Annulation du mariage d’une musulmane non vierge par le TGI de Lille : le triomphe judiciaire des « idées » de Michel Fourniret !
L’invraisemblable décision moyenâgeuse du Tribunal de grande instance de Lille d’annuler un mariage sous prétexte que la mariée n’était pas vierge, non seulement constitue une tentative scandaleuse d’application subreptice de la charia en France, mais glorifie une pseudo-valeur ayant servi dernièrement de prétexte à un criminel en série. Examinons les faits :
En juillet 2006, un ingénieur, récemment converti à l’islam (selon France Inter), âgé d’une trentaine d’années, épouse une étudiante ayant, par tradition familiale, la même religion. La fiancée lui avait dit avant le mariage qu’elle n’avait jamais eu de rapports, néanmoins, aucun saignement ne s’étant produit au moment de la nuit de noces, vers quatre heures du matin, le jeune marié rejoint ses invités et fait un scandale. L’épouse est reconduite dans sa famille par le père du marié.
L’époux décide de se séparer de sa femme, en utilisant la procédure juridique de nullité relative, sa femme ayant en effet reconnu avoir déjà eu des rapports sexuels dans le passé. Elle avait caché la vérité, convaincue que son fiancé ne l’aurait jamais épousée s’il avait connu la réalité.
Le jugement s’est donc basé sur l’article 180 du Code civil qui stipule :
"S’il y a eu erreur dans la personne, ou sur des qualités essentielles de la personne, l’autre époux peut demander la nullité du mariage."
Lexinter
Selon le jugement publié dans la revue juridique Le Recueil Dalloz, le tribunal a annulé l’union estimant que l’époux l’avait conclue "sous l’empire d’une erreur objective". Or "une telle erreur était déterminante".
Selon Me Xavier Labbé, avocat du plaignant, "la question de la religion n’est pas essentielle". "Il faut ramener la question au mensonge. La solution aurait été la même pour quelqu’un ayant (...) caché quatre pages de casier judiciaire, le fait d’avoir été plusieurs fois marié ou de s’être prostitué". "L’exemple traditionnel qu’on donne aux étudiants, c’est celui d’une femme qui a épousé un homme sans savoir qu’il était ancien bagnard. C’est le fameux arrêt Berthon qui date de 1868.
Le texte à peu près complet du jugement peut être trouvé ici :
http://www.maitre-eolas.fr/tgi-lille-1er-avril-2008
Que penser de cette affaire qui semble nous venir du fond des âges ?
Tout d’abord, on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec l’affaire Michel Fourniret, dont la condamnation à la prison à perpétuité incompressible a été prononcée la veille de la révélation de l’affaire de Lille. Quel rapport entre les deux affaires, me demanderez-vous ? Il est très simple : c’est le mobile allégué par Michel Fourniret comme "justification" à ses meurtres en série. En effet, "il aurait été traumatisé de découvrir que sa première femme, épousée dans les années 60, n’était pas vierge", d’où une rancœur qui, selon ses dires, est à l’origine de son parcours criminel.
En considérant la virginité comme faisant partie des "qualités essentielles de la personne", le juge établit (au nom de la République et du peuple français, qui se retrouvent éclaboussés par la honte d’un tel jugement !) une sacralisation de la virginité, qui consacre judiciairement les minables considérations sur la virginité ayant servi de mobile à Fourniret pour ses crimes en série. On ose à peine imaginer la jubilation que celui-ci a dû ressentir en apprenant à la radio cette affaire de Lille, et ce d’autant que, si l’on en croit certains commentaires radiophoniques, le magistrat ayant pondu ce jugement de Lille serait une femme. Sans doute celle-ci voulait-elle tenter de valider l’aphorisme grec qui stipule que "sur dix misogynes, neuf sont des femmes !"
Ce jugement du TGI de Lille constitue donc une véritable insulte pour la mémoire des victimes de Fourniret, assassinées au nom de la sacralisation de la virginité, mais aussi pour toutes les femmes qui, dans le monde, sont assassinées au cours de "crimes d’honneur" en raison de leur non-virginité réelle ou supposée, et de toutes les jeunes filles qui, en Iran et dans d’autres pays musulmans, se font pendre ou décapiter par la "justice" de leur pays pour ce motif.
Attaquons-nous maintenant aux inénarrables sophismes de l’avocat du mari, Me Labbée. Lorsque celui-ci prétend, avec une mauvaise foi confondante, que, dans ce jugement, la question de la religion n’est pas essentielle, il se moque du monde. Imaginons que cette affaire ait concerné un couple dont les deux époux auraient été sans religion, ou même simplement catholiques, il est hautement vraisemblable que le mari aurait été débouté, ou que l’affaire n’aurait même pas abouti jusqu’au jugement ! Il faut dire que, dans ce cas, le mari n’aurait jamais eu l’idée de se plaindre à ses convives sous peine de se couvrir de ridicule, voire de se faire tabasser par sa belle-famille !
En rendant ce jugement, le TGI de Lille pratique insidieusement une politique d’immixtion de traditions religieuses dans un verdict qui, en France, aurait dû être laïc. Le TGI de Lille s’inspire ainsi, volontairement ou non, de la politique multiculturaliste, dite des "accommodements raisonnables", qui sévit au Canada. A noter que cette politique canadienne "politiquement correcte", en raison des litiges absurdes qui en résultent, a fait l’objet d’une salutaire révolte citoyenne, en particulier dans la commune québécoise d’Hérouxville. Cette révolte a atteint un tel point que le gouvernement canadien a tenté, sans grand succès, de calmer le jeu en commandant un rapport, le fameux rapport Bouchard-Taylor, consultable ici.
De la page 48 à la page 60 de ce rapport, on peut trouver l’ensemble des litiges et décisions judiciaires considérés comme "accommodements raisonnables" au Canada. Page 49 paragraphe 4 : "l’argument culturel et religieux comme facteur atténuant", on trouve la décision judiciaire suivante : "En janvier 1994, la juge en chef de la Cour municipale de Montréal rendait sa décision dans la cause d’un homme accusé d’avoir agressé sa belle-fille mineure : la juge Verreault considérait comme facteur atténuant le fait que l’agresseur aurait eu le souci de sodomiser sa victime afin de préserver sa virginité" (sic !). L’annonce de ce jugement a déclenché une vive polémique...
On voit donc que la sacralisation de la virginité, entérinée par le TGI de Lille qui la qualifie de "qualité essentielle", est une décision en fait fondée sur un multiculturalisme religieux et un relativisme culturel profondément anti-républicain et anti-laïc, aboutissant à une monstruosité judiciaire du même ordre que celle de ce verdict canadien !
Par ailleurs, selon la jurisprudence relatée ici :
http://boymottard.wordpress.com/
les "qualités essentielles" doivent être "objectivement" constatées, c’est-à-dire apparaître comme telles aux yeux de l’opinion publique. Or, il y a longtemps que la virginité ne fait plus figure de qualité essentielle dans le pays de Rabelais, et suscite plutôt l’ironie amusée ! Quelques exemples pour s’en convaincre :
- Le poème Du pucelage écrit par François de Maucroix (1619-1708) que l’on peut lire ici :
http://www.webzine-entre-nous.com/index.php?action=article&numero=127
- Une citation de Voltaire, le plus grand et le plus respecté des philosophes français : "C’est une superstition de l’esprit humain d’avoir imaginé que la virginité pourrait être une vertu" (dans : Le Sottisier, Voltaire, éd. Garnier 1883, p. 279).
- Les refrains de chansons archi-populaires connues de tous, ironisant sur la virginité, et qui manquent rarement d’être entonnées en fin de banquet de mariage ou en salle de garde, à lire ici :
http://www.abbe-priape.com/chansons/camaret.htm
et ici :
http://bmarcore.club.fr/paillardes/P156.htm
A noter que "l’erreur sur les qualités essentielles du conjoint", à la base de ce jugement, fait irrésistiblement penser à la fameuse "tromperie sur les qualités substantielles d’un produit", chef d’accusation qui avait été retenu dans la fameuse affaire dite "du sang contaminé". On voit que, dans le jugement, la mariée est pratiquement ravalée au rang de marchandise inutilisable, à l’instar d’une pochette de sang contaminé, ou alors atteinte d’un "vice caché" comme la voiture d’occasion vendue par un garagiste margoulin.
