Sarkozy, le prophète qui s’est trop approché de l’ardent buisson (*)
D'aucuns l'avaient prédit, dont Hervé Gattégno du Point dès le 1er avril 2011, qui, dans un article cinglant avait expliqué que la campagne de Nicolas Sarkozy imaginée par Patrick Buisson le dirigeait tout droit à sa perte. Tout droit était bien la trajectoire choisie en effet, : rarement campagne électorale n'avait autant penché à droite. Quand on se choisit comme conseiller principal un transfuge de Minute, journal d'extrême droite, il ne fallait pas s'attendre à autre chose en effet. Sarkozy, a force d'avoir écouté quelqu'un qui s'appuyait lui-même sur sa vraie nature droitière, a tout simplement oublié une chose. Un chiffre, celui du score de Jean-Marie Le Pen lors du second tour des présidentielles de 2002, où les français avaient massivement rejeté le Front National. Cette fois encore, c'est aussi ce qui a été fait : les thèses sulfureuses du conseiller, vues comme bien trop ressemblantes à celles du FN ont été rejetées, et ont même provoqué de belles fissures au sein même de la majorité (pour quelques semaines encore). Le mur lequel vient de se fracasser tête baissée Nicolas Sarkozy n'a pas fini de s'écrouler sur sa propre famille politique. Tout cela, de la faute d'un seul.
Cette dérive, il y en avait eu pourtant des prémices. Tel cet incroyable dîner le soir même de la nomination du nouveau ministère Fillon, qui avait réuni le gratin de l'extrême droite en compagnie d'un Frédéric Mitterrand qui n'y trouvera rien à redire, un Mitterrand qui enfoncera le clou le 2 avril dernier, en affirmant que " L’arrivée de la gauche au pouvoir serait une catastrophe. Surtout dans la situation économique actuelle". Agiter le spectre du couteau entre les dents, en appuyant fort sur le champignon de la peur et de l'incapacité, au point d'encenser celui qu'il servait encore de la manière la plus servile : "Nicolas Sarkozy a de très fortes chances de gagner. Il y a clairement une dynamique en sa faveur. Il fait une excellente campagne. Je trouve les socialistes incroyablement attachés à un modèle qui a accumulé les dettes, l’assistanat, le recours à l’Etat pour un oui, pour un non. Malheureusement, cela reste la base du raisonnement du PS aujourd’hui. Avec en plus des dogmatismes incroyables". Un Mitterrand pourtant un peu craintif, à le relire aujourd'hui : "Oui, il a droitisé son discours par certains aspects. Il fait avec le Front national ce que François Mitterrand faisait avec le Parti communiste. Bien sûr, il y a toujours dans ce baiser de la mort le risque que le cadavre vous refile une mauvaise maladie. Mais la nécessité de rassembler au second tour les voix modérées va nécessairement entraîner un recentrage". On ne l'a pas vu, ce recentrage, tout au contraire. Après plusieurs saillies-tests de Guéant, un net fléchissement à droite est donné, un sérieux coup de barre, même. La courbe se resserre vite, et ce sont des propos dignes de l'extrême droite qui apparaissent : Mitterrand s'était donc trompé, ce que l'on constatera encore davantage dans l'entre deux tours, où il deviendra impossible de discerner propos de L'UMP et propos du FN. Le "baiser de la mort" avait bel et bien été donné entre deux, et ce baiser empoisonné c'est l'hyper-conseillé présidentiel Patrick Buisson qui l'avait donné.
