Roquette syrienne : les invraisemblances israéliennes
Evidemment, en plein conflit syrien, cela aurait été étonnant qu'Israël ne vienne pas mettre son grain de sel. Après avoir bombardé le site syrien de lanceurs de missiles à Lattaquié, fin janvier dernier, en plein conflit intérieur, histoire de se rappeler au bon souvenir de Bachar el-Assad, voilà qu'il ressort le coup du Francorp. Avec cette fois encore des explications fort alambiquées sur le circuit qu'aurait fait le missile découvert... et surtout le type même d'engin trouvé. En parfaite contradiction avec un ministre de la défense Moshe Ya'alon qui disait il n'y a pas si longtemps (en novembre dernier) que le dictateur syrien commençait sérieusement à manquer de missiles, n'en ayant plus selon lui que la moitié. Et voilà qu'il en aurait envoyé au Hezbollah, son allié... via l'Iran. L'affaire est à nouveau abracadabrantesque... comme la précédente.
Revenons tout d'abord sur la visite surprise des F-16 et F-15 israéliens à Lattaquié le 27 janvier dernier. Prétendue comme étant une frappe contre des missiles S-300 qu'aurait reçu la Syrie, elle touchait en fait des lances-missiles de type Smersh-Tornado, débarqués en décembre d'Antonov 124 ou de navires amphibie russes arrivés à Lattaquié (Latakia). Certains de ces engins restés intacts lanceront des attaques contre les rebelles le même mois. Israel avait déjà frappé en mai 2013 la Syrie, cette fois autour du Syrian Scientific Studies and Research Center (SSRC), sur des cibles données comme étant des Fateh-110 iraniens, des missiles capables de longue distance (300 km de portée) : l'attaque avait tué une centaine de soldats syriens. En janvier, c'était donc moins la protection du territoire israélien qui était visé. Mais l'affaiblissement d'un adversaire potentiel, ou plutôt l'anéanitssement d'armes pouvant tomber aussi aux mains de ses adversaires. Israël fait dans le cousu main avec la Syrie. Ce n'est pas le moment de se retrouver avec une deuxième bande de Gaza, se dit l'état hébreu.
Que vient faire en ce cas la découverte de ces missiles(on en a aperçu qu'un seul mais il y en aurait eu une douzaine à bord) caché sous des sacs de ciment iranien dans un container de petit cargo, voilà qui est intéressant. Un petit vraquier de 7000 tonnes, le Klos C, construit en Russie, enregistré au Panama, vu ces derniers temps en Georgie, en Turquie ou en Egypte. L'ex Klostertal et Otzal, appartenant à une société enregistrée au Iles Marshall, Whitesea Shipping & Trading (ici à gauche la photo signée fleetMoon.com sous le nom de Klostertal avec un seul container au dessus de ses cales. Le commandant du navire étant turc d'origine. Plusieurs choses intriguent dans l'histoire. Tout d'abord, le modèle trouvé. Selon les israéliens, ce sont des missiles "M-302" d'origine syrienne. un engin de 302 mm fort peu connu, qui ne serait autre qu'une copie de missile chinois, le WS-1, devenu Khaibar en syrie. Laissons parler un spécialiste israélien des missiles pour avoir quelques éclaircissements. Uzi Rubin, du Begin-Sadat Center for Strategic Studies de la Bar-ilan university. Dans son enquête sur les armes de la campagne de 2006 au Liban, voici ce qu'il en avait conclu de cet engin plutôt rare à l'époque, à partir de seulement deux exemplaires retrouvés en Israël, dont un tiré sur la ville israélienne d'Afula, à l'est de Haïfa, et une autre en août à Beit Shean, à environ 70 km au sud de la frontière libanaise. Lors des explosions à l'impact, les engins libèrent des millliers de billes d'acier dont les effets sont dévastateurs.
"La provenance de la roquette de 302 mm est encore plus mystérieuse. Des images vidéo d'une attaque sur un lanceur révèle un lanceur à six fusées construit sur un véhicule à axe double. Le fait surprenant est que les containers sont de section carrée, la preuve d'un aileron fixe à l'intériueur plutôt qu'une fusée à ailettes repliables. Aucune section de ce genre de lanceur de fusée n'a jamais été observé dans des défilés ou des écrans iraniens. L'approximation la plus proche du système de fusée de 302 mm utilisée par le Hezbollah est celle du MLRS chinois WS-1, également de 302 mm de calibre, la dernière version présentant une section hexagonale de lancement, sur un véhicule à trois axes. La ressemblance entre les deux lanceurs suggère que cette fusée est une copie syrienne - probablement une licence de produit - du système Chinois WS- 1". Et effectivement notre homme avait raison :
L'engin aurait donc bien été syrien, mais de copie chinoise ou iranienne (les iraniens ayant eux-mêmes copiés les chinois). On le voit ici tel que décrit par notre observateur, sur camion Mercedes (le rouge à droite) aux côtés d'un lanceur de 220mm (le Mercedes orange à gauche). Notre observateur étonné note "qu'ainsi, contrairement aux attentes, les roquettes syriennes ont joué un rôle majeur dans la campagne, tandis que des roquettes iraniennes étaient pratiquement absentes. Le mystère des roquettes iraniennes absents mérite un examen plus approfondi.
