Libération sexuelle
La plupart des gens pensent que les valeurs sont éternelles et qu’on ne transige pas avec. Cela s’applique fortement, ces temps, aux crimes sexuels.
En fait, les valeurs, comme tant de choses sur terre, sont cycliques : elles tournent.
En matière sexuelle, nous sommes passés en 50 ans de l’idée et du sentiment que la sexualité était un terrain d’aventures, d’expérimentations, de plaisir, de joie de vivre, un élément essentiel de la vie à l’idée et le sentiment que la sexualité est le terrain des pires crimes et des plus graves culpabilités.
On a inversé totalement les valeurs, ce qui n’est pas spécifique de ce domaine de la sexualité.

On juge le passé avec nos nouvelles valeurs, en prétendant qu’elles n’ont rien de nouveau, et l’on s’indigne de certains passages de télévision, trouvant incompréhensible qu’elle ait été possible et non ou peu problématique à l’époque. Si l’on prend « Des cannibales » ou « Des coches » essais de Montaigne au programme du bac, un des arguments, contre le racisme et pour la tolérance, réside dans le fait que l’on ne peut juger les autres avec les mesures de notre culture ou civilisation. Sans quoi, on les trouve « barbares », « primitifs » … Ceux qui s'offusquent du cannibalisme pratiquent la torture. Il faut mesurer par aller-retour, en quelque sorte.
Vérité au-delà des Pyrénées erreur en deçà, disait Pascal.
Il en est de même pour les différences dans le temps. Le temps est une dimension de l’existence difficile à prendre en compte, d’une manière générale.
Dans les années 70, on vivait une sexualité nouvelle, qu’on estimait naturelle, qui visait un plaisir partagé. On avait l’impression de sortir d’une longue nuit dans laquelle la sexualité était une tristesse, un passage obligé pour la procréation, une sorte d’indignité assez incompréhensible que Dieu avait donné aux hommes et dont il ne savait pas bien que faire.
Je suis né en 1953. J’ai été élevé dans cette idée qu’il y avait la « femme de ma vie », que je devais lui être fidèle, avant même de la rencontrer et que c’était la même chose pour elle. Avec mai 68 et la pilule, tout changeait, on faisait l’amour dans de petites amours. On n’attendait pas le mariage indissoluble et absolu. C’était une libération magnifique, un bonheur. Le fait que seule la femme prenait le médicament contraceptif était un peu embêtant, mais on comprenait qu’il était plus facile de contrer un ovule par mois que des millions de spermatozoïdes. Chaque petit amour pouvait devenir grand et mes grandes amours sont commencés petits. Wolinski écrivait « Ah bas l’amour copain ». L’amour copain, c’était notre quotidien. L’avortement était légalisé, complétant cet état d’esprit commun (même si un avortement n’est pas souhaitable). On était en train d’en finir avec la « phallocratie ».
On racontait que certains hommes, qui n’avaient pas compris ce mouvement de partage des corps, de partage du plaisir, voyait le coït comme « un viol poli ». On les plaignait d’être restés dans l’ancienne idée du plaisir de l’homme et de la disponibilité de la femme. Nous étions mentalement dans l’amour, l’égalité, contre ces idées tristes de « devoir conjugal ».
Dans ce mouvement de libération sexuelle, les homos se manifestaient de plus en plus forts, et l’idée que l’entrée dans la vie sexuelle pouvait se commencer plus tôt que dans la précédente période de répression de la sexualité participait à cette libération.
Tout cela était dans une expansion de la sexualité comme liberté et bonheur. Un travail sociétal et personnel de chacun vers l’égalité des femmes et des hommes était accompli. On intégrait les déviants, on les intégrait dans la norme, on ne leur faisait plus d’ennuis pour ces sexualités étranges, différentes.
