Le Président et son épouse en couverture de VSD : un bulletin de santé conjugale présidentiel frappé du syndrome mitterrandien ?
Le président Mitterrand faisait publier tous les six mois un bulletin de santé par son médecin personnel. Il semble que le président Sarkozy suive son exemple, mais c’est un bulletin de santé conjugale qu’il fait diffuser par ses médias tout aussi personnels.
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En juillet, Paris-Match exposait en couverture une photo attendrissante des jeunes mariés : l’épouse pressait sa joue contre la tête chère en l’enveloppant amoureusement de ses bras. À la fin de novembre, c’est au tour de VSD (n° 1631) d’exhiber une photo aussi attendrissante pour l’anniversaire de la rencontre des jeunes mariés : l’épouse presse toujours sa joue contre la même tête chère en l’enveloppant amoureusement de ses bras. Le message est donc on ne peut plus clair : après un an de vie commune, la lune de miel brille toujours au ciel de lit des époux présidentiels. Voilà de quoi rassurer le bon peuple : les amants, connus pour leur inconstance, s’apprêtent à célébrer leurs "noces de coton".
« Une preuve par l’image » prise encore en défaut ?
Un petit problème se pose toutefois. La photo de VSD a-t-elle été prise en novembre ?
Certains indices en font douter. Malgré la mise hors-contexte par le flou du décor, qui vise à concentrer le regard sur les personnages, on devine tout de même des feuillages bien verts et luxuriants qui permettent de dater la photo : c’est manifestement l’été. Il eût été difficile d’avoir le même paysage en automne. De même, la température de novembre est trop froide pour tomber la veste : or le président est dehors en chemise.
On objectera que la photo a pu être prise sous les tropiques, il voyage tellement d’un point du globe à l’autre. C’est possible. Mais dans ce cas, il faudrait admettre que la première photo publiée par Paris-Match l’ait été aussi. Car les deux photos, pour être différentes, se ressemblent curieusement.
Des différences mineures entre les deux photos
Sans doute, la posture des jeunes mariés varie-t-elle. Paris-Match les montrait de face, selon le procédé de l’image mise en abyme pour feindre d’instaurer une relation interpersonnelle entre le lecteur et les personnages qui le fixent des yeux. On était vraiment dans la simulation, car, à leur regard, ils ne paraissaient que se mirer dans les yeux du passant, comme Narcisse dans l’eau de la fontaine.
VSD les présente au contraire de trois quarts : ils ne recherchent plus les yeux de ceux qu’ils veulent éblouir ; ils les fuient. Quelle est la raison de cette métonymie ? La conjoncture économique, peut-être ! Il s’agit aussi de donner l’impression qu’ils ont été photographiés par surprise à leur insu et/ou contre leur gré. C’est le leurre de l’information donnée déguisée en information extorquée : la scène pourtant soigneusement mise en scène, dans un savant négligé-apprêté, doit en paraître plus authentique. Et de fait, le visage crispé du président qu’offrait Paris-Match, est ici saisi dans un rictus que, par une autre métonymie, un événement hors-champ est censé avoir provoqué : si l’épouse rit franchement, l’époux peine tout de même à détendre ses muscles zygomatiques. Une curiosité tout de même : inversant les saisons, la photo de novembre montre les époux plus « bronzés » que celle de juillet !
Les ressemblances troublantes entre les deux photos
Mais à bien y regarder, la pose est identique sur les deux photos. La station debout réservée à l’homme près de sa femme assise qui symbolise la prééminence masculine dans les photos traditionnelles de couple, est dans les deux cas rejetée. C’est l’épouse qui est ici debout et le mari assis. Une certaine prééminence lui revient donc : la posture d’enlacement de l’aimé, qui balance entre celle de la mère protectrice et celle de l’ amante fusionnelle renvoie, par intericonicité, à Pygmalion le sculpteur qui embrasse sa statue et lui donne chair de femme. La légende de VSD le confirme : « Carla : ce qu’elle a changé en lui ».
Mais sont aussi identiques les costumes des personnages. Le président peut bien sans doute avoir enlevé son veston : il garde les mêmes chemise et cravate. Sa femme, surtout, porte, sauf erreur, la même robe chasuble austère. Elle qu’un passé de mannequin a habituée à varier ses tenues, offre curieusement, sur les deux photos, la même coiffure à franges et le même vêtement sombre.
De là à penser que la photo de VSD a été prise en même temps que celle de Paris-Match, il n’y a qu’un pas. La coloration des épidermes, à contre-temps, n’est qu’une affaire de retouche. Pour un bulletin de santé conjugale, les communicants du président n’auraient-il pas fait preuve d’un peu légèreté ? Quelle image se font-ils du bon peuple à qui ils livrent ces fadaises ? N’avaient-il pas à disposition en novembre une photo attendrissante du couple présidentiel ? Qu’ils s’étonnent avec pareil amateurisme qu’une inquiétude puisse naître. Serait-ce le syndrome mitterrandien ? On sait depuis le précédent de ce président ce qu’il faut penser des bulletins de santé officiels.
Paul Villach
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