Le débat du pouvoir d’achat en France
Et si plutôt que de parler de pouvoir d’achat on parlait de niveau de vie ?
La notion de pouvoir d’achat est très en vogue ces derniers temps. Tout au long de la campagne présidentielle les différents candidats s’en sont fait les défenseurs. Il n’y a pas de mois qui passe sans que ne paraisse dans la presse un article sur la baisse du pouvoir d’achat des Francais. Différents sondages indiquent que le pouvoir d’achat est la principale préoccupation des Francais. Un article du 19 novembre 2007 paru dans le quotidien La croix, indique que le pouvoir d’achat est au cœur des conflits sociaux que nous connaissons actuellement (http://www.la-croix.com/article/index.jsp ?docId=2320919&rubId=1096 , dont est tirée l’illustration ci dessous). L’article cite Robert Rochefort, directeur du Crédoc, « ce sujet économique est devenu éminemment politique et appelle quelques réponses urgentes avant Noël ».
Le pouvoir d’achat beaucoup en parlent, mais peu le définissent.
Au sens strict, le pouvoir d’achat est la quantité de biens et services qu’une somme d’argent permet d’acquérir. Par exemple, le prix moyen en france d’une bouteille d’un littre de lait Candia UHT demi-écrémé calcium plus vitamine D étant d’1 euro (http://www.quiestlemoinscher.com/produits.asp ?gencode=3533631674007&coderayon=7&codefamille=733 ), on peut dire qu’1 euro vaut une bouteille de lait. Et ce pour tous les Francais. Tous les Francais subissant la même évolution du pouvoir d’achat.
La notion de pouvoir d’achat qui est reprise dans la presse, n’est pas la même. On nous présente des foyers qui ont perdu du pouvoir d’achat, d’autres qui en ont gagné ; et on fait rentrer en jeu les salaires, alors qu’ils n’interviennent pas dans la définition du pouvoir d’achat. Voici quelques exemples de gain ou perte de pouvoir d’achats en 2006 qui défilent sur le site de comparaison des prix des magasins Leclerc ; qui se présentent en grands défenseurs du pouvoir d’achat http://www.mon-pouvoir-dachat.com/home.aspx
-
un retraité locataire : -0,3 points
-
inactif locataire : -0,4 points
-
couple avec enfant(s) accédant à la propriété avec deux personnes actives propriétaires : + 1,1 points
-
actif vivant seul locataire : +1 point en 2006
On le voit, cette notion est beaucoup plus individuelle. La notion calculée par Leclerc, le pouvoir d’achat effectif, se définit comme le pouvoir d’achat dont disposent les ménages aprés s’être acquitté des dépenses contraintes.
Ainsi défini, le site montre l’évolution du pouvoir d’achat effectif en France : « en 6 ans (de 2000 à 2006), le pouvoir d’achat effectif a augmenté de 6,1 %. Après une forte croissance entre 2000 et 2002 (5,9 % en deux ans), le pouvoir d’achat effectif des consommateurs a peu progressé. Le pouvoir d’achat effectif a augmenté de moins d’1 % par an en 2004 et 2006, et a même diminué en 2003 et 2005 en raison de la forte hausse des dépenses contraintes - et notamment des loyers et des remboursements de crédits. Une croissance du pouvoir d’achat effectif d’1,4 % est attendue pour 2007. »
On retrouve ici les thèmes abordés par l’ensemble des intervenants sur le thème du pouvoir d’achat.
Mais alors plutôt que de parler de pouvoir d’achat, il conviendrait mieux de parler de niveau de vie. Le niveau de vie fait référence à la qualité et quantité des biens et services qu’un individu ou une population peut s’acheter. http://fr.wikipedia.org/wiki/Niveau_de_vie. Cette notion, fait intervenir la notion de quantité de biens et services consommés, mais aussi la notion de qualité, donc la structure de la consommation des ménages. Ce qu’un individu ou une population peut s’offrir est fonction des revenus, mais aussi des dépenses incompressibles. Il semble bien que c’est de cela dont l’on parle depuis plusieurs mois.
L’Insee permet d’avoir une idée de l’évolution du niveau de vie moyen en France :
Variation du niveau de vie moyen
(croissance moyenne annuelle, en %)
1970-1978 : 3,2
1978-2003 : 1,1
1978-1985 : 0,2
1985-1993 : 1,5
1993-1997 : 0,5
1997-2002 : 2,3
2002-2003 : -0,1
L’évolution du niveau de vie moyen des Francais est très inégale selon les périodes. Sur la période 2002-2003 le niveau de vie moyen des Francais apparaît bien en baisse.
Dans un premier temps, nous allons nous intéresser à l’analyse de l’évolution dans le temps du revenu disponible des Francais. Cette première étape réalisée en neutralisant l’inflation (raisonnement à euros constant) nous permettra d’avoir une idée de l’évolution de la richesse des Francais. Par la suite, nous étudierons l’évolution de la structure de consommation des Francais.