Puis, il y eut le SIDA, qui touchait surtout les homos. Le terrain d’aventure devenait dangereux, d’un danger invisible et aléatoire. Un fort activisme des homos, lié à cette « punition » de leur homosexualité leur a donné beaucoup de sympathie. La médecine trouva des « solutions » à la maladie et la société leur donna le mariage… la sanction de l’homophobie… etc.
Dans l’élargissement de la sexualité et, pour certains, des sexualités, arrivèrent les transsexuels, s’appelant LGBT et l’extension est prévu LGBTQ+…
Arriva aussi le développent de la pornographie. Avec le Net, les enfants voient des scènes de relations sexuelles, qui sont pratiquées comme des performances, des exploits sportifs. Qui parle de cela ? Qui songe à protéger les enfants de cette vision-là ? C’est pourtant une entrée dans la sexualité adulte, comme spectateur peut-être, extrêmement précoce.
Cependant, l’avancement de l’âge d’entrée dans la sexualité est sorti (entrée-sortie) de cette extension LGBT.
La question « sucer, c’est tromper ? » devient concrète. On en rit ; et on répond. L’amour et la fidélité deviennent techniques. Ce n’est pas le sentiment qui compte, c’est la technique sexuelle, génitale employée.
Les luttes des femmes prirent une autre tournure. Élisabeth Badinter écrivit : « fausse piste » : on ne fera pas l’égalité entre les hommes et les femmes en accablant les hommes de la culpabilité d’avoir empêché cette égalité de tout temps, il faut faire l’égalité dans un chemin égalitaire. La fin ne justifie pas les moyens ; le but et le chemin doivent avoir la même forme. Livre hué. La culpabilité des hommes monta comme « définition » de la domination masculine, exit la phallocratie. La domination masculine devint le principe de base de toute observation sur les relations entre les femmes et les hommes : elle est permanente, aucune situation n’y échappe, aucune femme n’y échappe, aucun homme n’y échappe, elle est la faute exclusive des hommes. Il y eut de plus en plus de formes de plaintes. Je viens de trouver « la charge sexuelle » qui pèse sur les femmes et s’ajoute à la « charge mentale ».
Il y a la « zone grise » (du consentement) : une femme raconte qu’elle revient d’un camp de vacances, où elle était monitrice. Un moniteur la ramène à Paris, où elle a un train le lendemain pour chez elle. Elle passe la nuit avec lui, chez lui et ils font l’amour. Zone grise. Était-elle consentante ? Vingt ans après, elle se demande. Quinze jours de plein air, dans une ambiance joyeuse, exaltante, il est sympa, il est mignon… Ils baisent. Est-ce que tous ces éléments de la situation n’ont pas profité au garçon qui a obtenu ainsi un consentement un peu rusé. Elle est reçue à la radio et nous explique ça. Comprenez : il y a des viols sans violence, des demis-viols, si on peut dire, des viols inodores, insensibles, qui ressemblent à nos petites amours mais qui si on y réfléchit bien (en fait on y réfléchit d’une certaine façon) sont des viols masqués. Ailleurs, on hurle à la « culture du viol ».
On est revenu au départ : des femmes sans désir assaillies pas des hommes qui n’attendent pas leur « consentement ». Le coït est redevenu un « viol poli », qui se croit progressiste, prétendument progressiste, côté féministe cette fois. Dans la culpabilité identitaire des hommes, le consentement n’est jamais parfait, il est toujours susceptible d’être remis en cause, même des années plus tard. Bref, c’est l’insécurité sociétale pour les hommes qui aiment les femmes. D’ailleurs, l’hétéronorme fait l’objet de dénigrements fréquents, sans qu’on sache bien ce qu’on lui reproche. Il y a une sorte d’inversion du système : ceux qui étaient en périphérie tentent de chasser et de « persécuter » ceux qui étaient au centre.
