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Accueil du site > Tribune Libre > Hommage : Chris McCandless, mort en pleine vie

Hommage : Chris McCandless, mort en pleine vie

Rien qu’un instant, fuyons les turpitudes de ce monde. Rien qu’un instant, évadons-nous et vivons. Vivons. Comme si chaque jour était le dernier.

J’aimerais vous parler de quelqu’un qui, depuis que je l’ai découvert il y a quelques années, me tient beaucoup à cœur et a littéralement changé ma philosophie et mon regard sur la vie. Voilà maintenant 18 ans qu’il nous a quitté. Il s’agit de Christopher McCandless.

Chris McCandless a vécu aux Etats-Unis dans le confort et la sécurité de la maison de ses parents. Solitaire, marginal, indépendant, rêveur, il n’a pas hésité une seconde, après l’obtention de son diplôme en 1990, à partir sans se retourner, vers l’inconnu, sans laisser le moindre mot - pas même à sa soeur qu’il aimait beaucoup. Après avoir offert ses 24 000 dollars d’économie à une association contre la faim, a débuté une formidable aventure de près de 3 ans sur les routes. Trois ans de marche, de rencontres, de nature sauvage, de vie à temps plein loin d’une société qu’il trouvait bien trop matérialiste – à l’image de ses parents -, hypocrite et malfaisante. Seul, dans la nature qu’il aimait temps, Chris est comme revenu au monde, 21 ans après sa première naissance. 21 ans à se réfugier dans les livres de Thoreau, de London ou de Tolstoï. Une fois parti, Chris McCandless devint Alexander Supertramp, nom original choisi pour donner forme à sa nouvelle identité.

Nombreuses seront ses rencontres lors de son périple. Et les quelques personnes ayant croisé son chemin s’en souviennent encore. Un garçon attachant, généreux, heureux et vivant au jour le jour, avec toutefois un objectif bien précis : l’Alaska. Terre froide et magnifique, loin de la civilisation. Arrivé à destination après plus de 2 ans de voyage solitaire à travers la Géorgie, la Louisiane, le Texas, le Nouveau-Mexique, l’Arizona, la Californie, l’Oregon et le Montana, Chris trouve sur sa terre chérie un autobus abandonné sur la piste Stampede où il élira domicile durant les 112 derniers jours de vie. Car au bout du chemin, la mort l’attend. Usé, faible, incapable de revenir en arrière – les glaciers fondent et ont transformé la rivière en barrage infranchissable -, Chris luttera chaque jour contre la faim et le froid. Chaque jour qu’il décrit, dans son journal, avec toujours la même lucidité, allant même jusqu’à se rendre compte que le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé. Une conclusion tardive qui lui fera peut-être regretter ces 3 années passées seul ou presque, loin de ceux qui l’aimait.

Mort le 18 août 1992, très certainement de faim et d’empoisonnement, Chris McCandless ne se sera pas éteint dans l’indifférence. Il trouvera notamment l’intérêt d’un écrivain, John Krakauer, qui ne tardera pas à lui consacrer un essai à succès. Puis viendra en 2007 l’adaptation cinématographique magnifique de Sean Pean, Into the wild. Le film reprend les lignes de la vie de Chris à travers l’ouvrage de Krakauer, mais avec une romance beaucoup plus prononcée - et mise magistralement en musique par Eddie Vedder -, ce qui contraste avec le côté documentaire du livre. Un chef d’œuvre, à ne pas manquer, où Emile Hirsch (ci-contre) se fond à merveille dans la peau de son personnage. Un hommage sublime et culte.

Seulement voilà, l’aventure de Chris ne fera pas que des admirateurs ébahis. Certains y verront une folie absurde, notamment les habitants de l’Alaska, très critiques à l’égard de cette dramatique aventure. La plupart jugent complètement irresponsable l’entreprise de Chris, ce jeune écervelé qui n’avait même pas emporté de carte avec lui. Cet incapable fauché en pleine jeunesse par un besoin d’évasion irresponsable et puéril, typique d’une époque qui rêve de liberté avec excès.

Un jugement sévère et gratuit. Non, Chris n’est pas un jeune bobo bien-pensant, anarchiste, gauchiste et rebelle qui veut refaire le monde. Il était loin d’être le dernier des imbéciles. Chris se contentait de vivre simplement sa vie, sans rien demander à personne, sans aucune revendication d’appartenance - et n’a surtout rien à voir avec nos soixante-huitards français. Je salue une liberté et un courage dont tout le monde rêve. Une aventure tentée et vécue par un jeune aventurier, à raison dégouté par la société d’aujourd’hui, tellement hypocrite, injuste, matérialiste, vénale… Qui ne souaiterait pas enf aire autant ? Ceux qui s’indignent n’ont rien compris aux motivations qui ont poussé ce jeune privilégié – qui, le samedi soir, allait acheter des hamburgers pour faire la distribution aux plus démunis des quartiers de la ville - à tout abandonner, jusqu’à sa propre famille – ses relations avec ses parents se sont dégradées le jour où il a appris les circonstances dans lesquelles son père s’était séparé de sa première femme.

