L’exception culturelle à la canadienne et le P2P
Le ministère de la Culture canadien a récemment publié un rapport sur l’état du marché de la musique en 2005. Il en ressort une nette montée des ventes de musique canadienne, problablement aidée par une politique souple en faveur de la copie privée et du P2P.
La lutte contre le piratage et la protection de l’identité culturelle
d’un pays sont d’un certain point de vue des objectifs opposés pour un
gouvernement. Lorsque l’industrie du disque impose aux webradios
françaises un tarif minimum de 4 500 euros
par an pour avoir le droit de diffuser des chansons en streaming sur
Internet, elles limitent drastiquement le nombre de webradios
françaises. Les webradios étrangères qui ne connaissent pas de telles
barrières tarifaires peuvent plus facilement se multiplier et se faire
connaître en France, en diffusant les oeuvres et la culture musicale de
leurs pays respectifs. Il en est de même lorsque le gouvernement
français mène une politique de propagande contre l’usage d’outils de
partage de fichiers en France. Bien que le résultat économique espéré
soit la remontée des ventes de disques sur le territoire français, le
résultat culturel obtenu n’est qu’une réduction du nombre d’oeuvres
françaises distribuées sur les réseaux P2P. Plus la lutte s’intensifie,
plus l’identité culturelle française s’efface sur les réseaux P2P, au
profit des demandes économiques de l’industrie, et des contenus
culturels des autres nations.
Politiquement très incorrecte, cette analyse a pourtant une validité
réelle dans les pays qui sont davantage importateurs qu’exportateurs de
propriété intellectuelle. Parmi les grands pays industriels, le Canada. Le pays consomme davantage d’oeuvres qu’il n’en
produit et n’en exporte. C’est pour cette raison que le plus grand pays
d’Amérique du Nord freine des quatre fers pour introduire des
législations toujours plus protectrices des propriétés intellectuelles,
qu’elles soient du domaine littéraire et artistique, ou industriel.
La
loi DADVSI n’a pas encore d’équivalent en droit canadien, qui reconnaît
la copie privée par le téléchargement. Le récent changement de
gouvernement tend même à repousser l’échéance. Mais surtout, un nombre
croissant de voix s’élève pour rejeter l’idée même d’introduire au
Canada une transposition d’accords internationaux sur le droit d’auteur
qui, en France entre autres, ont montré leur inadéquation à Internet.
Un rapport (.pdf) publié par le ministère de la Culture canadien apporte de l’eau au moulin des détracteurs.
25 % de croissance des ventes pour les artistes canadiens
L’étude, qui porte sur le profil économique de l’industrie musicale
canadienne, révèle qu’entre 2001 et 2004, les ventes d’albums
d’artistes canadiens ont augmenté de 25,3 %, pour atteindre 8,5
millions d’unités. Les artistes étrangers (surtout américains) chutent
au contraire de 20,2 % sur la même période, ce qui permet aux Canadiens
d’obtenir une part de marché d’un quart, alors qu’elle n’était que de
16 % en 2001.
Le Québec, en particulier, a vu ses productions locales exploser. Les
ventes d’albums d’artistes canadiens francophones sont passées de 2
millions d’unités en 2001 à 2,8 millions en 2004. Un tiers des
meilleures ventes canadiennes sont réalisées par des artistes québecois.
Est-ce le résultat d’une plus grande exposition, rendue possible par
Internet, alors que les médias traditionnels canadiens accordent une
part considérable au frontalier américain ? Parmi les sondés qui ont
accès à Internet, 30 % disent avoir téléchargé de la musique sur
Internet au cours de l’année passée, et 11 % ont acheté de la musique
en ligne. Chez les 15-20 ans, les proportions montent respectivement à
68 % et 23 %, ce qui montre que la génération Napster, même dans un
climat juridique a priori défavorable à l’industrie, ne rechigne pas à
acheter de la musique sur Internet.
Surtout, le spectacle vivant est encore une fois le grand gagnant. Deux
tiers des sondés ont vu au moins un concert l’an dernier, et 11 %
d’entre eux ont été à plus d’une dizaine de spectacles. "Environ
29 % de ceux qui ont assisté à un concert ont acheté des CD ou DVD lors
du show, et 19 % ont acheté d’autres produits dérivés du concert", rapporte le ministère.
En 2004, un rapport de l’OCDE
avait conclu que le Canada était le premier pays au monde en termes
d’usage de logiciels de P2P. En mars dernier, un rapport discret
commandé par la CRIA (Canadian Recording Industry Association), le Snep
canadien, avait montré que les utilisateurs de P2P étaient aussi les
premiers acheteurs de musique, et que la gratuité d’accès aux fichiers
MP3 n’était qu’une cause mineure dans les motifs de non-achat.
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