» The World Turned Upside Down « Le monde sens dessus dessous et la troisième guerre mondiale commence
» The World Turned Upside Down « Le monde sens dessus dessous et la troisième guerre mondiale commence
On raconte que le général Cornwallis vaincu à Yorktown fit défiler ses troupes devant Washington et Rochambeau sur l’air du » The World Turned Upside Down « . Le monde à l’envers, à sens inverse, le monde incompréhensible. L’histoire lui donnera raison, les Etats Unis deviendront la première puissance mondiale et la monarchie française ruinée par cette guerre qui ne la concernait pas, disparaitra…
Aujourd’hui, 240 ans après Yorktown le monde est à nouveau sens dessus dessous et nous ne le savons pas. La guerre en Ukraine constitue un accelérateur vers l'imprévisible.
Emmanuel Todd insiste sur la dimension idéologique et culturelle de cette guerre et sur l’opposition entre l’Occident libéral et le reste du monde acquis à une vision conservatrice et autoritaire. Les plus isolés ne sont pas, selon lui, ceux qu’on croit.
On est parti dans cette guerre avec l’idée que l’armée de la Russie était très puissante et que son économie était très faible. On pensait que l’Ukraine allait se faire écraser militairement et que la Russie se ferait écraser économiquement par l’Occident. Or il s’est passé l’inverse.
On pensait que la Russie écraserait facilement l’Ukraine, c’est le contraire qui s’est produit. La nation kiévaine, qu’Emmanuel Todd décrit justement comme un « failed state » (état en déliquescence) au moment du conflit, s’est comme réveillée en sursaut. « L’Ukraine n’a pas été écrasée militairement même si elle a perdu à cette date 16 % de son territoire ».
Le penseur poursuit : « Ce que l’on a découvert, à l’opposé, c’est qu’une société en décomposition, si elle est alimentée par des ressources financières et militaires extérieures, peut trouver dans la guerre un type nouveau d’équilibre, et même un horizon, une espérance. Les Russes ne pouvaient pas le prévoir. Personne ne le pouvait. ».
Poutine a fait une grosse erreur au début, qui présente un immense intérêt socio-historique. Ceux qui travaillaient sur l’Ukraine à la veille de la guerre considéraient ce pays, non comme une démocratie naissante, mais comme une société en décomposition et un « failed state » en devenir. On se demandait si l’Ukraine avait perdu 10 millions ou 15 millions d’habitants depuis son indépendance. On ne peut trancher parce que l’Ukraine ne fait plus de recensement depuis 2001, signe classique d’une société qui a peur de la réalité. Je pense que le calcul du Kremlin a été que cette société en décomposition s’effondrerait au premier choc, voire même dirait « bienvenue maman » à la sainte Russie.
Todd a raison mais ce qui a commencé comme une guerre civile entre slaves ukrainiens et slaves russes a changé de dimension.
La Russie, dont on pensait l’économie très affaiblie, équivalente au PIB de l’Espagne, s’est montrée très résistante aux sanctions occidentales. La prévision du ministre de l’Économie Bruno Le Maire s’est avérée inexacte : l’économie russe ne s’est pas effondrée… Todd le rappelle : « Le rouble a pris 8 % par rapport au dollar depuis le début de la guerre ».
“Le discours de Poutine marche à fond auprès de ses troupes. J’ai passé du temps avec eux sur le front, ils ne sont absolument pas démotivés comme je l’entends sur certains plateaux ! Ils font la guerre de leurs grands-parents.”@LeSommierRgis chez @PascalPraud sur #Cnews #Ukraine pic.twitter.com/Zziuryuy5C
— OMERTA (@Omerta_officiel) January 26, 2023
Ainsi, la Russie pense-t-elle mener, de son point de vue, « une guerre défensive ». Voilà qui peut choquer, alors que l’armée envahit sciemment le territoire d’un état souverain… Précision d’Emmanuel Todd : « Je vous propose un exercice psycho-géographique, qui peut se faire par un mouvement de zoom arrière. Si on regarde la carte d’Ukraine, on voit l’entrée des troupes russes par le Nord, l’Est, le Sud… Et là, effectivement, on a la vision d’une invasion russe, il n’y a pas d’autre mot. Mais si on fait un immense zoom arrière, vers une perception du monde, mettons jusqu’à Washington, on voit que les canons et missiles de l’Otan convergent de très loin vers le champ de bataille, mouvement d’armes qui avait commencé avant la guerre. Bakhmout est à 8 400 kilomètres de Washington mais à 130 kilomètres de la frontière russe. »
Le soutien occidental a sauvé l’Ukraine et renforcé le régime de Poutine .
De régional ce conflit devient mondial
« Il est évident que le conflit, en passant d’une guerre territoriale limitée à un affrontement économique global, entre l’ensemble de l’Occident d’une part et la Russie adossée à la Chine d’autre part, est devenu une guerre mondiale ».