Christopher McCandless, alias Alexander Supertramp, n’avait rien à prouver à personne. Juste un besoin justifié de fuir, de s’évader, de vivre sa vie à fond. Mis bout à bout, combien de temps représentent nos réels moments de vie ? De joie ? Avec ces 3 ans de vie intense et d’aventure à temps plein, bien que parti trop jeune, Chris aura sans doute vécu plus de temps que la majorité des gens de ce monde.
Il est de ces héros ordinaires qui changent complètement votre philosophie de vie… Chris McCandless est pour moi l’incarnation de ce côté aventureux et libre qui vit en chacun de nous. Et même si la mort l’a surpris dans ses projets, il incarne la vie, la vraie. 
 

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8 réactions à cet article    


  • morice morice 4 novembre 2010 10:03

    D’après Jon Krakauer, la personnalité de Chris McCandless était particulièrement complexe : il avait un sens aigu de son domaine privé mais pouvait se montrer convivial ou extrêmement sociable ; il mesurait également les gens à l’aide d’un code moral particulièrement rigoureux. Ses relations avec ses parents se détériorèrent le jour où il apprit les circonstances dans lesquelles son père s’était séparé de sa première épouse (Walt McCandless eut un fils, Quinn, de sa première épouse quelque temps après avoir épousé Wilhelmina Johnson).


    http://www.christophermccandless.info/images/19077_500.jpg

    C’est dans cet autobus que Chris McCandless s’installe le 1er mai 1992 ; il y passe près de quatre mois, les derniers de sa vie (112 jours de survie dans une nature sauvage), se nourrissant essentiellement, outre de petits animaux qu’il chassait à la carabine, de racines de pomme de terre sauvage.


    Comme quoi, a force d’admirer les supporters du PSG qui passent leur vie en bus, on finit par admirer un mec sans aucun intérêt qui finit sa vie dans un vus sans roues, en présentant ça comme la quintessence de la découverte : votre gugusse est un Kerouac du très pauvre. Rien d’autre.

    « Qui ne souaiterait pas enf aire autant ? »

    ben allez mourir ailleurs si ça vous chante : le supporter du PSG est à ce point SUICIDAIRE ?


     « Avec ces 3 ans de vie intense et d’aventure à temps plein, bien que parti trop jeune, Chris aura sans doute vécu plus de temps que la majorité des gens de ce monde. »

    le temps de survie d’un membre des ultras du cop de la tribune Boulogne ? Il y a forte similitude là...

    « Et même si la mort l’a surpris dans ses projets, il incarne la vie, la vraie. »

    On comprend mieux la fascination des supporters du PSG pour la baston entraînant la mort là...


    Saluts nazis. Selon un enquêteur, « les insultes et l’agression se reportent alors sur le policier antillais traité de « sale Nègre » et visé par des saluts nazis ». Cerné par « 150 supporteurs du PSG » qui scandent « Bleu-Blanc-Rouge, la France aux Français ! », il court avec son protégé vers le McDonald’s de l’autre côté de la place, mais n’a pas le temps d’y entrer, « pris à partie »devant le dépôt de la RATP. A 50 mètres de là, Philippe Broussard « constate un mouvement de foule, comme si le « fugitif » était rattrapé par ses agresseurs. Plusieurs personnes crient : « Il a un flingue, il a un flingue. » Et puis soudain, un coup de feu claque ».

    • Jean Lannes Chris Lefebvre 4 novembre 2010 23:55

      Laissez tomber. Ne prenez plus la peine de lui répondre...


    • LeGus LeGus 4 novembre 2010 10:28

      Mais non c’était un égocentrique qui pensait que rien ne pouvait lui arriver et il en est mort.
      Certainement pas un exemple à suivre.

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Christopher_McCandless

      L’article Wikipédia est beaucoup plus complet que le votre qui est trop partial, et romantique.


      • easy easy 4 novembre 2010 12:31

        Ce personnage m’a beaucoup touché et interrogé.
        Parce que Chris nous le présente avec sa dimension passionnelle et que ce biais me happe, je n’en dirai rien ; il y aurait trop de projections ; ça manquerait trop de distance.

        Je vais m’en tenir à une considération très généraliste.
        Son aventure s’est donc terminée mal (et des constats portent à croire qu’il n’avait pas apprécié cette fin, qu’il ne l’avait pas voulue, qu’il aurait préféré vivre) et cela peut déjà refroidir bien des suiveurs éventuels.

        Mais non, il y a bien des gens qui se tuent par accident et qui sont pourtant suivis de très près (par exemple dans le domaine des sports dangereux)
        Ce n’est donc pas sa fin tragique et douloureuse qui refroidit les suiveurs. Car ils sont les millions à affirmer que Christopher a vécu quelque chose de très dense, de très valable, de très personnel, etc. et que ce serait le top du top de vivre cela encore plus longtemps que lui, 10 ans, 20 ans, 40 ans.

        Alors qu’est-ce qui retient ses suiveurs admirateurs qui se contentent de dire que c’est super de partir mais qui ne partent pas ?
         
