Cette richesse qu’on exhibe, ces pauvres qu’on chasse
Les fortunes ne se cachent plus ; elles s’exhibent avec fierté. Le signal définitif de cette attitude décomplexée a été donné par le président de la République lui-même sur le yacht de Bolloré et chez son ami Bush. Mais pendant ce temps, on chasse les pauvres ou on les cache.
Tandis que le gouvernement s’évertue à tenter de faire revenir sur le sol français les riches exilés - et à prévenir le départ des riches qui y sont encore - au moyen de cadeaux de toutes sortes (paquet fiscal, dépénalisation des délits d’abus sociaux, réduction du coût du travail, facilitation du licenciement, etc.), une chasse aux pauvres s’organise...
La chasse aux pauvres est ouverte !
L’affaire des gaz répulsifs anti-SDF d’Argenteuil a fait beaucoup de bruit. Mais un autre maire UMP, Jacques Masdeu-Arus, maire de Poissy (78), s’apprête à détruire les 500 logements HLM de la verdoyante cité de la Coudraie, pour la remplacer par un quartier résidentiel. Depuis 2004, les partants ne sont pas remplacés. Du coup ce sont près de 400 logements de qualité qui restent vides. Le droit au logement opposable est inscrit dans la loi de façon solennelle et quasi sacrée, mais un projet de décret le bafoue déjà en prévoyant de donner une base légale aux opérations de chasses aux pauvres. Le projet de décret dit en effet que chaque dossier sera apprécié "au regard des circonstances locales", ce qui dispensera la collectivité locale de son obligation de résultats. Sur un autre chapitre, nous étions déjà passés maîtres dans le refoulement des demandeurs d’asile par une règlementation de plus en plus restrictive, mais voilà que le ministre Hortefeux convoque les préfets qui n’ont pas expulsé suffisamment d’immigrés clandestins pour les exhorter à faire du chiffre. Là aussi la chasse aux pauvres doit se montrer plus efficace.
Cachons les pauvres !
Dans un article paru dans Le Monde le 1er septembre ("Objectif : 2 millions de pauvres"), Martin Hirsch dénonce l’indifférence coupable qui entoure la montée du taux de pauvreté en France. Les Français n’ont d’yeux que pour les fortunes rutilantes qui s’étalent dans les revues people et sur les chaînes de télévision privées ; le gouvernement n’a d’oreilles que pour le Medef et les entreprises du CAC 40. Mais les médias, complaisants, ignorent superbement cette information, s’exclame Hirsh. "La hausse la plus significative depuis que ses statistiques existent. Pour être clair, 260 000 personnes sont devenues pauvres. Le silence qui accompagne la publication de ces données est toujours surprenant. Pas un journal ne les a reprises." Que n’a-t-il dit là ? Le quotidien Le Monde s’offusque d’être ainsi pris en défaut et rétorque par un violent article "Martin Hirsch ou l’art d’interpréter les statistiques", article par lequel il ne rachète pas son mépris affiché pour la question mais polémique sur la technique de comptage (Hirsch aurait changé de base de comptage. Il en existe en effet deux : celle de l’Insee qui fixe le seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie médian, et celle de l’Eurostat le place à 60 %).
Moins de RMIste mais plus de pauvres :
Quoi qu’il en soit, et loin de ces polémiques, la réalité est aujourd’hui inquiétante. Le taux de pauvreté a augmenté en 2004. (Selon le critère INSEE, le taux est passé de 6,2 % en 2004 à 6,3 % en 2007. Selon la base d’Eurostat, il passe de de 11,7 % à 12,1 %.) Pourtant, l’environnement n’était pas défavorable. Au contraire même, on note un début de reprise de l’emploi sur la période. Mais contrairement à l’embellie économique de 1997-2002, cette amélioration n’a pas eu d’impact positif sur le taux de pauvreté. Cela marque l’échec de la politique sociale de l’UMP qui n’a pas su accompagner le mouvement. Il y a, en 2007, moins de RMIstes (baisse de 5,9 % en un an selon la CNAF et la DREES), mais il y a davantage de travailleurs pauvres : 1,6 million de personnes ayant un emploi vivent sous le seuil de pauvreté.
Si la question de la pauvreté n’est pas inscrite en tant que telle dans le programme du premier forum du Mouvement démocrate, qui se tiendra ce week-end à Seignosse, elle émergera néanmoins des thématiques qui seront discutées comme celles de la citoyenneté, de l’économie, de la crise du logement. Du reste, philosophiquement, le sarkozisme et le centrisme du MoDem s’opposent, ainsi que je pense l’avoir assez démontré ici : "L’être et l’avoir : deux conceptions politiques" et là : "Quelle France voulons-nous ?"
Liens :
L’étude en ligne sur le nombre de bénéficiaires du RMI en 2007.
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