Si l’économie russe résistait indéfiniment aux sanctions et parvenait à épuiser l’économie européenne, tandis qu’elle-même subsisterait, adossée à la Chine, les contrôles monétaire et financier américains du monde s’effondreraient, et avec eux la possibilité pour les États-Unis de financer pour rien leur énorme déficit commercial. Cette guerre est donc devenue existentielle pour les États-Unis. Pas plus que la Russie, ils ne peuvent se retirer du conflit, ils ne peuvent lâcher. C’est pour ça que nous sommes désormais dans une guerre sans fin, dans un affrontement dont l’issue doit être l’effondrement de l’un ou de l’autre. Chinois, Indiens et Saoudiens, entre autres, jubilent.
Emmanuel Todd insiste enfin sur la notion d’isolement. Ici en Europe, nous avons beau jeu de répéter sans cesse que la Russie est « isolée ». C’est sans doute prendre nos désirs pour des réalités. C’est nous, bien souvent, qui sommes sur la touche. « Quand on regarde les votes des Nations unies, on constate que 75 % du monde ne suit pas l’Occident, qui paraît alors tout petit. »
Pire le reste du monde rejette un occident à ses yeux wokiste et dégénéré.
Mais il est évident que la Russie de Poutine, devenu moralement conservatrice, est devenue sympathique aux Saoudiens dont je suis sûr qu’ils ont un peu de mal avec les débats américains sur l’accès des femmes transgenres (définies comme mâles à la conception) aux toilettes pour dames.
Les Russes émergent du tragique : le totalitarisme, l’anarchie, les salaires non versés, les gangs… Nous, boomeurs et post-boomeurs, avons oublié le tragique de l’histoire. Les bons élèves qui nous gouvernent n’ont rien vécu d’important. Ils ne savent pas que la guerre suppose une répartition des charges, une négociation entre les classes, une poussée démocratique.
« This is no dream. This is really happening. » « Ce n’est pas un rêve. Ça se passe vraiment », crie Mia Farrow dans Rosemary’s Baby (1968) lorsqu’elle comprend que le diable la possède physiquement. Magnifique métaphore de ce que va bientôt ressentir notre classe dirigeante. Elle vivait depuis trente ans dans un monde pour rire, mélangeant esprit Bisounours et vénalité, où vivre à fond sa vie, c’était faire un plan de dissert, baratiner à l’oral de l’ENA, puis baratiner les électeurs, puis vaticiner sur l’Europe, puis privatiser pour aller ensuite ramasser pour soi-même de l’argent dans le privé. Ce rêve a masqué le non-investissement dans l’industrie, la construction, la recherche, l’hôpital, le salaire des profs.
Poutine bénéficie de quelque chose dont on n’a pas idée, c’est que les années 2000, les années Poutine, ont été pour les Russes les années du retour à l’équilibre, du retour à une vie normale. Je pense que Macron représentera à l’opposé pour les Français la découverte d’un monde imprévisible et dangereux, des retrouvailles avec la peur.
Le G7 contre le reste du monde ? Souvenons-nous, de manière plus anecdotique, de la Coupe du monde au Qatar. La majorité des pays du monde ont rejeté l’appel américano-européen à porter des « brassards LGBT lors du match ». Ensuite, la FIFA a refusé de donner à Volodymyr Zelensky la possibilité de s’exprimer en visioconférence avant la finale. Et pour cause : la majorité des pays du globe ne le souhaitaient pas.
Le président Lula refuse de prendre parti dans ce conflit, renvoyant le leader ukrainien dos-à-dos avec Vladimir Poutine : « Ce type est aussi responsable de la guerre que Poutine. Une guerre n’a jamais un seul coupable ». En réalité l’élection de Lula et les tentatives de la cia de le renverser, sont de bonnes nouvelles pour Poutine. Bolsonaro était plus proche des Etats Unis avec Trump
La Chine, l’Inde, le continent africain ,le monde arabo musulman, le Brésil de Lula, une large part de l’Amérique latine se détachent de l’Occident et du G7 et ils préparent le monde de l’après dollar…
Xi Jinping a fait l’éloge du « partenariat global et de la coopération stratégique » russo-chinois qui « font preuve dans cette nouvelle ère de la maturité et de la résistance au stress », selon ses propos traduits en russe et publiés par le Kremlin.
« Nous sommes prêts à renforcer la coopération stratégique avec la Russie, à donner l’un à l’autre des possibilités de se développer, d’être des partenaires globaux pour le bien des peuples de nos pays et dans l’intérêt de la stabilité dans le monde entier », a-t-il assuré.
L’Amérique a conscience de tout celà et elle ne veut pas perdre la face en Ukraine, les autres savent que si Poutine recule, leur tour viendra …
Quand les adversaires sont acculés ; le pire peut arriver …
FRANCE-UKRAINE : le prix de la liberté ? Non , le prix de l’inculture politico médiatique, de la propagande des forces de l’étranger et de l’aveuglement de Macron
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