Esthète de lard

Il y a quelque temps, j’avais commis un petit billet intitulé « Chiens écrasés et brèves de canard » dans lequel j’émettais l’hypothèse que la lecture des faits divers pouvait nous en apprendre plus que les éditoriaux de nos éminents journalistes sur la politique.
Aujourd’hui je suis enclin à faire le même constat mais en élargissant le spectre, c’est en effet, à travers le prisme des faits divers que nous pouvons nous apercevoir de ce que l’on peut qualifier comme une déliquescence de notre société dont un certain art contemporain peut être un symptôme.
C’est à nos amis belges et plus particulièrement à un article à la lisière des faits divers et des pages culturelles que je dois cette montée de bile.
Un plasticien flamand jan Fabre, dont on nous dit qu’il est internationalement reconnu, a réalisé une ‘’performance’’ consistant en un lancer de chats ‘’artistique’’ sur les marches de l’Hôtel de ville d’Anvers.
Artiste visionnaire, il était déjà connu pour un concours de masturbation, et une charmante exposition de sang et d’urine au Festival d’Avignon en 2005 et a été depuis artiste invité au Louvre.
Comment lui est venue cette géniale idée de lancer de chats ? Elle lui a été inspirée explique t-il par une photo ‘Dali atomicus’ de Philippe Halsman ou l’on voit Dali en suspension tandis que trois assistants lancent des chats et un seau d’eau.
Après ses expériences avec Dali, Halsmann devint aussi un spécialiste de « jumpology », sport qui consistait à demander aux personnes photographiées de sauter en l’air. Selon lui, cela faisait « tomber le masque et révélait la personne ».
Les supporters de foot qui sautent dans les gradins en chantant « Qui ne saute pas, n’est pas lyonnais » vous pouvez changer la localité en fonction de votre club favori, ne savent sans doute pas qu’ils sont des jumpologistes confirmés.
Et puisque les artistes contemporains parlent de ‘performance’, peut on, sans risquer le crime de ’lese art’ évoquer ces kangourous de gradin en les qualifiant d’œuvres d’art du spectacle vivant.
Par contre, la dernière assertion du photographe se révèle d’une vérité saisissante, leur personnalité bondissante s’exprime grâce à une élasticité musculaire remarquable qui pourrait faire craindre, s’ils en étaient dotés, qu’ils se fassent sauter aussi la cervelle.
Bien sur, je n’y connais rien en art contemporain, « c’est de l’art et donc c’est inexplicable » nous expliquent souvent d’un air condescendant les esthètes de lard qui nous livrent leurs interprétations sur ce qu’a voulu dire le génial artiste.
Comme je suis naïf, je m’interroge parfois sur le message que l’artiste veut exprimer, si tant est qu’il le sache lui-même. L’histoire du peintre Joachim-Raphael Boronali dont l’œuvre maitresse « Coucher de soleil sur l’Adriatique » eut un retentissant succès au Salon des Indépendants en 1910 avant que ne fut connue la supercherie en est une illustration.
Ce tableau était l’œuvre d’Aliboron, l’âne du patron du ‘Lapin Agile’ cabaret montmartrois, qui barbouilla avec sa queue la toile à l’instigation de l’écrivain Roland Dorgelès. Quand l’âne fut fatigué d’agiter sa queue, l’œuvre fut considérée comme achevée.
Dans cette histoire belge de mauvais goût, Jan Fabre a présenté des excuses publiques, notamment pour les deux chatons blessés à la réception. Il explique, qu’il a du courir, suprême vengeance féline, comme un dératé pour sauver sa peau.
Espérons qu’il n’aura pas suscité chez certains de ses détracteurs, une fibre artistique telle, que certains aient pu envisager de s’improviser ‘’ sculpteurs de tête de con à coups de talons’.
Vidéo lancer de chats : http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=AzG0o9I_7Nk
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