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Social-libéralisme. Un peu de sémantique

Le président de la République française, relayé ou précédé par son premier ministre, affirment aux électeurs de gauche qu'ils n'ont trahis, ni les promesses de la campagne présidentielle, ni ce que l'on pourrait appeler avec un peu d'emphase l'idéal socialisme. Pour en donner la preuve, ils disent s'inspirer de ce qu'ils nomment le social-libéralisme.

 
Devant le patronat le 27 août, Manuel Valls a expliqué en substance qu'il refusait certes le qualificatif de social-démocrate, précédemment d'ailleurs récusé par François Hollande. Il était social-libéral. Les plus idéologues de ces représentants du patronat, dont un certain M. Gattaz, symbole caricatural d'une profession, celle de chef d'entreprise par ailleurs plus qu'honorable, a daigné concéder au Premier ministre que, si celui-ci mettait davantage l'accent sur la composante libérale que sur la composante sociale du terme, il pourrait être reçu (sans doute avec la mention « oui mais peut mieux faire »), à son examen d'entrée au Medef.

Le social-libéralisme est un nouveau venu dans la panoplie des expressions par lesquelles cherchent à se désigner ceux qui ne veulent pas confondus avec de simples capitalistes – même si dans la pratiques ils se comportent comme ces derniers. Il n'y a pourtant rien de blâmable à être capitaliste, non plus d'ailleurs que chef d'entreprise ou patron. Dès qu'un particulier investit dans une affaire quelconque un peu de capital personnel, il devient ipso facto un capitaliste. Mais tout au long du 20e siècle, l'expression, accompagnée des abondantes caricatures qui l'illustraient, a désigné celui qui non seulement disposait d'un abondant capital, mais qui exploitait sans vergogne les salariés travaillant pour lui. Elle a aussi désigné le régime politico-économique qui donne tous pouvoirs aux capitalistes.

La doctrine communiste avait, dès 1848, affirmé que l'économie pouvait se passer de capitalistes. Les expériences de pays se disant communistes n'avaient pas cependant été considérées comme concluantes par une partie de la gauche. Il lui fallait donc inventer un terme désignant un régime qui tout en retenant l'idéal consistant à confier à l'entreprise publique un certain nombre de secteurs économiques-clefs, affirmait la nécessité de maintenir les institutions politiques dites démocratiques dont l'Europe s'est faite le champion après la seconde guerre mondiale. Il s'agissait de la social-démocratie.

La gauche française, au moins au niveau du discours, a longtemps hésité à se dire social-démocrate. Pour elle, le concept évoquait trop les réalisations, certes intéressantes mais jugées un peu « plan plan » de l'Europe du Nord. Mais depuis la Libération jusqu'aux très récentes dénationalisations, elle s'était satisfaite de ce que l'on avait aussi nommé l'économie mixte : des entreprises privées, des entreprises publiques et une législation du travail protectrice. Elle était donc social-démocrate sans s'en vanter.

Un président social-démocrate ?

Au début du quinquennat de François Hollande, celui-ci, pour rassurer l'électorat de droite, avait refusé d'être considéré comme incarnant une majorité socialiste. Où en effet se serait arrêté ce socialisme ? N'aurait-il pas versé insensiblement dans le communisme économique et dans un recul progressif de la démocratie politique tournant à la dictature de la rue de Solférino ? Il s'était donc présenté explicitement (à la manière peu explicite qui est la sienne) comme social-démocrate. Il rejoignait en cela la totalité de la gauche européenne, qu'elle soit au pouvoir ou non. Mais c'était encore trop.

