Petite pensée pascale : Agnosticisme : le no man’s land entre croyance et athéisme

L’athéisme matérialiste, qui trouve de plus en plus d’adhérents, est souvent une réaction à l'oppression de la religion dans le passé, ou à une expérience traumatisante pendant l‘enfance. Il maintient que Dieu n’existe pas et que la religion n’est qu’un tissu de mythes, de mensonges et de fantasmes. Or, pour ce qui est en dehors de notre espace-temps, nous ne pouvons rien faire d'autre que des hypothèses. Certaines choses peuvent paraître probables, mais on ne peut donc jamais les affirmer avec certitude.
L’homme est cet animal étrange qui se pose la question du sens et ne trouve pas dans son monde de réponse définitive. Raison pour laquelle croire à quelque chose semble être dans la nature de l’être humain. La vraie question n’est donc pas : croit-on ? Mais bien : comment croit-on ? Pourquoi croit-on ? A quoi croit-on ?
Une croyance religieuse ne peut être ni prouvée ni réfutée, c'est la nature même du concept. Depuis l'émergence de la raison humaine, la quête du sens de l'existence a toujours abouti dans une religion. Les religions sont toutes critiquables et ont bien besoin de critiques (certaines bien plus que d'autres), mais ni la science ni la raison n'arrivent à fournir une explication de l'existence capable de satisfaire tout le monde. Face a l'impossibilité de connaître la Vérité, l'agnosticisme semble être une attitude raisonnable, mais d'autres préfèrent faire le pari de Pascal.
L’agnosticisme est le point de vue qu’il est impossible de savoir ou prouver l’existence de Dieu. Le mot « agonistique » signifie essentiellement « sans connaissance ». L’agnosticisme est une forme d’athéisme plus modeste. L’athéisme déclare que Dieu n’existe pas – une position impossible à prouver. L’agnosticisme répond que l’existence de Dieu ne peut être ni prouvée ni infirmée - il est impossible de savoir si Dieu existe ou pas. En cela l’agnosticisme a raison. L’existence de Dieu ne peut être prouvée ou infirmée empiriquement.
Mais il reste le message, la philosophie que chaque religion nous propose. L’athéisme attribue toutes les horreurs perpétrées par l’Eglise au christianisme. Mais les Inquisitions, les Croisades, les « indulgences » et autres abus étaient une trahison du christianisme. Et c’est pourquoi Luther s’est révolté et a osé défier le Pape, au risque de sa vie. En refusant de se soumettre il était loin de vouloir déclencher la révolution qui allait embraser toute l’Europe dans une guerre de 30 ans, mais il ne voulait pas accepter les abus qui reniaient les valeurs fondamentales du christianisme.
Sans être croyant, on peut adhérer à ces valeurs comme philosophie de la vie. J’adhère à ces valeurs fondamentales que les Evangiles transmettent : compassion, non-violence, fraternité, égale dignité de tous, émancipation de l'individu à l'égard du groupe et de la femme à l'égard de l'homme, liberté de choix, et séparation du politique et du religieux. Ce sont, bien entendu, les valeurs mêmes de notre civilisation, et c’est en ce sens que, bien que non-croyant, je me considère comme un agnostique chrétien.
Ce n’est pas un contresens, parce que l’expérience religieuse n’est pas dépendante de l’existence d’un Dieu. La transcendance, cet élan spontané, ce sentiment joyeux face à un phénomène naturel comme un couché de soleil exceptionnel, est, me semble-t-il, une expérience religieuse. La transcendance comme dépassement de soi, la transcendance comme néantisation, comme liberté, comme arrachement à la vie matérielle, ce qui peut se produire dans l’expérience de la musique ou de l’art plastique, de la dance ou de la transe. Van Gogh, dans sa ferveur, dans sa « folie », éprouvait sans doute une expérience transcendantale. La « transcendance dans l’immanence » comme disent les philosophes, ces moments de dépassement ou arrachement vis-à-vis de soi, ouvrant à la perception de l’absolu ou de l’universel, est une expérience spirituelle ou religieuse.
Entre croyance et incroyance il y a l’option intermédiaire de l’agnosticisme - le doute, avec sa quête sans fin, comme la quête sans fin de l’or de l’alchimiste. C’est une position Cartésienne, qui se pose des questions sans jamais trouver une réponse convaincante. D’autres sont convaincus qu’aucun Dieu n’existe, et considèrent la distance prise avec la religion comme une conquête culturelle ouvrant l’avenir d’une société post-religieuse libérée des morbides fourvoiements des églises.
Chacun trouvera, dans son for intérieur, la réponse qui lui convient ou qui s’impose à lui, et qui restera intimement personnelle. Mépris et moquerie, de l’un ou de l’autre côté, n’est que l’intolérance.
Joyeuses Pâques à tous !
46 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON