Évangiles, Coran : ce serait si simple de dire la vérité...
Je ne me prétends ni historien, ni théologien, ni philosophe, ni islamologue. Pour prétendre à ces titres, il faudrait exercer ces activités à plein temps ou presque, ce que je ne fais pas car, heureusement, j'ai d'autres choses à faire tout aussi intéressantes. Il m'arrive même de me tromper - droit que je revendique - mais je ne suis pas responsable des erreurs des autres comme, par exemple, de dire avec assurance que Mahomet est né en 570 alors que ce serait plutôt 550.
Corrigeant la légende des sept dormants d'Éphèse, le Coran dit dans sa sourate 18, verset 24, que ces "enfants" demeurèrent 300 ans dans la caverne plus neuf ans, ce qui est en contradiction avec l'interprétation théodosienne. En effet, entre la persécution, brève mais violente, de 250 de l'empereur Dèce et le règne de Théodose mort en 395, il ne peut pas y avoir plus de 145 ans. Cette correction ne peut s'expliquer que si ces 300 ans nous amènent à la date de naissance de Mahomet... un Mahomet qui renaît de l'esprit des anciens martyrs chrétiens d'Éphèse en 550 (250 + 300). Et en effet, c'est bien la date qu'il faut retenir pour la naissance du Prophète et non celle de 570. La bataille de l'éléphant qui sert de référence a eu lieu peu de temps avant que meurt le vice-roi du Yémen Abraha qui l'avait déclenchée, date de décés en 553 attestée par des inscriptions.
Les "plus neuf ans" rappellent bien évidemment les neuf ans qu'avait Mahomet lorsque le moine de Bahira le reconnut par un signe entre les épaules comme étant le futur prophète de l'Arabie. Je traduis : "lorsque les moines de Bahira, à l'entrée de Bosra, les reconnurent comme étant le futur prophète de l'Arabie".
Étonnante précision, alors que la légende d'Éphèse dit que les dormants étaient au nombre de sept, la sourate, verset 21, prédit, ou plutôt prophétise, qu'on disputera sur leur nombre, que l'on dira qu'ils étaient trois et leur chien, cinq et leur chien, sept et leur chien ; mais c'est vouloir pénétrer un mystère que peu de personnes savent. Dis : Dieu connaît parfaitement leur nombre.
Le chiffre un étant exclu, Mahomet était-il trois, cinq ou sept ? C'est la question facile que le verset nous pose en nous demandant de réfléchir sur le fait que les dormants d'Éphèse étaient sept. Et il nous met même sur la piste de 7 en ne citant pas le chiffre douze.
Dans cette hypothèse, le Prophète serait donc plus vieux qu'on ne pense. Ce ne serait pas le nom d'un individu mais celui d'un conseil, d'abord de prétendants, puis de guerre, puis de gouvernement.
Que conclure sinon que l'auteur de cette sourate s'est exprimé d'une façon "voilée". Cinq siècles plus tôt, Paul de Tarse écrivait que l'Évangile n'était "voilé" que pour ceux qui meurent, pour les incrédules dont le dieu de ce siècle a aveuglé l'intelligence, afin qu'ils ne voient pas briller la splendeur de l'Évangile de la gloire de Christ, qui est l'image de Dieu (2 Co 4, 3-4). Mais alors pourquoi est-ce le sens littéral singulier d'un Mahomet individu qui s'est imposé ? Serait-ce parce ce n'était qu'un cas isolé dans cette Histoire et donc non crédible ?
Prenons l'exemple de l'annonce à Zacharie de la sourate 19.
"Ô Zacharie, Nous t'annonçons un fils. Son nom sera Jean. Ô mon Seigneur, répond Zacharie comment aurai-je un fils, alors que ma femme est stérile et que je suis très avancé en vieillesse ? [Allah] lui dit : Ainsi sera-t-il !... Ô mon Seigneur, dit [Zacharie], accorde-moi un signe. Ton signe, dit [Allah,] sera que tu ne pourras pas parler aux gens pendant trois nuits tout en étant bien portant... Il sortit donc du sanctuaire vers son peuple ; puis il leur fit signe de prier matin et soir".(sourate 19, versets 7 à 11).
Le Coran ne fait ici que rappeler une histoire révélée avant lui. Il s'agit de toute évidence du texte intitulé "Protévangile de Jacques" que l'Église a relégué dans le tiroir des Apocryphes alors que son auteur dit pourtant qu'il l'a écrit à la mort d'Hérode le Grand, en l'an - 4, donc avant l'évangile de Luc qui lui consacre quelques lignes.
Qui est Zacharie ? La devinette est facile et je suis très étonné que personne ne l'ait comprise. C'est le nom par lequel le Protévangile de Jacques désigne les prêtres qu'Hérode le Grand aurait fait mettre à mort dans le temple de Jérusalem lors de l'affaire de l'aigle d'or. Jean sont leurs enfants spirituels qui n'avaient pas encore terminé leur formation de deux ans. Ce sont eux qui ont décroché de la façade du temple l'aigle d'or qu'Hérode y avait mis. Ce sont eux qui, fuyant la répression, se sont réfugiés dans le désert de Judée. Ce sont eux, ou leur descendance, qui vont revenir sous le nom de Jean-Baptiste. http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/l-apocalypse-selon-arte-suite-2-48857
Qui est Marie dans le Protévangile de Jacques ?
Je suis étonné, là aussi, que personne ne comprenne que ce texte "merveilleux" est codé. Et pourtant, Dieu sait si le déchiffrement en est facile. Marie, mais c'est tout simplement le contingent de jeunes travailleurs, très religieux, que la Galilée a envoyé à Jérusalem pour participer à la construction du temple d'Hérode. De retour en Galilée, c'est de cette population très pieuse que le sauveur espéré, Jésus, va naître. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/comprendre-l-avant-de-l-evangile-108545. Tout est dans ce texte, notamment l'annonce de Gabriel à Marie, dès l'an -4. L'évangile de Luc s'en inspirera ... puis le Coran reprendra l'histoire dans sa sourate 19.
Qui est Marie dans le Coran ?
Cette sourate 19, versets 16 à 34, commence ainsi (traduction de Leila Qadr dans "Les 3 visages du Coran") : "Parle dans le Coran de Marie, comment elle se retira de sa famille (de Galilée) et alla du côté du temple (de Jérusalem)". Apparemment, c'est bien le texte de Jacques que l'auteur du Coran demande à Mahomet d'enseigner à son peuple. Ignore-t-il ou fait-il semblant d'ignorer son sens caché d'origine ? Curieusement, il omet de dire que Marie est retournée dans sa famille de Galilée pour recevoir l'annonce de Gabriel. La scène de l'annonciation de Jacques semble se passer à Jérusalem. Puis, encore plus curieusement, on quitte le récit de Jacques et on entre dans l'évangile du pseudo-Matthieu XX 1-2. Marie se retrouve avec Joseph en train d'accoucher au pied d'un palmier où se produisent quelques faits miraculeux. Mais si Jésus qui vient de naître parle au pied du palmier dans le pseudo-Matthieu, dans la sourate, c'est un ange ou un esprit. Jésus ne se met vraiment à parler qu'une fois de retour dans sa famille (en Galilée) pour justifier sa mère et pour faire sa proclamation de foi anti-concile de Nicée : Je suis le serviteur de Dieu, répondit l'enfant. Il m'a donné l'Évangile et m'a établi prophète (verset 31). Ainsi parla Jésus, vrai fils de Marie, sujet de doutes d'un grand nombre (verset 35). Dieu ne saurait avoir un fils... Dieu est mon Seigneur et le vôtre (versets 36 et 37). Il s'agit bien là d'une mise au point anti-concile de Nicée. On se rappelle que ce concile avait imposé son crédo en un Jésus, fils de Dieu, Dieu lui-même.
Étonnante sourate ! Il ne s'agit pas d'un simple copié collé. L'auteur adapte le récit, le corrige ou le complète. Le palmier est peut-être celui d'Engaddi, près de la mer Morte, ancien centre essénien faisant pendant à celui de Galilée. Par ailleurs, la rectification/mise au point antinicéenne montre bien que l'Écriture révélée n'était pas figée... et qu'elle peut donc encore évoluer.
Très étonnante sourate ! J'ai cru, et même espéré un moment, qu'en faisant parler très sentencieusement un Jésus enfant qui vient de naître, j'ai cru, dis-je, que l'auteur faisait un peu d'humour en se moquant très gentiment des lecteurs crédules que nous sommes. Hélas, il n'en est rien. Il ne s'agit ici que de péricodes. Marie, population pieuse, assise au pied d'un palmier, souffre d'un manque de nourriture spirituelle. Et voilà que Jésus, dans le pseudo Matthieu, lui dit de secouer le palmier pour que les fruits tombent (appel au soulèvement populaire), péricope que le Coran a nuancée en ne faisant parler qu'un ange : "Ébranle le palmier, lui dit l'ange, et tu verras tomber des dattes mûres" (verset 25).
Comme le fait remarquer très justement le père Gallez dans son "messie et son prophète, tome I ", page 18, comment se fait-il que le Coran qualifie la vierge Marie, mère de Jésus, de soeur d'Aaron et de fille du grand aïeul Imrân, alors que des siècles séparent les deux.
1. (à propos de Marie qui est enceinte de Jésus) "ô soeur d'Aaron, ton père n'était pas un homme indigne, ni ta mère une prostituée" (sourate 19, verset 28).
2. (de même) Maryam, fille de Imrân, qui se garda vierge, en laquelle Nous insufflâme de notre Esprit (sourate 66, 12).
3. quand la femme d'Imrân dit : Seigneur, je te voue ce qui est en mon ventre... je la nomme Maryam/Marie (sourate 3, 35-36).