Patrick Buisson avait-il au moins une once de projet politique ? Le seul qu'on lui ait trouvé, après moult analyse, ce n'est pas seulement d'avoir un président de droite. Celui qu'avait définit le 26 avril dernier Renaud Dély du Nouvel Obs : "Il a toujours cru, et croit encore plus que jamais, à l’union de toutes les droites, du centre droit issu de la démocratie chrétienne à l’extrême droite la plus radicale et la plus anti-républicaine, des disciples de Marc Sangnier à ceux de Charles Maurras, des admirateurs du général de Gaulle à ceux du maréchal Pétain, bref de l’UMP au Front national. Son erreur consiste à croire qu’une telle ligne puisse être majoritaire dans la France de 2012. La défense de l'identité d'une "France des cathédrales" immuable, menacée par des "vagues migratoires incontrôlées" et rongée par le "péril islamiste", est un discours qui peut galvaniser les tenants d'une droite extrême bien particulière, mais en aucun cas rassembler une majorité de suffrages venus de cultures politiques trop dissemblables. Patrick Buisson se trompe lorsqu'il pense que toutes les droites, du Modem au FN, peuvent se fondre en une seule" disait le chroniqueur. Non, chez lui, depuis toujours, c'est bien plus vaste que ça, donc : c'est de réussir à instaurer un jour un gouvernement d'extrême droite en France, pas moins que ça. Nicolas Sarkozy, dans cette optique, n'aurait été, faute lui-même de clarté politique et d'avis personnel, que le jouet de l'ambition démesurée d'un autre, sous la coupe et l'influence duquel il était tombé. L'ambition de Patrick Buisson avait été rendue possible grâce à des moyen financiers assez conséquents, accordés sous forme de salaire ou de passations de contrats gouvernementaux opaques, et des sondages à la société dont il était responsable semble-t-il (la société Publifact). Le conflit d'intérêt semble évident, et il pourrait donc intéresser des juges, qui s'y replongeront je pense (**). Car la méthode utilisée était redoutable... pour berner un Président présenté aujourd'hui comme n'ayant pas eu assez de jugeote pour s'apercevoir que ce même Buisson le manipulait. Le projet de Buisson, celui de l'avènement de l'extrême droite en France et même plus largement en Europe, était un projet d'illuminé total : en ce sens, ça aurait donc bien lui dont aurait parlé le journaliste Patrice Machuret, dans le sidérant reportage de la télévision suisse visible ici. Un journaliste traité, rappelons-le, de "crétin" par le chef de l'état. Un conseiller, ou un gourou ? « C’est un gourou total ! Il a une influence irrationnelle sur le président, qui l’appelle trois fois par jour », raconte, dépité, un membre de l’équipe de campagne" nous avait dit Le Parisien le 20 avril. Mais le "gourou" Buisson ne faisait pas de passes magnétiques ou d'autres remèdes de charlatan : y en avait-il encore un autre ? En tout cas, Patrick Buisson conseiller ou gourou, demeurait beaucoup plus prosaïque.
La technique employée, c'est Médiapart qui l'a raconté le 2 mai dernier sous la plume de Jean Baubérot : "Chacun le sait, Buisson est plus écouté par Sarkozy que les tenants de la droite républicaine. Il y a quelques semaines, le week-end des 18-19 février à Lille, Marine le Pen déclenche une nouvelle polémique en prétendant que « l’ensemble de la viande (…) distribuée en Ile-de-France, à l’insu du consommateur, est exclusivement de la viande hallal ». Dans un premier temps, le sieur Guéant lui-même (pourtant qualifié par M. Le Pen, en 2011, de « membre d’honneur du FN », pour ses déclarations islamophobes) rectifie. Sarkozy lui-même paraît ne pas se prendre au jeu quand il visite Rungis. Il en est de même des professionnels de la viande. Mais, selon un schéma bien connu, la réfutation contribue à donner de l’ampleur à ce qui était jusque-là un non-problème". Jusqu'ici, donc, on a bien affaire à un épiphénomène : dans une campagne électorale de cette dimension le "manger hallal" ou pas, une majeure partie de la population s'en tape le coquillard. C'est surtout issu du vent mauvais que fait souffler Marine lePen, qui ne s'est même pas aperçue que dans le Nord un de ses élus FN est le directeur d'une entreprise florissante de boucherie hallal ! Paul Lamoitier, conseiller régional (FN) dans le Nord-Pas-de-Calais !
Jusqu'ici, donc, l'intérêt médiatique c'est "peanuts". Mais ce que raconte après Médiapart bien différent : c'est compter sans le conseiller de l'Elysée, qui va en faire un truc à double usage : un usage médiatique, et pour lui un usage... financier. "Tel Zorro, arrive alors Patrick Buisson, avec sa cape et son grand sondage. Il dit quoi, le grand sondage : que 56% des Français auraient causé de la « viande halal ». Il n’indique même pas qu’ils auraient approuvé M. Le Pen, non, juste que cela a été un des sujets de conversation du week-end entre la pluie et le beau temps, et la grippe du petit ! Ni une ni deux, Sarkozy change son fusil d’épaule et décrète la viande halal comme un des premiers « sujet de préoccupation des Français ». Il réclame, haut et fort, la traçabilité de la viande halal et casher et entraîne Fillon (qui avait refusé, en avril 2011, de participer au calamiteux débat de l’UMP sur la laïcité) dans sa dérive. Le Premier ministre évoque des « traditions ancestrales qui ne correspondent plus à grand-chose ». Laïcité répressive, pendant de la laïcité positive qui, elle, nous bassine tout le temps avec les fameuses « racines », on ne peut plus « ancestrales » !" On a donc un sujet sans grand intérêt fondamental qui devient sujet électoral "important" ; preuve surtout qu'à ce moment-là Sarkozy est déjà à la pêche de tout ce qui peut créer le buzz en sa faveur, en détournant si possible chacun des sujets exhumés par la rivale MLP. Et Buisson, qui est chargé de trouver des axes de sujets possibles, en crée donc, à partir des idées du FN dont il est si proche. Bien sûr, une fois la polémique lancée, Sarkozy peut se pointer à Rungis en affirmant qu'il n'y a pas lieu à polémique : le mal est déjà fait. Par Marine le Pen ; ce qui lui a permis de ne pas le faire lui-même. Mais d'en parler quand même. Tout benef pour lui !!! Evidemment, comme tout cela reste flou, on ne sait rien de la validité ou non du sondage effectué. Buisson travaille à l'emporte-pièce, et c'est bien un principe chez lui. Ses ouvrages présentés comme "historiques" reposent sur des analyses toutes aussi fumeuses, et ça aussi ça avait déjà été écrit et on va y revenir, donc, sur ce bien étrange personnage ayant réussi à avoir une emprise inexpliquée sur le Président.
Buisson, et sa petite voix (surprenante pour celui qui est présenté comme un "ténor" par l'UMP !) pour débiter des platitudes sur... l'homosexualité ici, entendues sur LCI dans son émission "Un livre, un débat". Avec ce soir là un surprenant débat commençant par un invité, Pascal Sevran, avouant qu'il ne s'attendait pas à un tel contenu de débat....entièrement dévolu à l'homosexualité, déguisé en émission "historique". Avec un sacré panel deréuni : Renaud Camus, Alain Soral, Pascal Sevran et Guillaume Dustan (deux disparus depuis)....quel casting de réacs ! Ce soir là, au milieu du débat, Dustan balancera comme missile que "la femme est inférieure à l'homme", ce qui ne fait pas bouger le moindre soucil à Buisson, bien au contraire ! Cela semblait pour lui aller de source ! En fait son émission était un prétexte à venir évoquer le mot "communautaurisme", dont on sent bien qu'il est le seul qui l'intéressait ce soir-là. Buisson, qui semble aussi avoir un sacré problème avec... les femmes, puisqu'en arrivant un autre soir de débat en 2006 (en face de Mélenchon !), il affirmera que la candidature de Ségolène Royal était un mauvais point pour la condition féminine !!! N'importe quel psychiatre, au vu des interventions répétées de Buisson ou à la lecture de ses ouvrages très orientés expliquerait sans hésiter que l'homme exprime une véritable et constante obsession à propos de la sexualité, de l'homosexualité, et d'un rapport conflictuel évident avec les femmes. Un phénomène perçu à l'Elysée même : "le conseiller reçoit qui il veut, quand il veut. Sa façon de faire agace, parfois. « Je devais déjeuner avec lui. Il a annulé à plusieurs reprises. J’ai fini par le coincer dans un couloir et lui demander s’il avait un problème avec les femmes », raconte une ministre qui ne l’aime guère" signalait récemment de façon, acerbe, le Parisien. Parmi celles dans le collimateur, la propre porte-parole de Nicolas Sarkozy, qui a écrit un ouvrage dézinguant LePen (fait complètement occulté dans la campagne, ne l'oublions pas) : "le mois dernier, c’est Nathalie Kosciusko-Morizet, la porte-parole du candidat, qui a fait les frais de la mauvaise humeur du conseiller. « Ça ne va pas, elle n’est pas adaptée. Elle ne suit pas la ligne », a-t-il lâché lors d’une réunion interne. NKM a dû lui téléphoner et organiser une rencontre pour rectifier son positionnement" précisait encore Le Parisien. Un machisme flagrant régnait doncà l'Elysée, voilà qui aurait dû arriver aux oreilles de Carla... Peine perdue.