Le revenu disponible d’un ménage comprend les revenus d’activité, les revenus du patrimoine, les transferts en provenance d’autres ménages et les prestations sociales (y compris les pensions de retraite et les indemnités de chômage), nets des impôts directs. Quatre impôts directs sont généralement pris en compte : l’impôt sur le revenu, la taxe d’habitation et les contributions sociales généralisées (CSG) et contribution à la réduction de la dette sociale (CRDS).
Les chiffres ci-dessous, présentent la médiane (niveau tel que 50 % de la population a moins que ce montant, et 50 % de la population a plus), en euros 2005, du revenu disponible brut en France.
1975 : 20 370
2000 : 23 917
2002 : 25 397
2005 : 25 205
Le niveau médian du revenu disponible brut en France, a augmenté de 4 835 euros en 35 ans (en euros constants), soit un taux de croissance annuel moyen de 0,71 %. Entre 2002 et 2005, le revenu médian du niveau de vie a baissé de 0,76 %
Le tableau ci-dessous permet de saisir l’évolution de la composition de ce revenu :
Structure du revenu disponible des ménages (en %)
1978 1982 1988 1993 1997 2003
Revenus nets d’activité 67,0 63,3 58,5 53,6 51,8 52,7
dont salaires nets 50,7 49,3 46,6 43,6 42,7 43,6
Prestations sociales en espèces 22,1 24,7 27,5 28,7 29,0 28,2
Revenus de la propriété 10,9 12,0 14,0 17,7 19,2 19,1
Revenu disponible
avant impôts 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
Impôts sur le revenu 6,9 7,8 7,9 7,9 7,4 6,9
Revenu disponible après impôts 93,1 92,2 92,1 92,1 92,6 93,1
La baisse des revenus nets d’activité, notamment les salaires nets, dans le revenu disponible brut des ménages est en baisse sur l’ensemble de la période. Au début des années 80, les salaires représentaient environ 50 % du revenu disponible des ménages. En 2003, ils n’en représentent plus que 44 %. Les prestations sociales et les revenus de la propriété ont vu augmenter leur importance dans le revenu disponible des ménages pour compenser cette baisse de l’importance des salaires nets. Entre 1982 et 1988, ce sont les prestations sociales qui ont le plus vu augmenter leur importance. Mais depuis, ce sont les revenus de la propriété qui ont le plus vu croître leur importance.
Comme tout indicateur économique, le niveau de vie a des limites, et, au sein d’une population, ne permet pas de rendre compte des inégalités de revenu entre individus.
Pour compléter l’analyse du revenu disponible brut, il paraît opportun de nous intéresser à la notion de pauvreté monétaire. Un individu (ou un ménage) est considéré comme pauvre lorsqu’il vit dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. L’Insee, comme Eurostat et les autres pays européens, mesure la pauvreté monétaire de manière relative alors que d’autres pays (comme les États-Unis ou le Canada) ont une approche absolue. Dans l’approche en termes relatifs, le seuil est déterminé par rapport à la distribution des niveaux de vie de l’ensemble de la population. Eurostat et les pays européens utilisent en général un seuil à 60 % de la médiane des niveaux de vie.
En euros 2005 :
1970 1979 1990 2000 2002 2005
439 636 705 764 805 817
Le seuil de pauvreté monétaire a augmenté de 86% entre 1970 et 2005.
Le
seuil de pauvreté monétaire a augmenté de 6,9 % entre 2000 et 2005 (sur
la même période, la médiane du niveau de vie francais n’a augmenté que
de 5,4 %).
Le seuil de
pauvreté augmente plus vite que le niveau de vie, ce qui permet de
mieux comprendre la sensation d’appauvrissement ressentie par une
majorité de Francais.
Aujourd’hui, près de 40 % des salariés gagnent moins de 1,3 smic.
