De l’utilité de la société
Vous êtes vous jamais demandé pourquoi nous vivions tous en société ?
Comme tout un chacun et malgré l'éducation chrétienne qui a été la mienne, je ressens parfois une profonde aversion pour ceux de mon espèce.
Pourtant, je n'imagine pas pouvoir vivre en dehors d'une société pendant une période prolongée.
L'essence de ce qu'est la société a été parfaitement énoncée par Kant :
« L’homme a un penchant à s’associer, car dans un tel état, il se sent plus qu’homme par le développement de ses dispositions naturelles. Mais il manifeste aussi une grande propension à s’isoler, car il trouve en même temps en lui (…) l’insociabilité qui le pousse à vouloir tout diriger dans son sens. Et, de ce fait, il s’attend à rencontrer des résistances de tous côtés, de même qu’il se sait par lui-même enclin à résister aux autres.
C’est cette résistance qui éveille toutes les forces de l’homme, le porte à surmonter son inclination à la paresse, et, sous l’impulsion de l’ambition, de l’instinct de domination ou de cupidité, à se frayer une place parmi ses compagnons qu’il supporte de mauvais gré, mais dont il ne peut se passer. L’homme a alors parcouru les premiers pas, qui, de la grossièreté, le mènent à la culture ; c’est alors que se forme le goût, et que même, cette évolution se poursuivant, commence à se fonder une forme de pensée qui peut, avec le temps, transformer la grossière disposition naturelle au discernement moral en des principes déterminés et enfin transformer un accord pathologiquement extorqué pour former la société en un tout moral. »
On voit bien ici, que le but de la société est ultimement de transformer un compromis en un tout dont la grande majorité, si ce n'est tout le monde, doit bénéficier au prix d'un sacrifice sous la forme d'une habitude à prendre : Le geste précède l'acte.
Pascal en son temps expliquait cela très bien :
« Mettez-vous à genoux, priez et implorez, / Faites semblant de croire, et bientôt vous croirez. »
La nécessité que nous avons d’être en société et le sacrifice qui en découle se trouvent normalement largement compensés des lors que l'on bénéficie de cet état de fait.
Or, Nous sommes actuellement en une période ou la seule chose qui fait tenir cette société est précisément cette « croyance » qui n'a pas encore totalement disparue des esprits.
Le problème étant cependant que toute habitude peut se désapprendre, pourvu que les circonstances nous y poussent.
En l'occurrence, le marasme économique et politique ou nous sommes rendus fracturent tout doucement ce reliquat d’idéal subsistant.
La politique dont les affaires étaient naguère de régler la société c'est à dire d'administrer des lois dont tous convenaient qu'elles étaient bonnes, de gérer le bien commun et s'assurer du bien être des citoyens, n'est majoritairement plus qu'un jeux stratégique où évoluent des hommes que leur histoire personnelle ou leur caractère poussent à favoriser leur situation et leurs intérêts personnels au profit de ceux de la société.
Les idées disparaissent, et les questions ethniques, religieuses prennent le dessus. La liberté pourtant au fondement même de notre devise est foulée du pied tout cela au nom d'une sécurité totalitaire qui ne dit pas son nom.
Benjamin Franklin a dit une fois :
« Ceux qui voudraient renoncer à la liberté essentielle, pour acheter un peu de sécurité temporaire, ne méritent ni la liberté, ni la sécurité. »
Les idées même qui régissaient naguère notre façon de vivre sont reléguées au second rang, derrière un pragmatisme égoïste devenue à la fois son moteur et sa finalité.
L'argent, à l'origine, devise d'échange entre les êtres est lui aussi devenu une finalité.
Pensez y, un forgeron qui fabriquait un objet, le vendait à un montant correspondant à la valeur de celui ci, en se basant sur le temps passé, sur les matériaux et le savoir faire.
Un Fermier pouvait lui proposer des légumes ou de la viande en échange, dans un troc ou les deux hommes reconnaissaient la valeur de leur objet respectif.
A défaut, l'un comme l'autre pouvait, au lieu d'échanger « du savoir faire », demander une somme d'argent en échange de leur travail. Laquelle par la suite pouvait servir à leur transaction.