Le patronat (ou plus exactement la partie la plus droitière du patronat) voulait davantage. Il lui fallait des mesures politiques montrant clairement que le gouvernement se refusait à tout interventionnisme, que ce soit dans le domaine économique ou dans le domaine social. Il lui fallait donc que François Hollande s'affichât résolument libéral. Autrement dit qu'il s'engage à laisser les forces du marché, au sein d'une concurrence libre et non faussée, se substituer à tout ce qui restait de socialisme et de social hérité des gouvernements précédents

La terme de libéralisme s'imposait donc. Mais les conseillers en communication ont expliqué qu'il était trop explicite. Il faut être libéral mais il est inutile de l'afficher à la face du monde. Donc il fallait ajouter au concept de libéralisme celui de socialisme. Autrement dit se dire social-libéral. Mais que signifie ce curieux mariage ? Le socialisme économique étant définitivement abandonné, le socialisme social l'étant aussi progressivement (à voir les déclarations de M. Macron, pas encore ministre mais ancien conseiller du Président, concernant les 35 heures), que restait-il de social ? Rien, sauf une étiquette que l'on pouvait toujours brandir sous le nez des syndicalistes et électeurs de gauche n'ayant pas encore compris qui gouvernait dorénavant la France, non pas le seul Medef, mais Wall Street et la City de Londres.

Il nous faut donc lire dans le terme social-libéral celui de libéral, point à la ligne. Encore heureux que les idéologues de droite n'aient pas encore imposé au pauvre François Hollande de se proclamer social-néolibéral, voire pourquoi pas, social-capitaliste.


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18 réactions à cet article    


  • Rincevent Rincevent 28 août 2014 19:02

    L’abandon des classes populaires par les socialiste remonte à beaucoup plus loin que l’on croit. Jean-Claude Michéa fait remonter ça au moment de l’affaire Dreyfus : http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20110922.OBS0908/pour-un-anarchisme-conservateur.html


    • Julien30 Julien30 29 août 2014 10:59

      Mais arrête d’étaler tes grands problèmes psychologiques à la vue de tous et va consulter mon vieux, tu en as besoin, toute cette bile qui te fait systématiquement insulter tous ceux à qui tu t’adresses ça peut se soigner mais il ne faut plus trop tarder...


    • Julien30 Julien30 29 août 2014 16:48

      On se connait ?


    • Le421... Refuznik !! Le421 30 août 2014 07:15

      Quand on n’a rien à dire, il vaut mieux fermer sa gu.... !!
      Démosthène propose des arguments, lui. Plutôt exacts, d’ailleurs.


    • Garance 30 août 2014 11:58

      @ Anne et au Frapadingue-socialo-compatible facho : Démoscouille de mes -deux- burnes


      Ca donne des leçons et ça insulte tout le monde : ça à voté Hollande : c’est à ça qu’on les reconnait 

      Au lieu d’aller se cacher faut que ça la ramène : petites loches que vous êtes

    • marauder 29 août 2014 09:14

      Démosthène, c’est ce que dit Rincevent, le socialisme, le plus honnete et a la fois encore un tant soit peu soluble dans cette « republique oligarchique » s’est éteint a la fin du 19 eme, tout le reste n’était que facade, d’idéalisme bourgeois.
      A la seconde internationnale ca a fait pshiiiiit ....
      La première guerre mondiale a finit de réduire en miette les tentatives ouvrière pleinement socialistes, ca a été remis K.O a la seconde.

      Aujourd’hui, l’auteur de ce texte ne cache pas son amour pour le capitalisme, employant des poncifs toujours en vogue dans les merdias. Il enjoindrait presque la droite complexée (les fauxcialistes) au pouvoir a se décomplexer.

      Comme disait coluche :
      « avant, je pissait au lit et j’étais mal, maintenant, que j’ai vu un psy, je pisse toujours au lit, mais j’en suis fier »


      • marauder 29 août 2014 11:36

        Excuse moi, je crois que tu m’as ma lu :

        "La première guerre mondiale a finit de réduire en miette les tentatives ouvrière pleinement socialistes, ca a été remis K.O a la seconde.« 

        1944, le parti communiste encore fort et tres présent dans la résistance, et donc encore assez bien armé, ne pouvait que peser sur le partage des richesses à l’après guerre. Mais c’est aussi oublier »l’aide« américaine, qui les lieraient par l’idéologie, le plan marshal, l’otan plus tard, la guerre froide.
        Et je ne parle meme pas des graves erreurs idéologiques concernant l’URSS, qui n’etait en rien communiste mais plutot capitaliste étatique.
        Concernant 68, deja 80 et surtout 98, je n’y vois guère qu’un barouf d’honneur idéologique, une vague espérance perdue aux confins du libéralisme capitaliste effrené depuis les trente glorieuse.
         1980/1983, durée de la dernière »vraie illusion« , après un tournant totalement ultra libéral, déguisé d’égalitarisme pour la seule raison libérale, malheureusement pas libertaire.

        ET je suis désolé de constater que les militants qui se disent de gauche sont encore bien loin de leur idéal, tant par leur carrière, que leurs peurs de consomateur occidental »normal", que par leurs bien accumulés et leur volonté farouche de ne pas les perdre. Il y a certes bien plus riche que ces militants, mais ces derniers ont oublié que depuis, il y a aussi encore bien plus pauvre.

        L’heure n’est plus, même n’a jamais été, à la caricature de la démocratie via la représentation par suffrage universel, ni a la manifestation citadine, mais à l’auto-gestion, la création de collectif, l’autonomie dans le partage et l’entraide, le refus concret et directe de la société de consomation.

        Le socialisme ne peut pas venir des urnes, mais du peuple lui meme.


      • Pepe de Bienvenida (alternatif) 29 août 2014 11:44

        ET je suis désolé de constater que les militants qui se disent de gauche sont encore bien loin de leur idéal, tant par leur carrière, que leurs peurs de consomateur occidental »normal", que par leurs bien accumulés et leur volonté farouche de ne pas les perdre. Il y a certes bien plus riche que ces militants, mais ces derniers ont oublié que depuis, il y a aussi encore bien plus pauvre.
        +++


      • Robert GIL ROBERT GIL 29 août 2014 10:35

        pour ne pas mourrir idiot, c’est quoi la difference avec LE NEO-LIBERALISME ?


        • Jeff84 29 août 2014 12:37

          Absolument aucune.

          Les deux sont des néologismes qui n’ont pas de sens.

        • Francis, agnotologue JL 29 août 2014 10:51

          ’’... pas encore compris qui gouvernait dorénavant la France, non pas le seul Medef, mais Wall Street et la City de Londres.’’

          On pourrait dire de tout ça : désormais, c’est Valls street qui gouverne.

          Le néolibéralisme, c’est quoi ? La dictature des marchés qui votent comme des pieds, mais tous les jours.


          • Francis, agnotologue JL 29 août 2014 10:54

            L’engouement de nos dirigeants politiques pour le néolibéralisme repose sur un malentendu historique, une mystification sans nom : l’entreprise créatrice d’emplois.

            Les entreprises n’ont pas vocation à créer le plein emploi. D’ailleurs, emploi est un mot qui n’appartient qu’au monde de l’entreprise.

            Si durant des moments privilégiés de l’histoire - le capitalisme triomphant, les après guerres -, les entreprises ont de fait assuré ce rôle (le plein emploi), il y a belle lurette qu’elle détruisent plus de métiers et de richesses naturelles qu’elles ne créent d’emplois et de richesses individuelles.

            Pour paraphraser Jean-Pierre Berlan (*), je dirai : Sérieusement, vous croyez vraiment que Peugeot crée des emplois, Michelin crée des emplois, Aventis crée des emplois ? Bien sûr que non ! Ils produisent des profits.

            Le discours du Medef qui consiste à dire : ’’Laissez nous nous enrichir, nous vous enrichirons’’, est la transposition exacte dans les conséquences de celui qu’on prêtait aux communistes : ’’Donnes moi ta montre, je te donnerai l’heure’’.

            La différence, c’est que le communisme ne laissait personne sur le bord de la route. Faut-il en conclure que le communisme vaut mieux que le post-capitalisme, lequel s’avère être un néo-féodalisme mortifère ?

            Le communisme serait-il l’avenir des sociétés capitalistes ? Pour ma part, je dirai : l’avenir des peuples sera communiste ou ne sera pas.