Comment comprendre cette apparente distorsion ? J'avoue que je n'ai pas bien compris les explications très documentées du père Gallez. Je me demande si Maryam/Myriam/Marie ne serait pas tout simplement le nom codé ou symbolique de la population sainte et pieuse d'israël. Dans le premier cas, on comprend qu'elle soit soeur d'Aaron lequel était grand prêtre. Dans le second cas, on comprend qu'elle soit fille d'Imrân car descendante de la famille origine. Dans le troisième cas, ce serait Anne, nom également codé, mère de Marie, qui serait considérée comme une femme de la maison d'Imrân. D'où l'importance de localiser cette maison galiléenne, peut-être d'origine abrahamique.
Il s'ensuit que les scribes hébreux puis juifs ont donné le nom de Marie à tous groupes et à toutes populations qu'ils jugeaient être dans la piété religieuse précitée (Marie, mère de Jacques, Marie de Magdala, Marie de Béthanie, Marie dans les fresques de Gourdon etc).
Il s'ensuit que le Coran n'a fait que reprendre une histoire de Marie qui s'est "personnifiée", et pour ainsi dire, "cristallisée" dans les textes juifs, puis chrétiens.
Le problème, c'est qu'en proclamant ces histoires "cristallisées", le lecteur non averti oublie l'origine symbolique de leur naissance. Mais peut-être était-ce voulu ?
Concluons !
En remontant à l'origine des temps, force est de reconnaître que le Dieu d'Abraham est un Dieu qui donne mais qui, aussi, dépossède, ce qui est tout à fait contraire au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ; ce qui justifie par ailleurs n'importe quelle action de guerre ou de colonisation.
C'est en effet écrit dans la Genèse. Dieu avait dit à Abraham : "Je suis le Seigneur, qui t’ai fait sortir d’Our en Chaldée pour te donner ce pays en héritage" (Gn 15, 07). et "J’établirai mon alliance entre moi et toi, et après toi avec ta descendance, de génération en génération ; ce sera une alliance éternelle ; ainsi je serai ton Dieu et le Dieu de ta descendance après toi." (Gn 17, 07)... et les autres ?
Force est de reconnaître cette incroyable absurdité qui perdure encore dans la mentalité islamiste, à savoir que le monde serait initialement divisé en deux parties : Dar al-Islam ou « domaine de la soumission à Dieu » (arabe : دار الإسلام) et Dar al-Harb, le « domaine de la guerre ». « Dar al-Islam » désigne initialement les pays où s'applique la charia puis, par extension, ceux à majorité musulmane et/ou gouvernés par des musulmans, et qui devraient, selon les mouvements et les partis religieux, être gouvernés selon la charia. Quant au « Dar al-Harb », c'est le reste : les pays où l'Islam reste à apporter, le mot « Harb » signifiant "guerre" dans divers sens du terme, guerre militaire de conquête, mais aussi "guerre" religieuse aux autres cultes et croyances, c'est-à-dire effort prosélyte et missionnaire (Wikipedia).
Force est de reconnaître, enfin, que si les croyances en un retour du messie et en un jugement dernier spectaculaire s'expliquent dans le contexte culturel de cette époque révolue que nous essayons de comprendre, elles sont tout à fait ridicules dans le contexte de notre planète vivante qui souffre et qui risque même de mourir de la bêtise humaine.
Merci à Agoravox qui permet le débat ! Comment expliquer, par contre, le silence absolument ahurissant des médias et des philosophes sur ce sujet aussi brûlant qu'est l'interprétation des textes fondateurs des religions du Livre ? Pourquoi tous ces sites en faveur de la promotion du Coran et, en particulier, de sa récitation chantée ? Pourquoi ce silence médiatique sur les travaux très approfondis d'auteurs tels que Édouard-Marie Gallez et Leila Qadr ?
Le père Édouard-Marie Gallez présente ainsi ses ouvrages : "L'Islam s'enracine dans le judaïsme et le christianisme non pas directement mais à travers les dérives de cercles judéo-chrétiens qui avaient transformé le messianisme biblique en idéologie de salut - ils attendaient la seconde venue du messie en tant qu'il dominerait la terre, la soumettant au pouvoir de " Dieu " et surtout de Ses fidèles."
Dans leur ouvrage "Les trois visages du Coran", Leila Qadr et Arrun-Amine Sâadd-edine écrivent : "les Musulmans croient à la descente d'une littérature céleste (p.381)... Concernant l'islamisme, ces auteurs sont persuadés qu'il est condamné à disparaître... mais que la chute de ce monde islamique sera plus lente et de loin plus sanguinaire (que tout ce qu'on a connu jusque-là). Toute la violence contenue dans l'Islam se déchaînera" (p 380)... triste prophétie !
Emile Mourey, reprise de mon article du 1er août 2015, les sens cachés du Coran, vu 9633 fois.
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