85 % des kinésithérapeutes salariés en exercice illégal de leur profession
Voici un titre qui peut vous laisser interrogateur et ce à juste titre. Comment en est-on arrivé là et quelles sont les implications réelles de cet état de fait, c’est ce que nous allons tenter d’analyser ici-même.
Tout d’abord, il faut savoir que depuis environ 1 an et demi, s’est mis en place un Ordre des masseurs-kinésithérapeutes, avec à sa tête un Conseil national de l’Ordre des MK (masseurs-kinésithérapeutes) prenant les décisions et chapeautant diverses instances tout d’abord régionales puis départementales. Il existe donc un Conseil national dont le président est M. David, 22 Conseils régionaux et autant de Conseils départementaux que de départements. Cet ordre est censé représenter, défendre et encadrer les MK français. Rappelons également que la structure de celui-ci est un copier-coller parfait de l’Ordre des médecins, créé le 24 septembre 1945, et représentant 220 000 pratiquants contre 60 000 pour les MK.
Mais voilà, outre le fait que certains MK ne voient pas l’utilité
réelle d’une telle structure (ceci étant un autre débat), le CNOMK n’a
pas fait l’unanimité au sein de la profession lors de l’annonce des
montants de la cotisation à son ordre. Celle ci a été fixée à 300 €
pour les kinésithérapeutes exerçant en libéral et à 200 € pour les
salariés, ce pour une période de 18 mois avec effet rétroactif (les
dossiers d’inscription ayant été reçus pour la plupart un peu avant
l’été 2007, l’ordre existant depuis la mi-2006). Précisons le fait que
les kinésithérapeutes libéraux ont la possibilité de déduire cette
cotisation de leurs impôts contrairement aux salariés.
Suite à cette annonce de nombreux kinésithérapeutes salariés se sont
unis pour tenter de faire reculer l’Ordre quant au montant de la
cotisation. Rappelons qu’un MK salarié fonctionnaire commence sa
profession à un salaire d’environ 1 300 € net pour terminer aux
alentours de 2 200 € net. De nombreuses actions furent alors
entreprises, réunions entre représentants de l’ordre et MK,
manifestations devant le siège de l’Ordre, action d’information des MK
salariés au Gicare 2007 (salon mondial de la rééducation), pétition
ayant regroupé 3 000 signatures, réunion au ministère de la Santé avec
M. Matillon Yves conseiller auprès de Mme Bachelot Roselyne, renvoi des
dossiers d’inscription vide non accompagné de la cotisation, rencontre
avec M. Wauquiez Laurent porte-parole du gouvernement et, tout
dernièrement, décision de plusieurs centres hospitaliers et de
rééducation fonctionnelle de suspendre l’encadrement des stagiaires
étudiants MK, mouvement concernant aussi bien l’APHP, la région Île-de-France que la province.
Une des mesures les plus suivies fut celle du renvoi des dossiers
d’inscription vierge au siège du CNOMK, mettant ainsi en exercice
illégal de la profession de MK près de 85 % de ceux-ci.
Depuis, les diverses réponses de l’Ordre envers leurs collègues en
désaccord furent toujours et systématiquement tournée dans le même
sens, celui de la répression !!! Certes l’une des fonctions principales
de cet Ordre comme nous le rappelle si bien M. David dans ses voeux 2008
est la création de chambres disciplinaires, mais, alors qu’elles ne
sont pas même encore créées le bâton est déjà manié à la perfection.
Pour débuter, les directions des établissements dont certains MK n’ont
pas envoyé leurs cotisations ont reçu un courrier de M. David les
mettant en garde contre le risque de subir des amendes pouvant s’élever
à 150 000 € pour emploi en connaissance de cause des MK non inscrits à
l’Ordre, il s’agirait d’après M. David de complicité d’exercice illégal
de la masso-kinésithérapie.
Ensuite, comme déjà cité précédemment, les voeux 2008 de M. David
lorsqu’on sait lire entre les lignes comportent de nombreuses menaces
non dissimulées envers les récalcitrants. A ce sujet, le Cosal
(Syndicat des avocats libres) conseillant juridiquement le mouvement
des MK semble fort peu en accord avec les menaces produites par M.
David comme on pourra le constater sur leur site en suivant ce lien.
Enfin, tout dernièrement, ce sont les cadres de santé qui ont reçu des
"menaces" concernant le refus de certains centres d’encadrer les
stagiaires MK (rappelons-le, solution de dernière extrémité mise en
place par les kinésithérapeutes salariés ayant la sensation de se
présenter depuis 18 mois devant la muraille de Chine). Cependant, et
encore une fois concernant les décrets cités par M. David, il semble
que la situation soit quelque peu obscure, incertaine et à vérifier.
On peut également signaler que certains membres de CDO (Conseils
départementaux de l’Ordre) ont fait parvenir leur démission et ce sans
utiliser la langue de bois, pour exemple cette lettre envoyée par
M. Haffray Henry non dénuée d’intérêt.
Et pour parachever le tout, citons les propos de M. Couratier René,
vice-président du CNOMK, je cite : "La totalité des cotisations
escomptées ne sont pas encore rentrées, d’abord à cause des erreurs du
fichier, beaucoup de confrères n’ayant rien reçu du CNO ; ensuite en
raison d’erreurs sur le nombre potentiel de confrères, listés sur le
fichier, mais supérieur à la réalité. Enfin, l’absence totale d’un
fichier des salariés. Cette donnée est d’ailleurs à rapprocher du petit
nombre de cotisants salariés : ne pouvant être joints, il était normal
qu’il y ait peu de cotisants. Cet aspect vient diluer l’argument d’une
soi-disant mauvaise volonté générale de leur part".
Ne serait-on pas en présence d’un fort bel exemple de politique de
l’autruche, c’est en tout cas le sentiment qui prévaut parmi les 85 %
de masseurs-kinésithérapeutes, exerçant pour certains d’entre
eux depuis de nombreuses années et se retrouvant du jour au lendemain
en exercice illégal de leur profession et qui sauront apprécier à sa
juste valeur le fait que leur mouvement soit si peu considéré et
entendu.
Quelles sont les portes de sorties ? Quand, où et comment ce conflit
trouvera enfin écho, pour le moment les seules réponses apportées par
le CNOMK sont :
- une augmentation de 40 % de la cotisation des MK libéraux, celle-ci est fixée à 280 € pour l’année 2008 ;
- une augmentation de 50 % de la cotisation des cadres MK salariés, celle-ci est fixée à 200 € pour l’année 2008 ;
- un budget prévisionnel de 15 000 000 € pour l’année 2008 dont 31 % sont destinés aux indemnités des élus ;
- comme mission principale la mise en place de structure disciplinaire et je cite des vœux de M. David : "... le recouvrement de toutes les cotisations 2006-2007 (les frais inhérents étant à la charge des retardataires)".
Que réservent les années à venir, alors qu’en un an les augmentations de
cotisations sont à faire pâlir d’envie le premier venu et que, qui
plus est, cet Ordre qui avait comme première mission de rassembler ne
semble qu’accentuer encore une fois les scissions parfois déjà trop
visibles entre libéraux et salariés d’une même profession. Sans parler
des tensions semblant se créer entre étudiants MK et titulaires MK
refusant de les encadrer.
Au moment où la profession a fortement besoin de se retrouver et
traverse pour exemple une crise de vocation (9 % des emplois de
salariés à l’AP-HP d’après M. Boulanger Jean-Marc, secrétaire général
de l’AP-HP ne trouvent pas preneur), cet écueil, il faut l’espérer ne
laissera pas trop de traces visibles.
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