Sur les petites phrases qu’on ne lit pas assez...
La politique de rigueur est de retour. Surtout pour certains. Toujours les mêmes, d’ailleurs. Ceux de la « France qui se lève tôt », si chère à M. Sarkozy. Chère parce qu’elle se laisse tondre sans broncher, mener par le bout du nez, et rapporte beaucoup avec peu d’efforts ? Peu d’efforts, comme de glisser incidemment une petite phrase lourde de conséquences, dans un texte distribué à (et peut-être lu par) plusieurs millions de contribuables ?
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Tout d’abord, le "déficit" lui-même. Un "déficit" est un résultat comptable exprimant un déséquilibre entre dépenses et recettes, au détriment de ces dernières. Pour le résorber, il est certes possible de réduire les dépenses, mais aussi, bien sûr, d’augmenter les recettes. Or, si une entreprise, un ménage, n’ont pas souvent le choix de leurs recettes, un Etat, lui, possède une prérogative fondamentale qui est celle de lever l’impôt. Il a le choix de faire varier ses recettes pratiquement à sa guise. Si actuellement le taux de prélèvement est assez élevé en France sur le revenu du travail (un peu au dessus de 46%), il n’en est pas de même sur le capital, imposé en moyenne réelle autour de 18%, après presque deux décennies de cadeaux fiscaux et de niches douillettes aménagées pour la rente. Augmenter les recettes reste donc possible, voire souhaitable, et pourrait être une voie bien plus confortable pour le Peuple laborieux, que celle de la seule réduction des dépenses. La réponse "réduire les dépenses, ne pas augmenter les impôts" est donc de nature idéologique, et, en démocratie tout au moins, sujette à discussion et débat.
Par ailleurs, il serait bon de renvoyer quelques-uns de nos actuels ministres sur les bancs des Grandes Ecoles d’où ils sortent, car visiblement, quelques notions de macro-économie ont été avalées de travers. Ainsi de notre ministre du Budget, Eric Woerth, qui écrit (ou signe, donc endosse la responsabilité du propos) ceci dans une lettre accompagnant les déclarations de revenus 2009 envoyées courant avril à tous les foyers concernés par l’IRPP (Impôt sur les revenus) : "Car il ne pourra y avoir de croissance durable sans une action volontaire de réduction des déficits publics." (c’est dans le troisième paragraphe, deuxième phrase). Cette phrase signe un total contre-sens. Il est certes vrai que la période de faible activité économique, et de faible croissance, que nous vivons actuellement n’aide pas l’Etat à engranger des masses de prélèvements, ce qui, mécaniquement, réduit d’autant ses capacités à dépenser sans provoquer un déficit comptable. Par contre, de par la définition même d’un déficit (voir plus haut), un Etat qui dépense plus que ses recettes sera toujours en déficit, quel que soit le taux de croissance. Une croissance forte n’est donc pas synonyme de fin des déficits. Par ailleurs, il est aussi vrai que si certaines dépenses bien pensées et bien ciblées peuvent faire augmenter de quelques dixièmes de pourcents la croissance nationale, rien ne prouve que l’absence de déficit soit un facteur favorable ou défavorable à la croissance.
Si c’est pour se dédouaner d’un probable futur échec des mesures destinées à favoriser la relance, mesures fatalement contrecarrées par les effets néfastes d’une rigueur de fort mauvais aloi en période de fragilité économique, alors c’est mesquin et de faible intérêt stratégique. Nous affublerons cette hypothèse du qualificatif de "mensonge faible".
Bref, un mensonge apparemment anodin, et qui prend le ton du bon père de famille, si cher à nos gouvernants. Mais un mensonge qui permet tout, et même le pire pour l’avenir de la solidarité nationale, au plus grand bénéfice de ces rentiers que Keynes aurait tant voulu voir euthanasiés.
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