Je présume que dans un futur pas si lointain « père » et « mère » seront des mots vulgaires à bannir de notre vocabulaire.
— Mon père ! Ce mot (car « père » n’était pas tant obscène — en raison de la distance que ce terme impliquait par rapport aux secrets répugnants et immoraux de l’enfantement — que simplement grossier, c’était une inconvenance scatologique plutôt que pornographique), ce mot comiquement ordurier provoqua un soulagement dans ce qui était devenu une tension absolument intolérable. Des rires éclatèrent, énormes, quasi hystériques, en rafales successives, comme s’ils n’allaient plus s’arrêter. « Mon père », et c’était le Directeur ! « Mon père ! » Oh ! Ford, oh ! Ford. Cela, c’était véritablement par trop énorme ! Les hoquets et les tempêtes de rire se renouvelèrent, les visages paraissaient être sur le point de voler en éclats, les larmes ruisselaient. Six nouveaux tubes de spermatozoïdes furent renversés. « Mon père ! » Blême, les yeux hagards, le Directeur jetait alentour des regards ébahis, souffrant le martyre de l’humiliation abasourdie. « Mon père ! » Les rires, qui avaient semblé vouloir s’apaiser, éclatèrent de nouveau, plus vigoureux que jamais. Il se couvrit les oreilles de ses mains et se précipita hors de la pièce.
« Mais tout ceci n’est pas grave parce que ce n’est pas parce que l’homme veut nier la nature qu’il y parviendra ! »
Foi optimiste que j’aimerai partager mais je crains que l’homme n’ait développé des techniques susceptibles de vaincre la nature en de nombreux domaines, notamment la procréation.
"Amour. Avec ce mot on explique tout, on pardonne tout, on valide tout, parce que l’on ne cherche jamais à savoir ce qu’il contient. C’est le mot de passe qui permet d’ouvrir les coeurs, les sexes, les sacristies et les communautés humaines. Il couvre d’un voile prétendument désintéressé, voire transcendant, la recherche de la dominance et le prétendu instinct de propriété. C’est un mot qui ment à longueur de journée et ce mensonge est accepté, la larme à l’oeil, sans discussion, par tous les hommes. Il fournit une tunique honorable à l’assassin, à la mère de famille, au prêtre, aux militaires, aux bourreaux, aux inquisiteurs, aux hommes politiques. Celui qui oserait le mettre à nu, le dépouiller jusqu’à son slip des préjugés qui le recouvrent, n’est pas considéré comme lucide, mais comme cynique. Il donne bonne conscience, sans gros efforts, ni gros risques, à tout l’inconscient biologique. Il déculpabilise, car pour que les groupes sociaux survivent, c’est-à-dire maintiennent leurs structures hiérarchiques, les règles de la dominance, il faut que les motivations profondes de tous les actes humains soient ignorés. Leur connaissance, leur mise à nu, conduirait à la révolte des dominés, à la contestation des structures hiérarchiques. Le mot d’amour se trouve là pour motiver la soumission, pour transfigurer le principe du plaisir, l’assouvissement de la dominance. Henri Laborit
"on ne peut comparer une entité de quelques dizaines de milliers
d’habitants s’appuyant sur très peu de textes de référence avec un pays
de 65 millions d’habitants régis par des milliers de lois, de décrets et de circulaires."
Un mécanisme bien connut permet de concilier démocratie réelle et complexité du monde moderne. Ce mécanisme, prôné par Proudhon, se nomme : la fédération.