Ukraine : et si le problème numéro 1 s’appelait l’OTAN ?
Alors que les esprits semblent s'apaiser sur la question ukrainienne – conflit en Syrie oblige – le temps de poser certaines questions de fond est venu. Pourquoi deux pays aussi proches que l'Ukraine et la Russie en sont-ils venus à un conflit sanglant qui traumatise deux peuples à l'histoire intimement mêlées depuis un millénaire ? La réponse se trouve peut-être à l'Ouest où l'OTAN continue d'exister sans trop savoir ce qu'elle est censée faire.
Si l'on donne un os à un chien, il va le ronger jusqu'à le faire disparaître en espérant qu'un autre suivra rapidement pour le contenter. Et si rien ne vient, gare aux bêtises que peut entraîner l'ennui et l'absence de but. Avec la chute de l'Union soviétique, l'OTAN s'est retrouvée dans cette situation. Que faire une fois l'ennemi mortel disparu dans les limbes de l'Histoire ? La victoire était totale, rapide et ne s'était pas produite au terme d'un combat militaire titanesque. La victoire, mais quel avenir derrière ? La logique aurait voulu que l'OTAN s'efface et laisse place à un monde pacifié où l'Occident ne tienne plus en joue une Russie dépouillée de ses autres républiques socialistes et surtout de ces envies de domination mondiale.
Bien que le Traité de l'Atlantique Nord ne mentionne jamais la lutte contre le communisme, l'ADN de l'OTAN est anti-communiste. Toutes les stratégies et réflexes ont été pensés en ce sens et un changement d'ADN est impossible. Créée en 1949 en réponse à la formation du Pacte de Varsovie, l'OTAN a été prise de vertige en 1991 face au grand vide laissé par une Union soviétique qui s'est effondrée sur elle-même. Dix années d'errance (1991-2001) pendant lesquelles les stratèges ne savaient plus à quel saint se vouer alors que la Russie traversait une grave crise politique et économique qui l'a complètement effacée de la scène internationale. Les attentats du 11 septembre ont permis de redéfinir des objectifs qui correspondaient à une réalité post-guerre froide.
La lutte contre les terroristes à travers le monde sera donc l'objectif premier de l'OTAN du 21e siècle. Un objectif louable, mais qui n'a pas empêché la survivance de vieux réflexes anti-soviétiques. Voulant peut-être affirmer à la face du monde que sa victoire contre l'ancien ennemi soviétique était totale, l'OTAN a poursuivi dans le même temps une politique d'expansion qui a amené trois anciennes républiques socialistes et trois ex pays satellites à rejoindre l'Organisation alors qu'il avait été garanti à la Russie qu'aucune politique de ce type ne serait entreprise. Côté russe on se demande pourquoi l'OTAN existe encore et semble en plus prendre un malin plaisir à s'étendre vers l'Est...
Mal utilisée dans la lutte contre le terrorisme internationale, l'OTAN s'est alors cantonnée à jouer aux épouvantails aux portes d'une Russie en voie de redressement militaire et « morale » sous la férule de Vladimir Poutine. Les deux camps se reformaient alors comme par enchantement et au diable la lutte contre le terrorisme. Irak, Libye et tous les autres théâtres d'opérations n'intéressent pas les politiques et les stratèges. Trop « sales », trop compliqués, il faut juste trouver un adversaire bien identifiable et qui pourra être l'objet de toutes les haines des citoyens bercés par la douce propagande. La Russie endosse ce costume sans se faire prier et le conflit en Géorgie et 2008 et les soubresauts en Ukraine ne sont que les prémices du grand affrontement qui se prépare.
Ce sera finalement l'Ukraine, année 2014, qui récoltera les fruits pourris d'un combat trop longtemps souhaité par les faucons et qui se solde pour le moment sur un statu quo bien difficile pour Kiev. L'Est du pays est perdu en raison des populations qui ont fui et qui en veulent souvent au gouvernement ukrainien d'avoir bombardé à l'aveugle des civils étrangers à tout mouvement militaire. La Russie a récolté des sanctions et une crise économique qui l'affaiblit alors que l'Europe et les Etats-Unis ont montré toute l'étendue de la faiblesse de leur politique étrangère. L'OTAN n'est officiellement pas impliquée dans le conflit ukrainien – tout comme la Russie d'ailleurs...
Le temps des armes est terminé, c'est du moins ce que l'on peut espérer avec la prise de conscience tardive que l'ennemi à abattre sur le plan internationale n'est pas la Russie mais l'Etat islamique qui ne cesse de perpétrer des crimes et qui planifient des attentats aux quatre coins de la planète. Arrivé dans un cul-de-sac, tous les protagonistes du conflit ukrainien se rendent peu à peu à l'évidence. Le temps est à la paix même si elle sera longue et difficile à faire respecter. Un redressement de l'économie est la clé pour y parvenir. Les populations de l'Est de l'Ukraine n'aspirent qu'à rentrer chez elles et à vivre dignement, mais il faudra énormément d'argent pour reconstruire les milliers de maisons et toutes les infrastructures qui ont été détruites. Ce n'est que débarrassés des stigmates les plus visibles que les Ukrainiens pourront penser leurs plaies morales.
L'Etat Ukrainien est bien évidemment au cœur de cette reconstruction, mais sa propre situation financière ne laisse pas présager du meilleur. L'économie s'est effondrée, les rentrées fiscales sont en baisse et la monnaie a été balayée avec le conflit. Si l'OTAN ne troquera pas ses bombes contre de l'argent à dispenser auprès des plus touchés par le conflit, la solution est peut-être à attendre du côté privé avec des initiatives intéressantes comme celle de l'homme d'affaire ukrainien Dmytro Firtash qui a fondé il y a quelques mois l'Agence de Modernisation de l'Ukraine. Structure à dimension internationale, le fonds pensé par l'ancien magnat du gaz est appelé à recueillir la coquette somme de 300 millions de dollars pour engager de grands projets de reconstruction. L'idée est de redresser le pays très vite comme ce fut le cas après la Seconde Guerre mondiale pour de nombreux Etats avec le Plan Marshall. L'idée pourrait être appliquée d'autant plus rapidement que dans les hauts cercles du pouvoir le nom de Firtash est murmuré pour prendre le poste de Premier ministre. L'homme aurait les coudées franches, mais ce projet ne peut fonctionner que si l'OTAN et l'Occident de manière générale, ne sabotent le travail de reconstruction qui doit commencer. L'OTAN doit disparaître ou se transformer radicalement pour le bien de tous.
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