Trois hypothèses peuvent être avancées pour expliquer cette énigme : d'abord, qu'il n'y avait pas de roquettes iraniennes au Liban, tous les rapports l'affitmant résultant d'une ruse élaborée conçue par le Hezbollah et de l''Iran, ou par un tiers, pour une raison incompréhensible, la deuxième, que tout le lot de roquettes iraniennes a été détruit par la frappe préventive de l'IAF du 13 Juillet, et, troisièmement, que les autorités iraniennes auraient refusé d'autoriser le Hezbollah d'utiliser des roquettes iraniennes au cours de la campagne. La première hypothèse est très peu probable. Un haut responsable iranien (et ancien ambassadeur d'Iran à Damas ) a confirmé publiquement le transfert de roquettes iraniennes à la Hizbullah 7. En outre, l'approvisionnement de l'Iran du missile anti-navire la iranien C- 802 qui a presque coulé le navire de la marine israélienne Hanit a démontré la volonté du pays de fournir le Hezbollah avec ses meilleures armes. La possession du Hezbollah de roquettes iraniennes devrait donc être considéré comme un fait -. Pourquoi ne les ont-ils pas utilisés contre Israël ?
Une possibilité est qu'elles ont tous été détruites d'un seul coup par l'attaque préventive d'Israël du 13 juillet . Pourtant la déclaration de l'armée israélienne suite à cette opération est la destruction de la plupart d'entre - mais pas toutes - des roquettes iraniennes, et a averti que le Hezbollah conservait encore une certaine capacité à les utiliser contre Israël. En outre, l'apparition d'une fusée Zelzal endommagée dans le ciel de Beyrouth le 17 juillet a été prouvé que certaines roquettes de ce type ont survécu à l'attaque du 13 juillet, qui à son tour donne du crédit à l'hypothèse que les roquettes iraniennes ont pu être réparées plus tard". Bref, nous sommes alors en 2006, soit il y a plus de sept années, et le missile WS-1 est vite abandonné, ayant une fâcheuse tendance à se détruire tout seul en vol. La version 2 chinoise, en coffrages de lancement carrés, comme le modèle syrien (mais fermé) sur châssis Taian TAS-5450 sortie en 2008, n'a pas eu de succès à l'export. C'est l'ancienne version WS-1 qui a été vendue à la Thaïlande en 2011. Le modèle avait été vendu à la Turquie en 1996. On serait donc sur une technologie vieillie : l'engin a vingt ans d'existence déjà ; à base de carburanrt solide, de l' Hydroxyl-terminated polybutadiene (HTPB), un dérivé du butadiène. Pour mémoire, c'est le composé de base de l'avion spatial Rutan-Virgin !
On en est donc là, avec trois modèles tombés en Israël en 2006, dont on montrera les vestiges (ici à gauche). Deux modéles non éclatés sont également montrés le corps quasiment intact, preuve que l'engin ne fonctionne pas parfaitement, l'un d'entre eux permettant de voir comment est fabriqué son extrémité inférieure de près. C'est une sorte d'anneau qui maintient les quatre ailettes, glissé sur le corps même du missile, entourant ainsi la tuyère. Sur le modèle recupéré tombé, des éclisses fixés sur cet anneau et soudées sur l'anneau soutiennent les ailettes, sur le modèle découvert dans le Clos C les ailettes sont soudées. Le corps de l'engin est en prime complètement lisse, aussi lisse que sa pointe, en fibre de verre sur l'original. Aurait-on fabriqué un missile en fibre de verre muni d'un anneau final à ailettes pour simuler un de ces Khaibar, le surnom du missile syrien ?
En dehors de l'apparence bien trop "clean" du missile de 7 ans d'âge minimum, il y a son trajet, présenté de façon extraordinaire par l'armée israélienne, qui aurait eu le temps de créer toute une animation au lendemain même de sa découverte. Il y a d'abord le trajet, qui sidère. L'engin, construit donc en Syrie, aurait tout d'abord pris l'avion... de Damas à Téhéran. Première surprise, vu que c'est l'inverse depuis des mois en Syrie. Débarqué de l'aéroport, il aurait été ensuite acheminé vers le port de Bandar Abbas, puis vers Umm Quasr (en Irak, ou l'avion aurait pu atterrir aussi) pour faire le tour de la péninsule arabe, entrer dans le golfe d'Aden et remonter vers la Mer Rouge... pour rejoindre l'Egypte.... mais aurait été intercepté par le commandos israéliens au niveau du Soudan, qui aurait pu être aussi un port d'acheminement. Voilà un trajet bien compliqué pour rejoindre... Gaza, il me semble, alors que le même navire parti de Lattaquié peut rejoindre Gaza directement... mais se heurterait il est vrai au blocus israélien. En revanche, arrivé à Port Saïd, par exemple, son acheminement vers Gaza via la route et les fameux tunnels une procédure bien plus commune. Or, si on regarde les trajets effectués par le navire incriminé, s'il était bien en Iran en février, son livre de bord et sa balise révèlent qu'il y était, à Port-Saïd, justement (selon Reuters), en janvier dernier !!! Pourquoi donc avoir alors fait le chemin... inverse, voilà qui laisse songeur !