J’ai travaillé en lycée, et j’ai vu la détresse morale des jeunes garçons à qui on répète depuis la maternelle que leur sexualité est coupable, sauf s’ils obtiennent le « consentement ». (il faudrait dire la part masculine de la sexualité humaine et non la sexualité des hommes). A chaque nouvel homme connu célèbre qui se fait prendre, des années après, les jeunes garçons entendent la répétition du fait que c’est de tout temps, dans tous les milieux, que tous les hommes en sont capables, même ceux qui n’ont jamais fait rien de mal dans leur sexualité… Une bédé représente tous les hommes en crocodiles (harceleurs de rue), seules les femmes sont humaines, parce que dit l’auteur « ils ont le « privilège masculin » » même s’ils ne s’en sont pas servis, ils l’ont ! Culpabilité sans actes, sans faits reprochables.
Pour contrer le caractère inadmissible de cette condamnation identitaire, il est dit que c’est question d’éducation. Sauf que l’éducation est faite par les femmes depuis la nuit des temps (80% de femmes dans le primaire, personne n’y demande la parité ! Sans compter l’école « maternelle »).
On nous parle sans cesse du clitoris que les hommes ignoreraient. C’est sensiblement dans les mêmes termes qu’en 1970, (hormis le schéma du clitoris qu’on n’avait pas) sauf qu’en 70, on sortait d’une longue nuit de répression chrétienne et bourgeoise, et on allait vers la solution, alors que maintenant, le ton est plutôt : « il faut leur expliquer longtemps, ils n’arrivent pas à comprendre. »
Dans ce contexte, les milleniums connaissent une baisse de leur activité sexuelle, ce qui est interprété pour tous ceux qui voient dans ce qui s’appelle le féminisme une revendication égalitaire, comme l’invention d’une nouvelle sexualité.
En 2016, 20,3% des Allemands âgés de 18 à 30 ans déclaraient être abstinents depuis au moins un an. En 2000, 51,8% des 18-24 ans déclaraient avoir une relation sexuelle au moins une fois par semaine (65,3% pour les 25-34 ans). En 2018, ces chiffres plongent respectivement à 37,4% et 50,3%. Entre 2000 et 2018, le pourcentage de garçons âgés de 18 à 24 ans déclarant n'avoir eu aucune activité sexuelle au cours de l'année écoulée est passé de 18,9% à 30,9%.
C’est de la répression. Nous sommes revenus au point de départ, pas tout à fait le même point mais aussi frustrant, aussi fatigant, aussi anti-vie, opposé à l’énergie vitale qui nous habite et nous devrait nous mener.
Le bouquet, à ma connaissance, de cette idéologie mortifère est Maïa Mazaurette, qui nous explique sans cesse, comme une maitresse d’école des années 50, ce que nous ne faisons pas et que nous devrions faire pour être les « inventeurs » frigides (les abstinents en fait) que la statistique découvre. C’est toujours du côté de la solitude (le bonheur de la masturbation…), du même, rien vers l’autre, rien vers l’aventure. Une codification stricte des bons comportements. Elle est normative, elle dit ce qu’il faut faire, elle est normative et autoritaire (autorité douce : sourire et mot gentil, mais inflexible sur le fond). Elle n’est pas du tout analytique, et se présente tout de même comme corrigeant des siècles d’erreur.
Il y a quelques voix divergentes : Peggy Sastre, essayiste, Emma Becker, écrivaine, Élisabeth Badinter, déjà citée et qui n’a pas développé sa thèse, devant la force et la multitude des attaques qu’elle a dû encaissées, Alexandra de Taddeo qui écrit : « Aujourd'hui, pour être une bonne féministe, il faut rentrer dans un certain nombre de codes : être une victime qui prend sa revanche et être moralement parfaite. » Peu de personnes qu’on n’entend pas.
Il faudrait tout de même sortir de cette idée que l’état de cette idéologie « féministe » n’est pas la réalisation d’une voix droite qui accomplit toujours plus de bien, mais une construction historique qui a sa place dans un cycle, une rotation des valeurs, et que la régressions en œuvre actuellement nécessite de donner un bon coup d’accélérateur pour inverser la tendance et de retrouver un amour de la vie.
36 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON