. 

Au delà du sort et de l’histoire de Florence Cassez, qui n’est après tout qu’un fait divers « traité » par la police et les médias mexicains comme des centaines d’autres, c’est le sursaut de l’Etat de droit qui pointe son nez et pas le contraire comme les obscurantistes - prédateurs voudraient le faire croire à la population mexicaine. Cependant, faire de cette jeune femme en France un héros national et de concourir à celui qui aurait le plus contribué à sa libération, c’est aussi intolérable. L’affaire, outre les pressions évidentes mais enfin discrètes de l’exécutif français, et pour cause, n’a pas été jugée sur le fond, mais sur la forme. Comme le dit très à propos José Chablé Rulz : Ese error procedimental permitió que la SCJN hiciera justicia a un ciudadano extranjero, cometiendo una injusticia con ciudadanos Mexicanos. En effet, et c’est là la nouveauté, la Cour suprême a rendu justice à un citoyen en considérant comme intolérables la manipulations des médias et de la police à son égard, mettant en second plan ce qu’on lui reproche. 

A quand pouvons-nous espérer, de la part de la classe politique et des médias français la même attitude ? Quand enfin ceux-ci, frileux et routiniers en diable vont s’attaquer à l’essentiel ? C’est à dire dépasser, voire affronter les tendances lourdes de l’opinion, ne pas cultiver ses peurs et ses instincts les plus irrationnels, leur expliquer la mondialisation non plus en imagerie télévisuelle mais en tant que mécanisme destructeur de l’Etat, de l’Etat providence, de droit, au lieu de discutailler sur l’intolérances des religions, la naturalité de la famille et de la protection des valeurs que ce même système financier et globalisateur sape jour après jour ? 

Quand enfin, expliqueront-ils aux citoyens que chasser d’une cage d’escalier une bande d’oisifs « shiteux » n’est pas une victoire stratégique contre le crime organisé ? Quand oseront-ils affirmer que leur action en Afghanistan est un fiasco, et qu’à vouloir partir en croisade ici et là prouve qu’ils refusent d’en assumer les conséquences ? Quand assumeront-ils, au lieu de fanfaronner comme des adjudants ignares, que si les pays, tels le Mali, sont fragilisés face à des bandes ridicules, c’est bien par ce que l’Etat de droit a été détruit par lui-même et qu’ils ont laissé faire pour permettre aux copains hommes d’affaires de mieux exploiter ces pays ? L’enseignement mexicain est clair et n’a rien à voir avec Florence Cassez : à trop laisser faire, à être gloutons jusqu’à n’en plus pouvoir ingurgiter on devient ce contre quoi on est censé lutter. On laisse les mafias devenir une alternative probable et, quand enfin la justice reprend le bon chemin, faisant un pas aussi minime soit-il pour le retour à l’Etat de droit, on préfère exhiber un concours de passe-droit comme étant le seul à pouvoir changer la donne. Lamentable. 


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8 réactions à cet article    


  • frugeky 25 janvier 2013 13:56

    Quand est-ce que les journalistes feront leur travail ?

    Seulement quand leur rôle auprès des élites sera devenu inutile, c’est à dire quand à force de mensonges et de manque de travail, ils auront aidé à la déliquescence de l’Etat de droit et qu’ils seront comme les ouvriers de la famille peugeot (leurs gens) devenus trop chers. Bref, quand dans cette lutte des classes, ils seront remis à leur place, celle des valets de pisse.

    • Franckledrapeaurouge Franckledrapeaurouge 25 janvier 2013 15:36

      Bonjour Mr,

      Superbe article, j’aime beaucoup aussi le commentaire de frugeky, cependant n’oublions pas de rappeler quand même qu’il existe encore de vrais journalistes.
      Le problème c’est qu’il.s ont du se faire virer de nombreuses grande et soit disant prestigieuse rédaction, télé, papier...
      Cordialement
      Franck

      • ctadirke 25 janvier 2013 15:41

        Qui prend les sondages au sérieux n’est pas sérieux

        Mais commencez, SVP, par mettre une majuscule à Français dans ce cas

        Les noms (« gentilés » ou « ethnonyme ») désignant les habitants d’un pays, d’une province, d’une localité.... (Note de l’expéditeur : et même donc d’un quartier de grande ville !!!) prennent la majuscule initiale :  les Français, les Anglais, les Poitevins, les Parisiens.

