La chrétienté d’un point de vue musulman
La réligion prend une importance ces derniers temps dans l'opinion. Sommes-nous dans une logique d'un retour vers le sacré comme le dit le porfesseur Térré, lequel retour alarme les laïcs ?
Eloignons-nous de laïcité et essayons de parler de quelque chose de plus doux : la chrétienté d'un point de vue musulman, pour donner au débat une autre thématique que celle devenue un refrain satirique et manifestement hostille à l'Islam.
Nous commencerons par une introduction qui nous conduira à une suite de quatre points distincts sur l'esprit, le Père, le Fils avant de finir sur la conception coranique du Christ. Et puis, ne nous fâchons pas, nous placerons cette réflexion dans le cadre des institutions comme toute autre.
La question de la foi, fait social important, est ignorée en droit alors même que croire est un droit subjectif reconnu universellement. La foi est de la religion et la religion un phénomène social dont on doit nécessairement tenir compte dans un état de droit. Une société composée de croyants, qui ne traite pas des questions religieuses, fuit sa propre réalité, se détruit sans raison. Les crises que connait le monde de notre temps s’expliquent en grande partie par l’ignorance que nous avons du fait religieux, considéré comme une question purement privée alors qu’elle est dans la rue, laquelle rue relève du public.
Une confusion me semble être faite, du moins dans la littérature juridique française, entre le privé et le particulier, le général et le public. On peut avoir un droit public particulier tout comme on peut en avoir un privé général. Le statut général de la fonction publique n’empêche pas un autre particulier des fonctionnaires d’une catégorie donnée. Le droit général se rapproche du public, étant qu’il est, naturellement général. S’il arrive au public d’être particulier, ce qui n’en fait pas un privé, c’est qu’il concerne alors une situation publique particulière. Inversement, une chose privée d’intérêt général, pourrait être vue comme une chose publique par nature ou par destination. Par exemple un dispensaire ou une école relevant d’un diocèse, une mosquée, une cathédrale, une synagogue sont bien des biens publics au même titre qu’une école ou un hôpital publics, ou le palais du gouvernement même s’ils ont des fonctions spécifiques. Le fait qu’ils soient d’usage privé n’altère en rien leur nature publique aussi exactement qu’une classe d’une école privée enseigne les mêmes valeurs que dispense l’enseignement public. Un cours de langue ou de science est le même partout, dans le public ou dans le privé, le laïc ou le religieux.
Est-il accompagné du devoir d’être un bon fidèle, un bon citoyen, il n’y a aucun mal en cela. Un cours de théologie, un autre de morale ou du culte, ne nuisent aucunement à l’éducation citoyenne. Ils ne relèvent pas forcément, comme on le croit, du privé ou alors il faudrait en dire de même pour toute l’éducation. Il n’y a aucun mal à ce qu’un instituteur enseigne à un enfant comment pratiquer son culte et de quelle manière il doit s’y prendre pour ne pas porter atteinte au droit d’un autre qui ne le pratique pas. Il n’y a aucune distinction à faire entre former un soldat à faire la guerre et lui enseigner les règles du jihâd. Ce mot noble a été malheureusement travesti par une diabolisation médiatique tendant à lui donner une forme hideuse en camouflant les torts qui fondent quelques cruautés de ses partisans.
C’est pour avoir abandonné le culte à la sphère strictement privée que l’état a altéré les valeurs citoyennes des croyants et mis en danger la société désormais formée par des individus aux connaissances médiocres et dangereux précurseurs de la violence : des enseignants sans pédagogie. Celui qui se fait exploser au milieu des fidèles en prière, dans le but de les massacrer, fait-il du jihad ? Lequel djihad est interdit dans la Kaaba et tout autre temple en principe puisque tous jouent le même rôle.
Bien au contraire, un homme instruit devrait savoir faire la différence entre un innocent et un coupable, entre la légitimité de réclamer un droit devant une instance indiquée et la violation de la loi en se faisant justice soit même. Il y a une grande différence entre tuer un soldat en guerre et un autre paisible citoyen : celle-ci ne combat pas, dit le Prophète, au vu d’une femme tuée lors de la bataille de Khaybar. Ce qui implique aussi un état responsable, qui reconnaisse les droits des citoyens. Un Etat liberticide, qui viole les droits élémentaires de ses populations, les soumet aux humiliations, les persécute dans leur foi, favorise voire cultive l’intolérance.
La France de ces temps, malheureusement, sombre dans cet obscurantisme, assoiffée par une brusque envie de domination et une perversion extrême de sa politique menée par des aventuriers projetés dans la scène politique par les caprices du sort. Une folie de laïcisme qui leur fait perdre la raison, privant des citoyens de l’exercice de leur liberté, au mépris de la constitution et de la de la déclaration de 1789. Dans certains pays musulmans, être islamiste était un calvaire, un crime comme aux temps obscurs de l’Europe médiévale qui semble se répéter avec une islamophobie de plus en plus affichée. Quel tort avaient commis les templiers pour mériter le bûcher[1] ? Quelle était la faute de Jeanne d’Arc[2], pourquoi interdit-on le port du voile en France, pourquoi aujourd’hui massacre-t-on en Afghanistan, en Irak[3], en Palestine ? Pourquoi hier Hama a-t-elle été rasée[4] ? Pourquoi les kurdes ont-ils été gazés sous la bénédiction occidentale ? Pourquoi massacre-t-on au Darfour[5] ?
Pourquoi, au Tchad, nous souffrons d’une guerre endémique, méprisée au profit du Darfour qu’on empêche d’avoir la paix ? Pourquoi maintient-on, par tous les moyens, la Somalie dans l’horreur de la guerre ? Pourquoi les juifs ont-ils été massacrés pendant la seconde guerre occidentale qui a entrainé le monde entier dans le sillage de ses horreurs ? Il ne s’agissait certainement pas de faire plaisir à Dieu. Mais, prenant prétexte dans les écritures saintes, des prédations, dont les juifs ne sont pas les seules victimes pas non plus qu’ils n’en sont moins coupables, des hommes, affolés par la haine et leur grandeur, se sont crus subitement, plus que d’être investis d’une mission divine, eux-mêmes des dieux, qui veulent régner sans partage sur le monde ou le dominer. Ceci peut aussi s’expliquer surtout par l’ignorance qu’on a imposée par un déclassement de la religion en tant que phénomène social, une nature intrinsèque du monde musulman qu’on cherche par tous moyens à rendre athée à défaut d’avoir pu l’évangéliser. On fait semblant de s’en prendre aux fautes du Christianisme et au Judaïsme pour en justifier le dénigrement de l’Islam alors que d’un autre sens on vante les vertus du bouddhisme et défend de manière acharnée l’animisme ou autre culte vaudou comme une croyance martyrisée.
La réflexion qui suit, étudie un cas religieux sensible en tant qu’institution, un véritable fait social : la conception coranique du Christ. Elle a pour but d’expliquer une question sur laquelle les composantes d’une seule nation auraient pu mieux se comprendre et s’aimer au lieu de se détester et se combattre sur une chose qu’ils ont en commun et sur laquelle ils ont seulement des vues différentes. C’est vraiment regrettable qu’un chrétien ou un juif ignore que le musulman croit en la Bible, que le Coran (kitâb كتاب) en est une version aussi exactement que le Pentateuque est inclus dans l’Evangile, lequel ne se limite pas au nouveau testament. Bien entendu, tout ce qui y est dit repose sur la conviction d’un homme et donc contestable aussi bien de la part des musulmans que de celle des chrétiens. Il aura au moins eu le mérite de poser un débat d’idées au lieu d’une confrontation guerrière.
Le texte se construit en quatre parties au mépris des impératifs de la publication française qui le limiterait à trois. Impératifs qui, bien souvent, mènent à mal exprimer sa pensée pour l’avoir comprimée ; ce qui est une source de l’étroitesse des publications francophones beaucoup plus axées sur la forme que sur le fond, une sorte de galerie d’art que rien ne justifie. Peut-on se faire comprendre d’un seul trait, tant mieux. Faudrait-il le faire en plusieurs phases ? Il n’y a aucun mal en cela. Le plan et la méthode ne sont que des moyens pour réaliser un but, celui de communiquer un message. De quelle manière qu’il peut passer, c’est l’essentiel. Le plan est en effet un squelette : comme les os, ses articulations ne sont pas uniformes. Le fémur, le tibia, le péroné, le radius et le cubitus sont des os longs. On ne peut les comparer aux os du crâne, les omoplates et autres tarses et métatarses qui sont plats ou composés. Ainsi peuvent se comprendre les différences entre les articulations d’un sujet. Nous présentons ainsi une conception que nous nous sommes faite du Christ en tant que nous sommes musulman. Un débat bien ancien, posé en terre africaine d’Egypte et qui a donné naissance au concile de Nicée, d’où le « crédo » chrétien sur le Christ, du moins pour ce qui concerne l’Eglise romaine.
On a trop vite conclu, du moins sur le plan politique avec l’ascension de Théodose (378-395), en oubliant les apôtres dont Jacques et Etienne pour ne citer que ceux-là, que le conflit du dogme au sein de la l’Eglise africaine d’Egypte, a été tranché avec le concile de Nicée en 325 après Jésus Christ. En 571, soit environ deux siècles et demi après, naissait à la Mekke, Mahomet, messager de l’Islam, qui proclame les enseignements des apôtres les plus proches du Christ (Etienne, Jaques) défendue par le moine égyptien Arius, sans doute adepte de Marc. Mahomet qui annonce son message de par la révélation qu’il a reçue de Dieu par l’archange Gabriel, aux environs de 611, condamne Paul et son disciple Alexandre (Evêque d’Alexandrie), rapporte dans sa clarté l’Evangile tel que le proclamait Pierre devant les pèlerins juifs vers les années trente[6], contrairement aux élucubrations d’Augustin (354-430)[7] : « Dis que Dieu est Un, Unique, n’a pas d’enfant et n’a point été enfanté »[8]. Il est demandé expressément aux chrétiens de cesser de croire en la trinité pourtant nulle part rapportée dans les évangiles mais plutôt puisée de la mythologie grecque. Elle rappelle bien l’histoire de Prométhée et sa mère se plaçant volontairement auprès de Zeus son père. Une trinité de père, fils et mère que nie le Coran : « Jésus, fils de Marie, est l’envoyé de Dieu, sa parole, placée en Marie et un Esprit de lui. Croyez alors en Dieu et ses Messagers et mieux vous vaut de cessez de dire trois. Dieu est une divinité unique, exalté soit-il d’avoir un enfant »[9]. Le dieu « qui n’a jamais eu ni fils, ni compagne »[10]. La divinité du Christ est absolument exclue, affirmant sa nature humaine, celle du fils de l’homme des évangiles. De là se pose la question du fils devenu en même temps Dieu dans la croyance chrétienne que j’aimerais analyser loin d’un cliché figé.
Je voudrais analyser la question au regard des textes coraniques et également en tenant compte de la foi chrétienne en tant qu’elle repose sur la trinité et la nature divine du Christ. Et la Bible, à laquelle je fais référence, il faudrait bien le noter, est celle traduite en français et, tout particulièrement, celle de Louis Segond.
Ma lecture des Evangiles, m’amène, à l’exclusion de Jean et les actes des apôtres dont les épitres de Paul, à m’interroger si la traduction n’y a pas joué un rôle. Les notions de père, fils ou d’esprit pouvant bien avoir subies quelques déformations d’où la divergence absolue entre le nazérisme (christianisme originel, dit aussi « primitif ») et le christianisme romain, entre Islam et Chrétienté. Je crois comprendre que, dans la littérature française, il s’est imposé une confusion entre les mots dieu et ange. Nana Mouskouri, dont je suis presque amoureux, dans son album « pour mieux t’aimer » dit : « et si tu es dieu, je saurais faire tes miracles ; et si tu es le diable, je choisis ton enfer ». Elle dit bien Dieu et le diable et non pas dieu et diable. Elle disait « et si tu es un dieu » et, à la faveur de la minuscule, on en traduirait « et si tu es un ange ». Malheureusement elle n’écrit pas, elle chante, décidée qu’elle est à suivre son diable jusqu’aux enfers. Sheila, dans « les rois mages », était plus sage : « je te suivrais, où tu iras j’irais, fidèle comme une ombre, jusqu’à destination ». Et je crois bien qu’elle s’arrêtera à la porte de l’enfer s’il voudrait y aller lui. Moi je n’aurais, en tout cas, aucune envie d’y aller, fût-ce avec celle qui serait pour moi la plus chère créature du monde. C’est déjà suffisant que d’avoir été un citoyen d’un état africain. J’en assignerais le colonisateur devant la justice de notre Créateur comme les templiers ont assigné Philipe le Bel et le Pape Clément V, son complice. Laissons-les, ces vieilles, avec leurs amours et revenons à notre réflexion.
Dans la genèse coranique, Satan se rebelle à l’ordre divin observé par les anges. Nous avons alors trois acteurs : Dieu qui ordonne, les anges qui obéissent et Satan qui se rebelle[11]. J’ai cru comprendre alors que ce que les français traduisent par les dieux de la littérature grecque est ce qui correspondrait dans la littérature biblique et coranique aux anges dont Michel (مكائيل) et Gabriel (جبرائيل). Lesquels anges sont bien des esprits purs, non pas des humains, et qui s’opposent aux esprits malins, obscurs que sont les diables. Et c’est justement dans le concept de l’esprit que se pose en fait le conflit entre l’Islam et la Chrétienté, sur le miracle du Christ et le mystère de la divinité. Entre les notions chrétiennes du Saint Esprit au Père (I), et du Père au fils (II), notre regard attentif dégage le vrai mystère (III) qui fonde la conception coranique de Jésus (IV).
[1] Massacrés par Philippe le Bel, roi de France (1268-1314) avec la complicité du pape Clément V, successeur imposé de Boniface III, persécuté puis emprisonné par le roi de France. Ils auraient cru en un Prophète du nom de Baphomet (Mahomet ?). On raconte qu’ils ont été maudits jusqu’à la quatrième ou cinquième génération.
[2] Jeanne d’Arc, la pucelle (1412-1431) exécutée par consumation par un jugement rendu par l’évêque Cauchon le 29 mai 1431.
[3] Ces deux pays ont été agressées par les USA sous prétexte des évènements du 11 septembre avec l’appui malicieux de l’Onu devenue un instrument aux mains des américains. Aujourd’hui c’est au tour de la Libye où on les massacre pour les libérer.
[4] Hama, ville syrienne, assiégée par les forces armées syriennes sous le commandement de Rif-at al Asad en 1982 et entièrement rasée dans une folie de pouvoir. Ce sanguinaire est recueilli en France où il se refugia après une brouille avec son frère Hafez Al Asad. Aujourd’hui soutenu par la même France pour renverser le pouvoir de son neveu Bachar.
[5] Ancien royaume de l’actuel ouest soudan. Une dramatisation à outrance d’un conflit national a amené à une tutelle de fait de la région, empêchant toute solution pacifique par les interférences néfastes de la France et des USA dans les affaires intérieures d’un Etat souverain sous le fallacieux prétexte de la protection des victimes civiles. Dans les faits on cherche par tous moyens à renverser un régime jugé hostile à l’occident. On ne parle plus du Darfour depuis la partition du Soudan. Le gouvernement soudanais a activement pris part à l’invasion de la Libye, soit disant pour protéger des civils, massacrés sans pitié par la coalition occidentale, en violation de toutes normes, réduisant au chaos un pays naguère prospère.
[6] Jean Comby, pour lire l’Histoire de l’Eglise, Cerf, 1984, pp. 17-21, 61-62.
[7] C’est un grand pédagogue dont l’œuvre peut être consultée dans le logiciel Ictus 3.
[8] Le dévouement (al ikhlâs فل هو الله أحد، ألله الصمد، لم يلد و لم يولد و لم يكن له كفوا أحد : الإخلاص).
[9] Les femmes, verset 171 : إنما المسيح عيسى ابن مريم رسول الله و كلمته ألقائها إلي مريم و روح منه. فآمنوا بالله و رسله و لا تقولوا ثلاثة. انتهوا خير لكم إنما الله إله واحد سبحنه أن يكون له ولد.
[10] Al djin, verset 3.
[11] La vache, versets 31 et suivant.
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