La compréhension de l’évolution du revenu disponible des Francais n’est qu’une étape vers la compréhension de l’évolution du pouvoir d’achat en France. Pour bien en saisir tous les aspects, il est indispensable de s’intéresser à l’évolution de la structure de la consommation des Francais. En effet, pour reprendre la liaison avec l’article du quotidien « La croix » évoqué en début d’article : « Les Français se sentent coincés, explique Philippe Lemoine, PDG de Laser*, plus de la moitié de leurs dépenses devient incompressible. Ce sont les loyers, les prêts immobiliers, les impôts, les assurances... À l’inverse, les sommes disponibles pour mettre de l’essence dans la voiture, pour l’achat de nourriture ou de vêtements sont en train de fondre. »
En 2005, la dépense de consommation des ménages augmente de 2,1 % en volume. La hausse des prix est stable depuis trois ans en moyenne annuelle (+ 2,0 % en 2005). Malgré une progression modérée du pouvoir d’achat (+ 1,1 %), la dépense des ménages reste solide et constitue le socle de la croissance du PIB en 2005 (+ 1,2 %). Depuis 2001 la dépense de consommation des ménages en volume croit à un rythme compris entre 2 et 2,5 %
Tendances longues de la consommation des ménages :
|
valeurs en 2000 |
Taux de variation annuel |
| ||
|
1960 |
1980 |
2000 |
||
alimentation |
28,6 |
17,3 |
14,1 |
110,1 |
2,3 |
habillement |
9,7 |
6,1 |
4,0 |
39,0 |
1,8 |
Logement |
10,7 |
16,8 |
19,1 |
184,6 |
4,0 |
Equipement |
8,4 |
6,8 |
5,1 |
49,0 |
3,0 |
Santé |
1,5 |
2,0 |
2,9 |
28,0 |
6,4 |
Transports, communications |
9,8 |
13,4 |
13,9 |
134,5 |
4,7 |
Loisirs et culture |
6,2 |
7,1 |
7,1 |
68,9 |
4,5 |
Autres |
12,7 |
12,1 |
12,5 |
120,3 |
. |
12,4 |
18,5 |
21,3 |
205,8 |
4,4 |
|
100 |
100 |
100 |
966,5 |
3,4 |
* taux de variation des quantités consommées |
En 2000 sur 100 euros dépensés ; 14,1 étaient consacrés à des dépenses de consommation.
En volume (donc en retirant la hausse des prix) la consommation des ménages a augmenté en moyenne de 3,4 % par an.
La baisse de l’alimentation dans le budget ne signifie pas que les Francais dépensent moins pour l’alimentation (les dépenses alimentaires ont augmenté de 2,3 % en moyenne entre 1950 et 2000) mais que les dépenses alimentaires ont augmenté moins vite que le total.
Le logement est devenu le premier poste de dépense des ménages. La part du logement a doublé dans la consommation effective en 40 ans, et présente le plus fort taux de croissance annuel moyen.
Les ménages consacrent une part de plus en plus importante de leur budget au logement et aux transports : ces deux postes cumulés atteignent 39,6 % de leurs dépenses en 2005.
Les biens et services des technologies de l’information et de la communication séduisent toujours les consommateurs. C’est l’effet d’un renouvellement rapide de l’offre, dont l’attractivité est renforcée par les baisses de prix.
Taux d’équipement des ménages en multimédia par CSP en 2004 |
en % |
Ordinateur |
Internet |
Téléphone portable |
Téléphone fixe |
Magnétoscope |
Téléviseur couleur |
||||||||||||||||||||||||||||||
Agriculteurs |
.59,7 |
47,8 |
73,1 |
97,5 |
75,4 |
96,0 |
||||||||||||||||||||||||||||||
Artisans, commerçants et chefs d’entreprise |
58,2 |
37,7 |
80,8 |
90,0 |
77,1 |
94,5 |
||||||||||||||||||||||||||||||
Cadres, prof. sup. |
80,4 |
66,9 |
86,3 |
94,4 |
79,3 |
92,1 |
||||||||||||||||||||||||||||||
Prof.intermédiaires |
68,9 |
50,5 86,3 87,5 78,1 91,4 Employés 49,8 31,1 81,8 77,5 74,1 93,7 Ouvriers 41,4 21,6 78,2 75,9 78,2 96,6 Retraités 18,4 11,4 42,6 95,8 59,1 97,6 Autres inactifs 52,1 26,7 86,4 38,1 38,1 79,5 Ensemble 45 30,3 69,6 86,5 70,6 94,8 La croissance en volume des biens et services de l’information et de la communication dépasse 10 % par an depuis 1997. La vigueur de la consommation de ces biens est soutenue par la baisse ininterrompue de leu rprix (-6 % en 2005 aprés -5,5 % en 2004).
Les dépenses de santé à la charge des ménages en forte progression Le volume des biens et services de santé restant à la charge des ménages a poursuivi sa forte progression (+6,6 % en 2005 après +7,1% en 2004). La mise en place de la participation forfaitaire d’un euro par consultation chez le médecin et par analyse médicale en laboratoire, ainsi que le moindre remboursement de certains médicaments expliquent des évolutions :
Que peut-on dire de tout ceci ? 1/ Les Francais consomment plus (au détriment de l’épargne). 2/ Les Francais doivent faire face à de nouveaux frais (santé) et pâtissent de la hausse de l’immobilier et des prix des transports. 3/ Les Francais ont de nouveaux besoins (ex. des technologies d’information). Le tout dans un contexte avec un niveau de vie qui baisse ; et une part moins importante des revenus d’activité dans le revenu disponible brut. Tout ceci permet de mieux comprendre le débat actuel sur le pouvoir d’achat.
http://www.mon-pouvoir-dachat.com/pouvoir-achat-effectif-en-France.aspx http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/revenus_pauvrete.htm#definition http://www.insee.fr/fr/ppp/ir/accueil.asp ?page=conso2005/synt/synthese.htm#a05
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