        Les noms de langues correspondants gardent une minuscule : parler le français, l’anglais, le poitevin...

        L’adjectif garde la minuscule : la population française, la cuisine anglaise, le

        Marais poitevin, le Bassin parisien.

        L’usage est incomplètement fixé et les codes typographiques diffèrent quant au traitement de l’attribut : Il est anglais (adjectif) ou Il est Anglais (nom). L’Imprimerie nationale tranche en faveur du nom, comme on le fait par exemple en allemand (Sie ist Franzüsin).

        L’Académie considère que l’on a affaire à un adjectif, que l’on ne dira jamais Elle est Suissesse, mais Elle est suisse, et met donc la minuscule : Ils sont albanais, corses... Elle n’est pas parisienne.

        Enfin, on distingue généralement les noms désignant proprement des habitants de leurs emplois dérivés : les Albigeois aiment leur ville ; la croisade contre les albigeois, Cathares du Midi de la France, au XIIe siècle.

        Et si vous diffusiez ?

        A Franck le drapeaurouge

        Depuis 1989 la « nouvelle » norme pour Monsieur ce n’est plus Mr, mais M.



        • easy easy 25 janvier 2013 16:20


          Vous abordez un sujet lourd

          Je voudrais insister sur deux points.


          Premier point :

          Posons qu’une personne ait réellement dévié (version sexe ou version fric). 
          On la chope. 
          Vient alors le fait de la juger. 
          Or il existe, dans l’absolu, deux manières de se lancer dans son procès :
          - Soit en se posant en ange afin de faire ressortir qu’elle est diable
          - Soit en se posant comme mi-ange mi-diable

          Dans le secteur abrahamiste, dont le Mexique fait partie, on croit sain et avantageux pour tous de se lancer dans un procès contre un vilain en se posant en saint. 
          On va foutre l’accusé à poil et on va exposer le fond de son slip à tous sans jamais se montrer soi-même en ses réalités, en restant parfaitement costumé et paré. 

          Cette manière de procéder marche très souvent.
          Des millions de vilains ont été éliminés par des saints dont on n’a jamais vu le slip.


          Mais parfois, à trop vouloir contraster, à trop vouloir faire ressortir le diable, les saints se prennent les pieds dans le tapis et le système s’effondre, c’est la panique.

          Quoi, l’accusateur n’est pas un ange ? C’est pas possible une chose pareille !

          A mon sens, ce qui a fonctionné pendant des siècles va de moins en moins bien fonctionner en raison du fait que plus ça va plus la vie de chacun est balancée et stockée sur la Toile.
          En raison aussi du fait que plus ça va, plus les enfants balancent leurs parents.
          Tout le monde balançant tout le monde, il va devenir de plus en plus difficile de trouver des flics et juges non balancés, susceptibles de jouer les anges.
           

          Sur la Toile, chacun apparaissant anonyme, ce qu’il raconte n’est même pas identifié par ses enfants ou parents

          Sur la Toile, chacun peut, lorsqu’il se pose en juge et c’est très souvent, jouer le saint.
          Il y a mille intervenants ici, il n’y en a pas un qui ait avoué une faute. 