            (*) : ’’Sérieusement, vous croyez vraiment que Peugeot produit des voitures, Michelin des pneumatiques et Aventis des médicaments ? Bien sûr que non ! Ils produisent des profits. »


          • Pepe de Bienvenida (alternatif) 29 août 2014 11:47

            Le néolibéralisme, c’est quoi ? La dictature des marchés qui votent comme des pieds, mais tous les jours.
            On peut même parler de voting haute fréquence, ou HFV


          • o.man 29 août 2014 19:07

            L’emploi n’est qu’un partage des taches ingrates contre de l’argent .
            Il ne tient pas compte ni de pénibilité et des risques pour la santé .
            Ainsi , on trouve normal que des dirigeants et des actionnaires soient grassement rémunérés pour des risques et sacrifices simplement pécuniers .
            Qu’ils fassent des profits , l’argent appelant l’argent , mais ça ne sera certainement plus sur nôtre dos !


          • Jeff84 29 août 2014 12:34

            Le terme social-libéral n’a absolument aucun sens. Le socialisme et le libéralisme sont deux opposés irréconciliables.


            • BA 29 août 2014 16:45

              Vendredi 29 août 2014 :

              Professions réglementées, travail du dimanche : le gouvernement va réformer par ordonnances.

              C’est une nouvelle confirmation que l’Elysée et Matignon sont bien décidés à accélérer les réformes. De gré ou de force. Selon nos informations, le gouvernement se prépare, pour lever les freins de la croissance, à légiférer par ordonnances.

              Le projet de loi sur la croissance, initialement préparé par Arnaud Montebourg et qu’il revient désormais à Emmanuel Macron de porter, prendra ainsi la forme d’une «  loi d’habilitation à procéder par ordonnances  », qui devrait être présentée en Conseil des ministres début octobre - et non plus en septembre, comme initialement envisagé - puis au Parlement dans la foulée. «  On a dit qu’on allait accélérer, on accélère  », résume un proche du dossier.

              Aller vite au nom de l’urgence de relancer la croissance n’est pas l’unique motivation de l’exécutif. Via une loi d’habilitation, le gouvernement va se contenter de présenter à l’Assemblée les grands chapitres de la future loi tout en renvoyant à des ordonnances le détail des mesures. Une manière de faire qui a déjà été utilisée au début de l’été avec la loi d’habilitation sur la simplification de la vie des entreprises, un sujet plutôt consensuel.

              Cette fois-ci, avec un texte dont le cœur sera constitué par la déréglementation de certaines professions (notaires, huissiers, éventuellement pharmaciens, etc.) et, comme l’a confirmé la semaine dernière François Hollande, l’assouplissement du travail dominical, c’est clairement une manière pour Bercy et Matignon de garder les coudées franches. Et de s’épargner de longs et potentiellement explosifs débats dans les hémicycles, en particulier sur le travail dominical, réforme qui pourrait faire grincer des dents une partie des députés de gauche. Le risque, naturellement, est de s’attirer les foudres de ces derniers, que la démarche revient à exclure du débat.

              C’est, après la déclaration d’amour aux entreprises de Manuel Valls mercredi, un nouveau point qui devrait électriser l’ambiance à l’université d’été du PS, qui a débuté ce vendredi à La Rochelle.

              http://www.lesechos.fr/economie-france/social/0203734574171-professions-reglementees-travail-du-dimanche-le-gouvernement-va-reformer-par-ordonnances-1037260.php


              • Francis, agnotologue JL 29 août 2014 18:54

                Deux remarques sur cette info donnée ici par BA :

                Il convient de replacer dans ce texte, le mot ’croissance’ par l’expression ’croissance des profits’.

                La deuxième : il conviendrait de renvoyer tous les députés chez eux ; ils ne servent plus à rien.


              • Le421... Refuznik !! Le421 30 août 2014 07:31

                Croissance des profits ?? Déjà qu’on est champion d’Europe des dividendes !!

                De toute façon, les français n’ont plus qu’à fermer leur gueule. Et je suis poli.
                Quand Hollande était candidat, le type qui lui a donné le surnom de « Capitaine de pédalo » (expression reprise à l’envi par ces abrutis de journalistes) est passé pour un charlot. Et personne ne le soutiens à part quelques pinpins comme moi.
                C’est sûr que l’intelligence se fait rare ces derniers temps.
                Chaque année, il y a un peu plus de cons.
                J’ai l’impression que ceux de l’année prochaine sont déjà arrivés !! (Coluche)

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