        J’espère que vous comprenez bien que je ne juge personne. Je suis infoutu de dire qui a raison, qui a tort. Je suis infoutu de dire si CMC avait bien fait ou non.
        Je m’interroge seulement sur cette situation (difficilement expliquable en trois mots) qui fait que ce garçon a beaucoup d’admirateurs qui ne l’imitent pas.
        Et je m’interroge aussi sur ce que devient, au sein de chacun de ses admirateurs sidérés, cette admiration sans suite, sans reprise du flambeau.

        Sur le plan technique ou physique, ce qu’a fait CMC est loin d’être difficile. Puisque c’est éthiquement chouette ou valable, puisque c’est physiquement faisable, pourquoi a-t-il si peu de suiveurs alors qu’il a tant d’admirateurs et que devient cette retenue, ce freinage qu’ils s’imposent ? En quoi ce blocage ou tabou de partir se transforme-t-il. Quel est son avatar ?

        Posons que 25 % d’entre nous aient ressenti cet appel du large et que nous ayons vu l’exemple de CMC (réussi à un accident évitable près)
        Que reste-t-il de nous après avoir renoncé à partir ?


        • Mmarvinbear Mmarvinbear 4 novembre 2010 13:34

          "Alors qu’est-ce qui retient ses suiveurs admirateurs qui se contentent de dire que c’est super de partir mais qui ne partent pas ?«  : L’histoire de ce jeune homme a peut-être inspiré un très bon film, il reste que si ses »admirateurs« le voient d’un bon oeil en public, ils le jugent une fois seuls comme étant un con fini. C’est en partie pour cela que quasiment personne ne suit son exemple.

          L’admiration de cette personne tient aussi du romantisme écolo-baba ambiant qui baigne les illusions d’une partie de la population, et pas seulement les ados en phase de »mal de vivre existentielle« .

          Combien de fois ais-je entendu un citadin stressé me parler de son rêve secret, s’établir à la campagne pour échapper à la pollution et au stress, pour retrouver une »vie saine« , se faire un »potager bio« et se coucher avec les poules, alors que dans les faits il traîne des pieds pour aller voir ses parents qui vivent en pleine cambrousse une fois tous les trois mois, parce que »c’est un trou perdu, il ne ne passe rien, y’a de la boue partout et y’a même pas de wifi !"...

          Par expérience, je sais qu’il y a loin de la coupe aux lèvres.

          Partir n’est pas blamable en soi-même. Mais partir sans but est une entreprise vaine dans laquelle on ne peut que se perdre. C’est ce que CMC ignorait ( ou a voulu ignorer ). Et au final, ça l’a tué, car la Nature est loin d’être le Jardin d’ Eden que beaucoup fantasment. Elle ne pardonne que rarement nos fautes et nos erreurs ou nos approximations.

          Alors avoir des velléités de partir, de tout laisser, je comprends.

          Mais il faut aussi penser à ceux qui restent. C’est ce qui arrive aussi aux volontaires au départ. Et c’ est aussi ce qui les fait renoncer parfois.

          Ce qui reste quand on renonce ?

          Nous et les autres.

          On perd de l’innocence et de l’estime de soi, mais on gagne de la sagesse, même si on met des années à s’en rendre compte.


        • easy easy 4 novembre 2010 16:52



          «  »«  »«  » Ce qui reste quand on renonce ?

          Nous et les autres.

          On perd de l’innocence et de l’estime de soi, mais on gagne de la sagesse, même si on met des années à s’en rendre compte. «  »«  »

          Oui, je crois que c’est ça. Quand on renonce à tout quitter on devient un je-et-les-autres.



        • elmapelki elmapelki 4 novembre 2010 13:52

          @Morice
          Quand nous avons vu ce film, surpris par la fin, on a pensé que le type a fait le con . La nature est hostile, elle ne ce laisse pas apprivoiser ci facilement. Elle demande beaucoup d’humilité et beaucoup de connaissance surtout quand on viens de la ville.
          Ils faut plus, que « quelques connaissances », ex : les saisons, t’as intérêt a avoir fait tes provisions pour passer l’hiver, c’est le b.a.-ba !


          Et l’intérêt, monsieur Morice, c’est de tirer une leçon de cette histoire dramatique.
          Vous en savez quelque chose de l’histoire, non ?
           J’ai eu parfois du plaisir a lire les vôtres.

          Voici une partie de la notre, un peu dispersée, on en convient....mais concentrée.
          http://www.youtube.com/user/Elmapelki?feature=mhum

          Un autre drame, celui de Ötzi (+-5000ans)....trouvé sur lui plus d’une centaine de variétés végétales qui composé, armes, vêtements.....Un intérêt certain Mr Morice.. !!!!!!!!
          http://www.youtube.com/user/Elmapelki?feature=mhum




          • kemilein 4 novembre 2010 22:09

            le film que j’en ai vue n’a rien de « rationnel » ca tombe bien j’aime pas le conventionnel et le rationnel, comme l’est la vie de chacun d’entre nous (émotion notamment)

            une triste réalité, un magnifique poème.

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Jean Lannes

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