          La Toile, qui balance pourtant des millions de célébrités, ne balance encore pas trop les lambdas. Comme chacun balance quelques célébrités tout en apparaissant saint il règne un bruit accusateur de type inquisitorial avec force diabolisations
          La diabolisation perdure en tant que très grand allstream grâce à l’anonymat

          Il suffirait que l’anonymat ne soit plus possible, que chacun puisse être identifié par ses proches et, du jour au lendemain, on ne verra plus aucun internaute dans une posture de saint accusateur.
          Si ça se trouve, on ne verra même plus personne.
          AVox sera vide, on n’y parlera plus que de la Lune 

          La situation actuelle est trompeuse. Il existe vraiment des milliards de juges saints qui indexent des célébrités sur le Net mais sans l’anonymat, la situation serait très différente.

          Cette situation que permet l’anonymat est-elle saine ? 
          Cette situation que permet l’anonymat conduit-elle à une bonne justice ?



          Est-il sain, est-il juste de juger quelqu’un sans exposer d’abord son propre slip ?


          On peut poser la question autrement :
          Est-il sain, est-il juste de juger quelqu’un qui a volé un sac rouge parce que soi-même on n’a volé qu’un sac vert ?
          Est-il sain, est-il juste de juger quelqu’un qui a volé un sac rouge parce qu’on n’a pas encore été pris la main dans le sac, parce qu’on n’a pas encore été examiné ?


          Démocratie, égalité ?
          Egalité de slip exposé alors.




          Second point :

          Un individu déconne. Il est dans son nuage, dans sa névrose, il déraille.
          Il se fait choper

          Arrivent ceux qui le jugent.
          Puisque ce qui est reproché à l’accusé c’est précisément son hybris ou quelque sorte d’ivresse, on doit, quand on le juge (qu’on ait exposé ou pas son propre slip) ne surtout pas être ivre, ne surtout pas être obsédé, ne surtout pas faire de fixation, de théâtralisation ou de dramatisation

          Si, en tant que policier, juge, juré, public, on se comporte de manière ivre, fiévreuse, on est dix fois plus en tort que le vilain qu’on accuse. L’hybris du policier est beaucoup plus grave que celle du bandit

          DSK a été ivre mais la foule qui est venue le lyncher était dix fois plus ivre donc en tort que lui. Lui ne serait pas allé à tuer, la foule si.

          Alors que de la foule devrait jaillir l’équanimité, une sorte de froideur ou d’indifférence en Bof ! il n’en surgit en fait qu’une ivresse collective, qu’une hystérie collective 

          Dans une famille, un membre, pris dans ses problématiques, se met à dérailler. Le rôle des autres, qui ne sont pas pris dans les mêmes glues que lui, doivent piger qu’ils doivent former une super équanimité pour le réorienter non une surenchère alcoolique.

          La foule reproche à un individu son ivresse individuelle en étant elle-même collectivement ivre
          (et ce sont les media qui distillent l’alcool collectif).


          L’accusateur devrait prouver, surtout après coup, en dehors du noeud de la crise, sa tempérance, sa mesure


          • paul 25 janvier 2013 20:16

            Merci d’avoir mis en perspective l’affaire Cassez, l’Histoire mexicaine, son actualité sordide avec le grand voisin américain, et le Mali . Dans un État corrompu, une Cour de Justice a pu juger en toute indépendance : c’est un motif d’espoir pour les plus pessimistes ...ailleurs .


            • Fergus Fergus 26 janvier 2013 09:21

              Bonjour, Michel.

              Excellent article à tous points de vue. Entièrement d’accord avec le regard porté, tant sur le paysage politique et social du Mexique, que sur l’intolérable récupération par les politiques de l’affaire Cassez.


              • chmoll chmoll 26 janvier 2013 11:42

                medias frenchie ou porte couilles fin pour la plus grande partie


                • antonio 27 janvier 2013 08:24

                  Merci de rappeler les scandaleuses pratiques des USA et les horreurs que doivent affronter les
                  Mexicains qui veulent quitter leur pays.
                  J’approuve aussi les deux derniers paragraphes de votre article....mais je ne cache pas mon pessimisme quant à la volonté, la capacité de nos gouvernants pour « s’attaquer à l’essentiel ».

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