Chez Buisson, dans ces ouvrages, nous précise "Les mots sont importants", la femme sert en effet constamment de repoussoir. Un chapitre le démontre avec brio :" l’avorteuse, sous les traits de Marie-Louise Giraud, guillotinée en 1943, femme vénale, vicieuse et vendue aux Allemands, constitue une autre figure repoussoir du livre. Ce portrait, l’explication de l’explosion du nombre d’avortements par le « désordre sexuel et [le] dérèglement des mœurs » (p. 362), mais aussi la description de Vichy par l’auteur, catholique traditionaliste, comme « nécropole des fœtus »... tout cela n’est pas sans rappeler certains ressorts de la prose anti-avortement. Les liaisons des épouses de prisonniers avec les Allemands et le recours à la dénonciation pour se débarrasser de maris gênants sont décrits comme un phénomène « répandu ». Ils apparaissent finalement, dans le chapitre intitulé « Le bal des cocus », résumer l’attitude des femmes sous Vichy". Selon Buisson, ce sont bien les femmes qui étaient légères, et l'époque également "dissolue" : le catholicisme traditionnaliste de Buisson révise une nouvelle fois l'histoire.
Un problème avec les femmes ? Pas seulement. Dans l'émission du 12 juin 2008 "Un Livre un jour", il affirmait par exemple d'amblée que la seconde guerre mondiale est "érogène" et que "tout concours alors au rapprochement des corps", théorie qu'il est le seul à pouvoir tenir, je pense (les soldats emprisonnés et leurs femmes restées seules le font fantasmer, c'est sûr !). Les privations qu'endurent les français, chez lui, ça n'existe pas : encore un peu et il nous décrirait un "baby boom" décalé de... dix années !!! Au milieu de son ouvrage, on trouve ce genre de phrases très dérangeantes :"pour les bonnes et autres servants, avoir un ami allemand est une forme de revanche sociale" : dérangeant, car ne s'appuyant que sur quelques exemples glanés ici et là (et encore, sans plus de précisions), et surtout fortement entâché d'un dédain évident pour le peuple des "serviteurs" oubliés. Chez lui, tout est prétexte à réécrire l'histoire dans le sens de l'extrême droite. Sa psychanalyse à la petite semaine comme quoi la "crise du masculin se noue sur les routes de la débâcle" et tout simplement ahurissante et ne repose sur rien de tangible non plus. Buisson délire, en effet et confond bien facilement bâton de maréchal et machine à jouir : "Ce qui est frappant c'est de voir que tout de ce régime, dans sa propagande et son imagerie est ordonné autour de l'image phallique. Son délire allant plus loi encore, parlant de "la canne du Maréchal qui devient objet phalique fétichiste de culte... on inaugure dans la forêt de Troncais qui est le chêne du Maréchal et toute cette imagerie renvoie en fait à l'homme qui est censé incarner le redressement. Le problème c'est que pour incarner l'ordre moral, il s'est marié à 64 ans, avec une divorcée, il n'a pas d'enfant, et tout le monde sait que c'est un vieux libertin, alors que le conservateur, le traditionnaliste, le maurassien c'est DeGaulle et l'ordre moral va devoir se faire avec ce que les propagandistes appellent le Maréchal triste, mais dont l'ascèse manque singulièrement d'assise." Dans son ouvrage, Buisson va même jusqu'à affirmer que Pétain aurait « encore sacrifié aux plaisirs de la chair en 1942, soit à l’âge de 86 ans », et, ajoute l’auteur avec une pointe d’admiration à peine voilée, en compagnie d’« une jeune fille qui se serait déclarée vivement satisfaite de cette “ nuit d’amour ” en compagnie du grand homme » (p. 120). Ce que rien de tangible ne corrobore, encore une fois, à part des ragots. C'est tout simplement... délirant, comme analyse "historique".
Le bâton du Maréchal Pétain transformé en sex-toy : encore deux ouvrages et Buisson nous faisait la sexualité au sein des camps de concentration, pour sûr. Un critique plus subtil, évoquant à son égard une "psychanalyses de pacotille", ayant remarqué le chapitre sur le scoutisme et les illustrations de Joubert sur le "Prince Eric" ajoutera, plus méchamment : "ce beau morceau de prose m’amène néanmoins à quelques réflexions. Celle tout d’abord que Patrick Buisson n’est peut être pas insensible aux corps des éphèbes graciles (ce qui est son droit le plus strict). Puis qu’il est tout de même un peu naïf, de penser que l’auteur du “Prince Eric”, donc Serge Dalens, l’ait été autant que lui “sans que l’auteur y ait pris garde” !
Un Buisson s'en prenant toujours aux mêmes avec un style d'écriture... douteux pour ce même critique : "à croire qu’à trop lire la collection de “Au Pilori”, sans doute le journal le plus abject du Paris occupé, Buisson en a été contaminé car ses dénonciations sont parfois dans le ton et l’esprit de ce torchon, comme celle de Charles Trenet retardant ses soirées d’après gala pour piéger des jeunes gens ne pouvant plus rentrer chez eux à cause du couvre feu. Le chanteur pouvant ainsi les inviter dans sa chambre près du music hall, où chaque soir il connaît un triomphe, dans l’idée de profiter de leurs charmes. Ce qui donne sous la plume de Buisson : " Pour les garçons piégés par le couvre feu, il n’y a guère alors que d’accepter l’hospitalité que le fou chantant leur propose aimablement dans l’une des chambres qu’il a réservées à l’hotel Doré, sis à l’angle du boulevard Poissonnière et de la rue du faubourg-Montmartre, où il s’est lui même installé pour le temps du récital. A deux pas du théâtre. C’est la que le soleil à rendez-vous avec la lune pour une représentation strictement privée." Les lecteurs délicats apprécieront..." note passablement écœuré "Les diagonales du temps". La lourdeur de style des écrivaillons de l'extrême droite exhumée par le principal conseiller de Sarkozy : on comprend mieux certaines saillies présidentielles..
Voilà pour l'homosexualité vue par Buisson. Pour la femme sous Pétain, perçue comme "jouisseuse" par le même Buisson : c'est encore une vision scandaleuse de l'histoire, qui est toute autre, nous rappellent les faits historiques : "Ainsi la femme est renvoyée à la maison, dévouée à ses enfants, réduite aux tâches domestiques et son travail ne doit pas être salarié pour ne pas menacer celui des démobilisés. Les nouvelles lois sont une atteinte à sa liberté de travailleuse, de mère et d'épouse. L'embauche des femmes et l'avortement sont interdits, le divorce est rendu plus difficile, voire impossible. Les pères seuls, sont reconnus comme chefs de famille. Qualifiés pompeusement par Pétain d' aventuriers des temps modernes, ils sont présents dans les conseils municipaux et siègent dans les associations de familles constituées dans toutes les communes. L'allocation de salaire unique représente durant cette période 50 % des prestations familiales, c'est dire l'intérêt que porte le gouvernement à l'image de la femme au foyer entretenue par son mari. Mais c'est nier la réalité de l'occupation. Les besoins en main d'oeuvre des Allemands augmentent, la situation économique s'aggrave et le gouvernement est finalement contraint en 1942 de suspendre la loi qui empêchait les femmes mariées de travailler." (***) La réalité de 1940 n'a rien à voir avec ce que nous décrit Buisson, qui réécrit donc l'histoire... en pur révisionniste.
En fait, ce Pétain présenté comme jouisseur selon Buisson seul et surnommé partout ailleurs le Père La Pudeur, cela explique ce qui s'est passé récemment avec le président déchu. Nous avons en effet là l'une des clés du changement de look de Nicolas Sarkozy, lui aussi resté sérieusement en panne d'ascèse morale depuis son bling bling de 2007. Son costume étriqué d'employé des pompes funèbres de la désormais célèbre couverture de Paris-Match, c'était donc bien aussi du Buisson : pour être en adéquation entre "l'homme nouveau" qui auranite nous a-t-on dit renoncé aux fastes ostentatoires de 2007, il fallait endosser ce costume sombre et cet air contri. L'ordre moral nouveau prôné exigeait un autre costume et une autre allure. Finis la jouissance du début du quinquennat et son mauvais goût évident et ostentatoire (ah les Ray-Bans) : vive l'ascèse buissonienne. Celle d'un Pétain "véritable". A noter que durant tout l'entretien télévisé, Buisson joue avec ce qui semble être son alliance, un des jeux préférés de son principal client.... selon les spécialistes, en séduction, c'est l'expression évidente d'un... désir : "jouer avec une bague. Il s'agit sans aucun doute du geste le plus suggestif et qui peut être parfaitement incontrôlé !' Pour d'autres c'est plus prosaïque en fait : "il la fait juste tourner : il est peut-être anxieux mais reste en contact avec vous" indique-t-on.
Homosexualité, ou condition féminine, rigueur morale ou relâchement des mœurs, les dadas buissoniens, Dans une autre émission, celle de LCi de Durand, Buisson, déjà conseiller de Nicolas Sarkozy, avait livré en fait ce message : celui d'une opinion marquée puisque présentant ce soir-là en miroir son candidat, en faisant de Ségolène Royal son repoussoir parfait. Normal, chez Buisson, c'était une femme comme adversaire ! "Une candidature qui par son existence même abaisserait, je dis bien abaisserait l'idée que les français ont de la fonction présidentelle et après 12 ans de chiraquisme on mesure toute la performance" (à voir le comportement pendant 5 ans de son patron on mesure combien il avait ce soir-là tenu à charger autant Ségolène Royal, devenue à ses yeux rivale parfaite car jouant sur le même terrain de la séduction populiste). "J'ajoute que cette candidature féminine, cette candidature serait un coup porté contre les femmes en politique", ajoutant ensuite un mépris pour la personne hallucinant : "Elle se situe dans le domaine exclusif de l'apparence, il faut dire les choses, elle se sert de sa féminité à la fois comme cachet de son incompétence et un blouclier contre les critiques" ... bref, une haine des femmes qui suintait à nouveau de la commissure des lêvres de Patrick Buisson. D'où peut bien venir la haine des femmes chez le conseiller sarkozyste, seul un psy pourra nous l'expliquer un jour. Mélenchon, ce soir-là en restant bouche bée... d'effroi. Chez lui, le fait est plutôt rare pour être noté !
Un Buisson qui dans un autre chapitre du mêle ouvrage expose une vision absolument sidérante de la société française : "La « nature et ses lois » (p. 209)" renvoient, comme il se doit, à une vision essentialiste des deux sexes : aux femmes, ces êtres faibles qui, au fond, aiment les hommes les vrais, les brutes et les vainqueurs, s’opposent des hommes avant tout définis par leur virilité, qu’elle soit pleinement satisfaite, ou frustrée en période de crise. Cette vision du social ne cesse de se dire à travers un vocabulaire organiciste : les faits sociaux s’expliquent par le « trop plein, [le] flux séminal » (p. 34), ou encore le « prurit de jeunes mâles à la sève bouillonnante » (p. 108). La société apparaît comme un corps, fonctionnant sur la base de pulsions naturelles : la faiblesse féminine mais surtout la virilité, confondue avec la force belliqueuse et la figure du chef, dans une rhétorique typique de l’extrême droite " nous explique les Mots sont importants, dans un article finement intitulé "Travail, famille, partouze" signé Sylvie Tissot. Le propos buissonien est plus proche du délire verbal que de la réalité historique.
Pour ce qui est de son amour de la religion catholique, c'est beaucoup plus simple : "Patrick Buisson faisait partie, avec Emmanuelle Mignon, (en photo avec Buisson et Biancarelli "un jeune Guéant", en train d'écouter le dernier discours de Sarkozy, photo AFP) des catholiques revendiqués qui entouraient le président de la République sortant, l’incitant notamment à parler des « racines chrétiennes de la France ». Mignon, la conseillère présidentielle rappelée pour la campagne 2012, dont le look au fil du temps n'a cessé, étrangement, de se... masculiniser. "Celui qui avait remercié Benoît XVI pour la libéralisation de la messe en latin antérieure au Concile de Vatican II a d’ailleurs été décoré cette année de l’Ordre de Saint-Grégoire Le Grand, qui récompense un laïc ayant rendu des services signalés au Saint-Siège" nous dit aujourd'hui La Croix". Patrick Buisson, fils d'un adhérent de l'Action Française, si fier désormais de son colifichet religieux obtenu, véritable talisman papal à ses yeux.
Un talisman vu comme un hochet pontifical qui lui permet d'écrire des phrases ignominieuses telles que celles-ci, mises dans la bouche de Sarkozy en 2006 lors d'une visite en Moselle : "ici on ne veut pas renoncer à deux mille ans d'héritage de civilisation chrétienne que la morale laïque a intégré... Mais ici on partage une histoire de France, qui ne commence pas avec l'immigré, qui a commencé bien avant lui. " Que venait faire l'immigré dans une célébration religieuse et historique semblable ? Seul le cerveau torturé de Patrick Buisson peut l'expllquer. Le "communautarisme", "l'immigration", la "catholicité" ; "l'homosexualité" : les piliers d'une pensée, ou les obsessions d'un homme qui a depuis longtemps quitté toute rationalité ? Peut on faire de la politique sur une telle irationnalité...Sarkozy l'aura fait, ou plutôt tenté. C'est bien ça l'étonnant de l'histoire.
En fait, Buisson a également écrit d'autres ouvrages, dont un plus politique que le chroniqueur Guy Birenbaum a eu un mal fou à retrouver : "Lorsqu’on lit les biographies de Monsieur Buisson, on trouve, recensés partout, plusieurs livres co-écrits avec des figures de l’extrême-droite comme Pascal Gauchon, ex-rédacteur en chef de Défense de l’Occident et ancien secrétaire général du Parti des Forces Nouvelles (OAS, Histoire de la résistance française en Algérie). Ce livre datant de 1984 est préfacé par le fameux Pierre Sergent, l’un des dirigeants historiques de l’OAS. Mais, surtout, la même année, Monsieur Buisson a dirigé un Album Le Pen avec Alain Renault, ancien secrétaire national du Front national et contributeur du journal Militant. Me souvenant d’avoir feuilleté ce livre à l’époque, je me suis mis en tête de le retrouver, tant j’avais le souvenir d’une sorte d’album de photos hagiographique, tout à la gloire d’un Jean-Marie Le Pen qui, en 1984 – faut-il le rappeler ? -, est en plein essor et aligne surtout les positions les plus extrémistes." Un livre devenu invisible en librairie où figurent d'autres personnes et pas des moindres : "d’ailleurs parmi les quelques contributeurs dirigés par Monsieur Buisson dans cet album figurent de véritables figures de l’extrême droite Française et de la Collaboration : Roland Gaucher, autrement connu sous le nom de Roland Goguillot (voir ici son pedigree et son passage de l’extrême gauche à la Collaboration), ou à François Brigneau (Emmanuel Allot) (voir ici)". Tous des piliers d'une droite dure, tous des figures de l'extrême droite, tous des.... hommes, habitués aux sorties machistes, on y revient.
Non, franchement, celui qui était devenu le gourou de Nicolas Sarkozy pendant ces cinq années à joué un fort mauvais rôle, nocif et pervers, en influant terriblement sur la vie politique française, en l'attirant comme un aimant vers la famille originelle du conseiller : l'extrême droite et ses "valeurs", à savoir des thèses parfois voisines des néo-nazis, quand on s'est attaqué aux Roms, par exemple. L'irruption de ce thème dans un quinquennat aura bien été le symptôme d'une dérive grave et d'un aveuglement progressif : on ose imaginer le résultat de dix années d'influence de Patrick Besson auprès d'une présidence, qui aujourd'hui encore, sévit toujours à la tête d'une chaîne de télévision historique, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes avec sa vision révisionniste de la période de Vichy évoquée dans ses ouvrages. Le 24 septembre 2007, lors de sa remise de la légion d'honneur à Patrick Buisson,
Nicolas Sarkozy avait dit Il y a très peu de personnes dont je puisse dire "si je suis là, c'est grâce à eux". Patrick Buisson est de ceux-là. » Et le président de revenir sur les temps forts de la campagne où l'avis de« Patrick » a été si précieux : les incidents de la gare du Nord, le ministère de l'Identité nationale, la pédophilie « innée », l'invocation du pape Jean-Paul II..." précisait le 7 novembre 2009 Télérama. La "gare du Nord", où il aurait été "précieux" ? Mais que devait-elle donc à Patrick Buisson, cette fameuse gare ? Personnellement, j'ai bien ma petite idée, remarquez (****)... le 6 mai, en tout cas, Nicolas Sarkozy aura au moins appris à qui il devait sa défaite. À celui qui lui avait donné le baiser de la mort dont parlait si bien Frédéric Mitterrand.
PS : et ne croyez pas que l'influence médiatique ne s'exerce plus : Patrick Buisson a déjà réussi à transformer sa défaite... en victoire. L'argument étant que s'il n'avait pas été là, la défaite aurait été plus grande encore... c'est fou comme ce gars a pu estimer celui qui l'avait recruté... il avait parait-il "prédit" le score de Marine lePen, avait-il fait savoir au moment de ce premier tour. Prévoir l'avenir de l'extrême droite seule : il n'y a pas ; c'était bien sa seule spécialité.
les titres des chapitres du livre de Buisson laissent songeur :
(*) http://fr.wikipedia.org/wiki/Buisson_ardent_(Bible)
(**)
-Il a été passé sans aucune mise en concurrence.
-Le contrat réalisé sur papier libre ne comportait qu’une seule page et laissait le cabinet « juger de l’opportunité, dans le temps et dans les thèmes, des sondages ». La Cour insiste sur la totale liberté alors laissée au cabinet puisque « la Présidence n’avait ni la maîtrise ni le contrôle, tant de l’engagement que du montant des dépenses ».
-Les honoraires mensuels du cabinet s’élevaient à 10 000 euros auxquels 130 factures sont venues s’ajouter. Dont celle de 392 228 euros, pour des sondages OpinionWay parus dans Le Figaro et sur LCI.
Sondages de l'Elysée : un nouveau front judiciaire
Autre dossier menaçant pour Nicolas Sarkozy, l'affaire des sondages de l'Elysée, qui porte sur la convention signée en 2007 par Emmanuelle Mignon, ex-directrice du cabinet du chef de l'Etat, avec la société Publifact de Patrick Buisson, conseiller politique de M. Sarkozy. La dépense engendrée - sans appel d'offres - avait été critiquée par la Cour des comptes. Pour ces faits, M. Sarkozy bénéficie de l'immunité présidentielle. Un débat juridique est en cours pour savoir si "le principe constitutionnel de l'inviolabilité" du chef de l'Etat s'étend à ses collaborateurs. La Cour de cassation doit le trancher dans les mois qui viennent.
Mais un deuxième front juridique s'est ouvert depuis que Raymond Avrillier, maire adjoint (Verts) honoraire de Grenoble, s'est fait communiquer par l'Elysée des factures et des sondages de 2007 à 2009. Il a dénoncé le 4 mai au parquet de Paris des éventuels faits prise illégale d'intérêts. Le nouveau procureur, François Molins, doit dire s'il estime que l'immunité présidentielle s'étend à ses collaborateurs.
(***) 1 OCTOBRE 1940 — Interdiction d'embauche de femmes mariées dans les services de l'Etat, les collectivités locales ou territoriales. Obligation pour les femmes de plus de 50 ans de prendre leur retraite.
15 FÉVRIER 1941 — Augmentation du taux des allocations familiales qui passent de 20 % à 30 % du salaire départemental à partir du 3e enfant.
29 MARS 1941 — L'allocation de mère au foyer est transformée en allocation de salaire unique et étendue aux femmesd'artisans et d'agriculteurs.
15 FÉVRIER 1942 — Loi faisant de l'avortement un " crime contre la sûreté de l'Etat ".
2 AVRIL 1941— Loi interdisant de divorcer avant un délai minimum de 3 ans de mariage. Restriction des causes de divorces.
23 JUILLET 1942 — L'abandon de foyer n'est plus une faute civile mais une faute pénale.
23 DÉCEMBRE 1942 — Loi protégeant la " dignité du foyer loin duquel l'époux est retenu par suite des circonstances de guerre ".
(****) voir ici le développement de la "petite idée" :
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/27-mars-2007-gare-du-nord-1-avait-115378
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/27-mars-2007-gare-du-nord-2-la-115560
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/27-mars-2007-gare-du-nord-le-115389
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/27-mars-2007-gare-du-nord-4-un-115685
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