Revenons aux élucubrations de l’avocat du mari.
Lorsqu’il affirme avec aplomb que c’est le mensonge qui est à l’origine de l’annulation du mariage, alors, si on le suit dans son raisonnement, c’est l’ensemble des mariages qui devraient être annulés : en effet, le mensonge est une partie intégrante et indispensable de la séduction, et de ses corollaires facultatifs, l’amour ou le mariage : un homme qui préfère les blondes se marie avec une brune teinte en blonde, qui ne lui avait pas révélé la chose ? Erreur sur une qualité essentielle de sa femme ! Annulons donc ! Une femme se parfume ? Tromperie sur son odeur corporelle, qualité essentielle, pourtant ! Une femme se maquille en vue de masquer son teint blafard ? Encore erreur et tromperie ! Ne parlons pas de la chirurgie esthétique, dont les effets ne seront certes pas hérités par la future progéniture de l’épouse artificiellement embellie... Un jeune homme, dans un but de séduction, fait semblant d’être plein aux as en achetant une belle décapotable, ce qui met son compte en banque à sec pour dix ans ? Tromperie sur les qualités substantielles du futur mari ! Annulons, annulons ! Combien d’hommes célibataires font de la musculation, qui, dès le mariage signé, arrêteront cette activité fastidieuse et se vautreront sur le canapé avec une bière devant la retransmission du football : mensonge et tromperie sur les qualités essentielles !
Lorsque cet avocat ose assimiler une perte de virginité avec quatre pages de casier judiciaire, cela revient à nier à toute femme le droit, qu’on pensait acquis de nos jours, de disposer de son corps et de prendre du plaisir comme bon lui semble, droit qui fait figure de délit dans la bouche de cet avocat.
C’est ainsi que le TGI de Lille, probablement inspiré par un très politiquement correct "droit à la différence" aboutit dans son jugement à une différence des droits et établit deux catégories juridiques de Françaises : celles qui peuvent faire l’amour avant le mariage comme bon leur semble, sans avoir à s’en justifier à qui que ce soit, pas même à leur futur mari, et celles qui ne le peuvent pas, en raison de leur appartenance religieuse, sous peine d’annulation de leur mariage civil (mariage pourtant donc normalement laïc et donc se désintéressant de toutes considérations religieuses). Ainsi le multiculturalisme, et l’anti-laïcité qui va avec, aboutissent à un bien peu républicain apartheid juridique.
Pour en finir une bonne fois pour toutes avec cette prétendue "qualité essentielle", il n’est pas inutile de faire un détour par des considérations médicales. La virginité consiste en fin de compte, pour une femme, à avoir son hymen intact. L’hymen est une petite membrane qui ferme partiellement l’orifice vaginal à 1 cm de celui-ci. Cette membrane est partiellement ouverte, ce qui permet l’écoulement des règles. Elle n’a aucune utilité physiologique : il s’agit d’un reliquat embryonnaire d’une membrane qui sépare au cours de l’organogenèse les deux parties du vagin, d’origine embryologique différente. Il en existe de nombreuses variétés anatomiques allant de l’imperforation hyménéale (aboutissant à la puberté à un hématométrocolpos nécessitant une incision) à la quasi-absence d’hymen. Compte tenu de cette variabilité anatomique et des ruptures de l’hymen liées au sport ou à l’usage de tampons périodiques, une grande proportion de jeunes filles n’ont de toutes façons aucun saignement lors du premier rapport, et donc pourraient passer pour non-vierges. Cette absence d’un vestige embryonnaire complètement inutile ne saurait donc être considérée comme une cause valable d’annulation de mariage, sauf à annuler également le mariage de celles qui auraient oublié de signaler à leur mari qu’elles avaient été opérées d’une appendicite dans l’enfance !
A noter que l’ordre des médecins proscrit à juste titre aux médecins la rédaction de certificats de virginité, sauf dans le cadre de certificats descriptifs pour viol.