De nos jours, l'argent est devenu, non plus un moyen, un médium, mais une fin.
Mais quelle est donc cette fin. Une fois tout l'argent passé dans une seule bourse, que fait on ?
On recommence le jeu à zéro ? « C'est plus compliqué que cela » comme disent les économistes.
Contrairement à Cassandre qui pouvait prédire l'avenir mais n'était pas capable de persuader, les économistes n'en savent rien, mais continuent d'utiliser l'argument d'autorité chaque fois qu'il leur est possible, spéculant sur les rares pauses inhérentes au système capitaliste pour asseoir un statut illusoire.
En attendant, les considérations sociales et écologiques ne sont toutes deux qu'un bruit de fond de moins en moins audible à mesure que l'argent s'entasse dans un nombre de plus en plus restreint de bourses.
Que faire alors ? « La démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres
» disait Churchill. Et c'est assez bien résumé.
L'erreur principale qui a été la notre a été de sous estimé l'inclination naturelle des hommes au pouvoir. Ainsi le syllogisme suivant suffit à mettre en mot le plus gros problème que nous ayons actuellement.
Le pouvoir corrompt l'homme, l'homme politique a le pouvoir, l'homme politique est corrompu.
Il faut donc revoir en profondeur le domaine politique. Aucune richesse ne peut en être tirée ; et tout abus aussi minime soit il, doit être puni de manière exemplaire. Ces deux préceptes à eux seules écarteront la majorité des hommes pour qui la politique est « une bonne place » au profit de ceux dont ce sera le sacerdoce.
L'exercice de la politique se devra d’être celui d'un ascétisme extreme, ou seules seront pourvues les nécessités inhérentes à une vie descente, correspondant au citoyen le plus modeste. Des lors, les dirigeants auront a cœur d'améliorer leur sort, améliorant par la même celui des citoyens les plus modestes.
Les décisions de guerre devront être partagés et avoir l'avale de ceux qui se rendront sur place ainsi que celui du peuple. De ce fait, les décisions diplomatiques primeront. Toute autre raison, telle que l'enrichissement personnel d'un ou plusieurs ou le placement stratégique avec des vues économiques s'en trouvera empêchée ; laissant la place aux idées ou à la protection de la nation.
J'imagine les réactions de certains en lisant ces quelques lignes ; « qu'est ce que j'en sais que cela marchera mieux » ; « cette utopie n'est pas de ce monde » etc..
Loin de citer John Lennon dans un style ampoulé, je ferais juste remarquer que
le libéralisme qui régit majoritaire le monde en ce moment, assure, au nom d'un agencement mystérieux, que tout se déroule du mieux possible et s'auto-régule.
Or, comme la religion dont elle est l'enfant depuis deux cents ans maintenant, cette croyance n'est pas plus fondée que mon espoir fugace de voir l'humanité faire un pas dans la bonne direction. Il n'y a donc pas de raison logique de privilégier l'une sur l'autre si ce n'est que le libéralisme nous a déjà prouvé son inefficacité à maintes reprises.
Pour finir je souhaiterais juste dire ma dégoutation de me lever chaque matin en entendant que tel religion est mauvaise, que tel fichier va être créé pour protéger notre liberté, que tel indice est monté ou descendu, que tel meurtre a eu lieu, ou que tel personne a été éliminé d'un jeu télé réalité.
J'aimerais entendre qu'on arrête de flasher les gens sur des routes sans danger, qu'on s'occupe de la planete, qu'un pompier est récompensé, qu'on arrête de spéculer sur le dos de ceux qui ne peuvent se défendre, qu'on arrête de mettre les gens dans une misère telle que leur seule recours est la violence, que l'on nous donne comme modèle de citoyen autre chose que des décérébrés névrosés dont le seule mérite et la seule valeur est précisément de nous prouver que la connerie comme tout le reste est relative..
Je n'ai plus envie de jouer, plus envie de rire, parfois envie de pleurer. C'est votre vie, et elle s'écoule chaque instant. N'attendez pas demain. Le plus important n'est pas à venir, le plus important a déjà commencé.
V.
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