Présidentielle 2007 - le guide du votard
Si aucune campagne présidentielle n’aura autant passionné les Français que cette année, nous sommes encore nombreux à ne pas avoir arrêté notre choix. Pourtant, le dimanche 22 avril, il faudra voter pour un candidat, grand ou petit, le meilleur ou le moins mauvais, peu importe. Au final, le vote utile sera le nôtre ; un vote libre de tout calcul. Cet article se propose de comparer les quatre principaux candidats (le temps m’a manqué pour les autres) sur deux thèmes : leur profil, leur programme. Je ne prétends être ni exhaustif, ni objectif. Je ne peux que vous présenter une démarche honnête, fruit d’une analyse non partisane, puisque je n’appartiens à aucun clan.
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1. Le profil des candidats
- Leur carrière politique
Jean-Marie Le Pen, le plus âgé des candidats (79 ans) a la carrière la plus longue. Il a été député national et député européen.
La carrière la plus riche et la plus variée revient à Nicolas Sarkozy qui, à 52 ans, a pratiquement tout connu : conseiller général, conseiller régional, conseiller municipal, maire, vice-président de région, député, député au Parlement européen, ministre du Budget, ministre de l’Intérieur, ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie.
Ségolène Royal, 54 ans, suit l’homme de Neuilly de peu : conseillère municipale, conseillère générale, conseillère régionale, présidente de région et députée, ministre de l’Environnement, ministre déléguée à la Famille, à l’Enfance et aux Personnes handicapées, enfin ministre déléguée à l’Enseignement scolaire.
Enfin, François Bayrou, 56 ans, se place au troisième rang en ce qui concerne l’expérience politique : conseiller municipal, conseiller général, député, député européen, ministre de l’Education nationale sous trois gouvernements.
b. Leur bilan ministériel
Ségolène Royal s’est fait remarquer par une forte activité dans les ministères de la famille et de l’Education Nationale, ses deux thèmes de prédilection. A l’Education, elle s’est principalement occupée des élèves en difficulté avec un résultat plus qu’incertain. Mais ce ministère est assurément le plus difficile à réformer, d’autant qu’elle n’était que ministre déléguée.
Le bilan de François Bayrou à la tête du ministère de l’Education nationale semble aussi contrasté. Agrégé de lettres classiques, l’enseignement et sa problématique sont de sa compétence. Il s’est principalement occupé des programmes, ce en quoi il a excellé. En revanche, il a subi une très forte contestation de la rue pour un projet qu’il a dû retirer. Selon la lecture, on pourra apprécier ce geste comme marque de dialogue ou le prendre comme marque de faiblesse.
Jean-Marie Le Pen n’a jamais été ministre, aussi n’a-t-il aucun bilan à présenter.
Nicolas Sarkozy paraît plus fort en communication que sur le terrain, puisque les résultats ne suivent pas la débauche d’énergie. On retiendra de son action des lois qui restreignent les libertés individuelles (fichage génétique, DADVSI...), les émeutes de 2005, les lois contre l’immigration, enfin le redressement d’Alstom. Fait rare sous la Ve République, il est souvent intervenu dans les domaines de ses collègues ministres. L’insécurité était son leitmotiv, mais elle semble n’avoir guère reculé.
c. Leur capacité à négocier, gérer une équipe et rassembler
Nicolas Sarkozy est incontestablement le meilleur négociateur, qui sait à la fois séduire et impressionner, voire intimider (comme Edgar Hoover ?). Tombé en disgrâce après avoir soutenu Balladur, on se demande toujours comment il a pu liquider le RPR et la chiraquie au profit d’un parti dévoué à sa personne. Constatons qu’il a su fédérer des personnalités très différentes autour de son projet, sans couac, à l’exception du ministre Azouz Begag et du gaulliste Dupont-Aignan. Sa nature irascible et ses propos indignes d’un homme d’Etat semblent se révéler chaque jour davantage, ce qui est fâcheux en ressources humaines.
