À poil sur les chemins bretons

Si l’on en croit un article du Télégramme daté du mercredi 15 août, la randonnée tous attributs sexuels exposés aux regards, communément appelée la « randonue » dans les milieux naturistes, a fait son apparition en Bretagne, en l’occurrence dans la célèbre forêt de Brocéliande. Une première dans la région qui pourrait susciter des vocations de « marcheurs » (rien de politique) désireux d’aérer leur pubis, mais aussi de « textiles* » venus se rincer l’œil...
Chaussures de marche aux pieds, sac au dos et, le cas échéant, casquette ou panama sur la tête, les adeptes de la « randonue » seraient de plus en plus nombreux à fréquenter chemins et sentiers, flamberge au vent pour ces messieurs, et berlingot exposé aux regards pour ces dames.
En mai 2009, j’évoquais déjà cette poilante activité de plein air dans un article intitulé « Le gendarme et les nudistes ». Rien à voir avec la filmographie de Louis de Funès et son personnage de Cruchot. Dans ce texte, je relatais en effet les tribulations d’un pandore helvète confronté en 2008 sur les sentiers du minuscule canton d’Appenzell-Rhodes-Intérieures aux exhibitions de randonneurs surpris en leur costume de naissance, non seulement par les marmottes, mais aussi par des bipèdes assermentés. Une affaire qui, au pays de la célèbre pâte pressée – l’« appenzeller » est un régal pour le palais –, avait à l’époque fait tout un fromage dans la population catholique et bien-pensante du lieu. À tel point que l’interdiction locale de cette pratique avait été mise aux voix lors d’une « Landsgemeinde », autrement dit l’une de ces assemblées populaires tout droit venues du Moyen Âge et encore présentes dans seulement deux cantons de la Confédération**. « Ni quéquettes ni craquettes sur nos sentiers ! », avaient décidé par votation à main levée les petits Suisses du cru, sans doute jaloux que les mis en cause soient plus bronzés qu’eux du croupion. Exit la randonue du merveilleux massif de l’Alpstein !
Qu’à cela ne tienne, les tenants de la fesse aérée sont allés voir ailleurs, et c’est ainsi que des témoins ont pu rencontrer des pratiquants de cette activité dans d’autres cantons helvétiques. Mon épouse et moi avons d’ailleurs pu le vérifier de visu dans l’Oberland bernois en juillet 2011 en un lieu sauvage où la randonue est en général pratiquée par les seuls bouquetins et chamois (cf. Suisse : du voile intégral au nu intégral). Depuis, d’autres cas ont été signalés dans les cantons de Fribourg, de Neuchâtel et de Vaud où l’exhibition itinérante des coucougnettes et des foufounes semble perdurer de nos jours tandis que cette pratique a été interdite dans d’autres cantons à l’esprit moins ouvert, obligeant les adeptes locaux à se mettre en quête d’autres terrains de jeu !
Qu’en est-il en France ? Là également l’on a signalé des randonneurs nus en différentes régions, et notamment dans le sud de notre pays malgré les risques accrus d’effet barbecue que fait courir à l’artillerie des messieurs l’omniprésence estivale d’un ardent soleil. À cet égard, force est de reconnaître que ce genre de risque est nettement moindre au pays de Merlin, l’enchanteur à la braguette baguette magique. Car si l’on entend proférer « pin-pon » en ce lieu, ce n’est pas à propos des sapeurs-pompiers et des sapeuses-pompières appelés en urgence pour des incendies de la sylve – la chose est rare – mais en référence au nom véritable de la forêt de Brocéliande : Paimpont. Encore que Les filles des forges (ici chantées par Tri Yann) aient parfois des chaleurs à calmer, mais cela ne relève pas des missions officielles.
Apodysophiles ou pas ?