Les interventions de reconstruction de l’hymen, dont la demande risque d’exploser suite à ce jugement, sont fortement critiquées par Emile Daraï, secrétaire général du Collège des gynécologues dans une interview au Figaro.
De nombreuses réactions indignées des partis politiques et de certains membres du gouvernement ont été publiées. Néanmoins, force est de constater que certaines d’entre elles ne manquent pas d’hypocrisie, dans un contexte actuel d’attaques de tous les côtés contre la laïcité de l’Etat et la loi de 1905.
On est certes heureux d’entendre que le PS a dénoncé un jugement "atterrant" qui "bafoue le droit des femmes à disposer de leur corps et à vivre librement, comme les hommes, leur sexualité". Admirable déclaration de principe, néanmoins contredite par les agissements antérieurs d’éminents membres de ce même parti ! Tiens, n’est-ce pas à Lille, justement, que Martine Aubry a décidé, en toute illégalité, d’un apartheid dans les piscines municipales, en créant des horaires spéciaux pour les femmes musulmanes afin que celles-ci n’y soient point vues par les hommes, officialisant ainsi une sacralisation de la pudibonderie fort semblable à la sacralisation de la virginité ? Aurait-elle donné des idées à la présidente du TGI voisin ?
Et à Rennes, n’est-ce pas un socialiste, Edmond Hervé, qui a financé à grands frais un prétendu "centre culturel musulman" qui est en grande partie constitué d’une salle de prières, autrement dit d’une mosquée, dans laquelle des imams ne manqueront pas d’inculquer à leurs ouailles, dans leurs sermons, des idées préhistoriques sur le caractère sacré de la virginité ?
Pour l’instant, on n’a pas vu (et on ne risque malheureusement guère de voir) le PS vouloir exclure de ses rangs ces deux anti-laïcs notoires...
Côté UMP et gouvernement, on pourrait se féliciter des réactions du secrétaire d’Etat à la solidarité, Valérie Liétard, selon laquelle "une telle décision est une atteinte à l’intégrité des femmes et une violation aux droits fondamentaux de tout individu". On ne peut qu’approuver Fadela Amara lorsqu’elle déclare "C’est un véritable scandale, une vraie fatwa contre l’émancipation des femmes. J’ai cru que l’on parlait d’un verdict rendu à Kandahar", et qu’elle ajoute : "c’est la porte ouverte à n’importe quoi, une vraie régression, un camouflet pour la liberté des femmes et même pour notre pays".
Mais cette vraie régression a un grand chef d’orchestre, j’ai nommé leur supérieur hiérarchique et inspirateur politique, chanoine de Latran et président de la République, Nicolas Sarkozy ! N’est-ce pas lui qui a prononcé des discours d’une virulence anti-laïque sans précédent, à Latran et surtout à Riyad, devant un parterre de potentats de cette théocratie si cruelle pour la liberté et les droits des femmes ? Lui qui constitutionnellement a pourtant pour première fonction de faire respecter la Constitution, dont les premiers mots stipulent que la France est une République laïque ? S’est-il trouvé un seul député UMP pour demander la réunion du Parlement en Haute-Cour pour sanctionner ce manquement grave du président aux fonctions pour lesquelles il a été élu par le peuple ?
Comment un petit tribunal de Lille ne serait-il pas influencé par ce vent mauvais de cléricalisme émanant du sommet de l’Etat ?
Enfin, un carton rouge, très rouge, pour l’émission On refait le monde sur RTL, dans laquelle certains des journalistes, invités à débattre sur ce sujet, ont osé prononcer sans vergogne les mots d’islamophobie et de racisme anti-musulman en parlant des réactions indignées suscitées par cette décision du TGI ! Je ne citerai pas de noms, ils se reconnaîtront...
Terminons sur une note légère avec la fin du poème de François de Maucroix (1619-1708) :
- A quel jeu, Belle Janeton,
As-tu perdu ton pucelage ?
- Au doux jeu du vit et du con.
- Mon Dieu ! Le plaisant assemblage !
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