Entre temps, le régime syrien, comme l'a très bien dit le ministre de la défense israélien commence sérieusement à manquer de missiles. Les bombardements israéliens de mai 2013 et celui du 27 janvier lui ont fait très mal. Il en est réduit à lancer des bombes artisanales de ses hélicoptères, de simples fûts remplis de poudre noire et de vis ou de boulons comme shrapnels tueurs (c'est simple mais dévastateur) ou à imaginer des missiles de type SUFLAE, selon un procédé contenu dans un brevet américain, comme j'ai pu déjà le montrer ici. Des récents missiles neufs sont apparus en janvier, mais ce sont des Smersh-Tornado russes et non des missiles indigènes.
En somme, l'engin entr'aperçu en 2006, fort peu utilisé en raison de son manque de fiabilité évident et dont les stocks auraient disparu aurait été offert au Hezbollah par Bachar el-Assad qui manque de missiles... pour sa propre guerre ? Avouez que ça ne tient pas debout deux secondes, cette découverte où on s'est empressé de montrer aux caméras un sac de ciment situé juste à côté de la caisse toute neuve de contreplaqué contenant le missile. Un sac de ciment estampillé bien sûr "Iran", comme on avait exhibé des sacs de polyéthylène iranien lors de la mascarade du Francorp, où les numéros masqués des containers, découverts parfois non recouverts par la propagande israélienne (un oubli révélateur), montraient qu'ils venaient d'israël même.
Le plus étonnant de cette découverte n'est pas en effet la découverte elle-même ; mais la façon dont israël l'a présentée. L'emballage créé par les services mêmes de l'IDF est en effet parfait pour ce "cadeau" aux iraniens : une animation en dessins animés à en effet été montrée dans les médias. Elle est il faut bien le dire... superbe (elle est visible ici). Et a nécessité un bon nombre d'heures, ou de jours, pour atteindre une telle perfection, même avec des ordinateurs efficaces, ça ne se pond pas en quelques minutes avant le flash d'info ce genre de choses. Israël a-t-il voulu trop en faire avec cette réalisation ? C'est la terrible impression que ça laisse en tout cas. Un peu plus d'improvisation en la matière n'aurait pas laissé place à une telle suspicion de vouloir à tout prix prouver en images quelque chose, à savoir une implication iranienne fort tirée par les cheveux. Le dessin animé a été balancé aux infos juste après l'annonce de la saisie, et il y détaille tout le trajet du navire, dont celui en Irak pour ajouter des containers à ceux disposés en Iran, ce qui signifie qu'il ne pouvait être que préparé en avance... rien en revanche dans le montage sur... le lancement, à part une fin de dessin animé montrant l'entièreté d'Israël sous la menace de la portée des missiles. Rien sur les fameux Mercedes (ou camion équivalent) qui font partie intégrante du système... avec son équivalent chargeur. Le hezbollah pourrait-il improviser un lanceur pour ses engins ?
L'implication directe dans les médias d'un duo connu n'est pas non plus pour rassurer : "selon le lieutenant-colonel Peter Lerner, porte-parole de l'armée israélienne, l'assaut a été conduit vers six heures du matin, à quelque 1500 kilomètres des côtes israéliennes, par l'unité de commando de marine Shayetet 13. L'ordre d'arraisonner a été donné par le premier ministre Benyamin Nétanyahou, qui a aussitôt rendu hommage à l'armée et au Mossad « pour la précision avec laquelle l'opération a été conduite ». Le commando cité n'est pas n'importe lequel en effet ; c'est celui qui a agi à Entebbe, lors de la prise d'otage du PFLP-EO qui n'avait fait qu'une victime chez les israéliensd : Yonatan Netanyahu le frère de l'actuel premier ministre !!! En 2010, son intervention musclée avait été dénoncée par la presse mondiale pour sa férocité. Aujourd'hui, c'est à nouveau une glorification de son action. Netanyahu n'ayant qu'une phrase à propos de cette action : "cela montre l'Iran sous ses vraies couleurs". Montrant ainsi que tout l'opération ne sert qu'à mettre la pression sur l'Iran ! Une opération manipulée, une de plus.

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