Or donc, voilà que des agaçés du slip ont mis bas l’accessoire honni pour, tous attributs apparents, s’en aller admirer chênes et fougères sous les frondaisons de ladite forêt. Et cela au risque de subir des poursuites en cas de constat par les représentants de la maréchaussée locale, lesquels sont interdits de chouchen dans l’exercice de leurs fonctions pour ne pas nuire à leur discernement. Pratiqué hors des espaces dédiés ou des zones de tolérance, le naturisme expose en effet les contrevenants à des poursuites pour « exhibitionnisme », conformément au paragraphe 4 de l’article 222-32 du Code pénal, lequel indique que « L'exhibition sexuelle imposée à la vue d'autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. » Dans les faits, guère plus de risque qu’un rappel à la loi et/ou une légère amende dès lors que ladite exhibition se limite à une simple déambulation dans la nature à l’écart des lieux les plus fréquentés.
Les randonneurs nus sont-ils, comme certains l’affirment, des « apodysophiles » ? Oui, affirment certaines personnes qui attribuent à ces adeptes des arrière-pensées à caractère sexuel. En réalité non, car il semble que la majorité d’entre ces marcheurs LREM (Les Roupettes En Marche) ne soient pas foncièrement en recherche implicite de partenaires subjugués par la contemplation de leurs attributs virils. D’aucuns utilisent même des shorts équipés d’un scratch qui leur permettent de rapidement cacher leurs parties intimes aux publics réputés sensibles ou impressionnables : enfants, religieux, fondamentalistes. Il existe également des jupes à scratch, mais force est de reconnaître que la randonue est avant tout une affaire de mecs, des vrais, avec du poil pas seulement sur les mollets. Rares sont en effet les femmes qui apprécient d’exhiber leur tabatière hors des lieux dédiés. Il n’y en avait d’ailleurs pas une seule parmi les randonneurs de Brocéliande. Quelle conclusion faut-il tirer de cette réticence des dames ? À chacun de se faire son opinion.
Le plus cocasse dans la pratique de la balade à poil réside dans les arguments avancés par les tenants de cette itinérance cul nul pour justifier d’exhiber sur les chemins de randonnée publics leurs bistouquettes et leurs nénuphars. À les en croire, les vêtements occasionneraient des frottements et favoriseraient la transpiration. Voilà qui est nouveau. Tous les randonneurs un peu expérimentés savent en effet qu’il est indispensable de se couvrir le buste pour se protéger du soleil, notamment dans les régions les plus exposées aux UV (montagne, sentiers côtiers, espaces méridionaux arides). Qui plus est, plutôt qu’avoir la sueur qui dégouline sur le torse, un bon vêtement dit « respirant » permet de réguler la transpiration, l’idéal étant de porter un tissu ajusté hydrophobe. Pour ce qui est des frottements, l’argument est poilant, si l’on peut dire. Les caleçons n’engendrent en effet pas le moindre frottement. Quant aux t-shirts ou chemisettes, si certains vêtements mal choisis peuvent le cas échéant provoquer de petites irritations, celles-ci sont négligeables comparées aux irritations provoquées par les bretelles de sac à dos sur la peau nue des épaules ou le sac lui-même sur la peau du dos dans un bain de jus macéré !
Ces constats faits, peu importe que certains – et beaucoup plus rarement certaines – prennent plaisir à se faire griller la couenne et les génitoires sur les sentiers de Bretagne ou d’ailleurs dès lors que leurs fantasmes de « liberté » revendiquée n’outragent personne. À titre personnel, je n’y vois même pas le moindre inconvénient, surtout lorsque je rencontre un sosie de Virginie Efira totalement dévêtu sur l’île Callot*** comme cela m’est arrivé il y a quelques années. Reconnaissons-le, il y a de pires souvenirs !
* « Textiles » : c’est ainsi que les naturistes désignent ceux qui ne partagent pas leur mode de vie déshabillé.
** Appenzell-Rhodes-Intérieures et Glaris. La dernière Lansgemeinde s’est tenue le 29 avril 2018 dans le premier nommé et le 6 mai dans le second canton.
*** L’île Callot est accessible à pieds ou en voiture à marée basse depuis la station balnéaire de Carantec (Finistère nord).
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