L’entourage de Ségolène Royal est assez incertain et trahirait peut-être des difficultés à gérer une équipe comme à rassembler. En tout cas, elle ne fait pas l’unanimité dans son camp. D’abord, des dignitaires socialistes dissidents, Spartacus, ont appelé à voter Bayrou, relayés par Rocard et Kouchner qui souhaitent une alliance avec le candidat centriste dès le premier tour. Enfin, tout le monde conserve l’épisode Eric Besson en mémoire. Il faut toutefois reconnaître la capacité de madame Royal à s’imposer dans un monde d’hommes alors qu’elle fut un temps une cible privilégiée des médias en raison de ses impairs. De plus, elle a hérité d’un parti totalement désuni, prêt à imploser. Autant de données à prendre en considération pour relativiser sa responsabilité personnelle.
Jean-Marie Le Pen possède de nombreux atouts. C’est un homme charismatique, un leader né, aussi séducteur qu’éloquent. Fin stratège, il a construit un parti ex-nihilo malgré l’opposition des médias, et se retrouve dans la « bande des quatre » après l’avoir longtemps fustigée. En ramenant Bruno Mégret dans son giron, il a su dépasser les conflits personnels. Le Breton a donc prouvé ses capacités de chef et de négociateur et commence à rassembler quelques intellectuels. En revanche, s’il est élu, il lui faudra rassembler plus largement et travailler avec « l’establishment » qu’il n’a cessé de dénoncer. Cela semble très difficile.
François Bayrou est moins autoritaire que ses compagnons. Plus diplomate aussi. Il a cependant « musclé son jeu » lors de cette campagne, attitude qu’il avait déjà adoptée auparavant. En effet, lors de la constitution de l’UMP, de nombreux centristes avaient cédé aux sirènes sarkozystes mais Bayrou a tenu bon avec l’aide de quelques fidèles. Il s’est également opposé à l’UMP en votant une motion de censure avec les socialistes. Candidat naturel de son parti et homme de dialogue, François Bayrou semble capable de travailler avec de nombreuses personnes.
- Leur capacité à représenter la France à l’Etranger
Nicolas Sarkozy est le mieux placé sur ce terrain. S’il n’a pas encore la stature d’un homme d’Etat (et ses écarts de langage sont indignes d’un homme de qualité), à l’inverse de De Villepin ou Chirac, il a suffisamment d’atouts pour représenter la France auprès de nos partenaires. Mais Nicolas Sarkozy délaissera-t-il l’Europe au profit de l’Amérique des néoconservateurs ?
Ségolène Royal pourra compter sur le soutien de nos partenaires européens, comme vient de le rappeler le Premier ministre espagnol. Sa qualité de femme aura son importance, ainsi que sa naissance en Afrique. Elle saura redonner à la France une véritable politique africaine, or ce continent constituera un enjeu majeur des luttes stratégiques du XXIe siècle.
François Bayrou, européiste convaincu, n’aura aucun mal à travailler avec les Européens et possède des réseaux aux Etats-Unis.
L’élection de Jean-Marie Le Pen créera en revanche une crise institutionnelle de premier ordre au sein de l’Europe, et provoquera le mécontentement de nos partenaires occidentaux, avec toutes les conséquences que l’on peut deviner. Une fois ce séisme passé, la Realpolitik prendra la mesure de toutes les autres considérations. Son élection accélérerait le réveil des nationalismes en Europe.
2. Le programme des candidats
La présentation du programme de Nicolas Sarkozy est désagréable. Le document n’est pas aéré, les caractères sont difficiles à déchiffrer. Ce document, qui ne respecte pas le destinataire, est avant tout narratif : on raconte beaucoup, on informe peu, on n’argumente pas du tout. Il en ressort que l’émetteur n’a pas la volonté de convaincre ni d’expliquer. Dès les premières lignes, l’auteur déclare « Je ne peux pas tout y dire », que l’on peut interpréter par « faites-moi confiance ». Non seulement le document ne dit pas tout, mais il dit peu. Peu de chiffres, rien sur les moyens pour accompagner le programme. C’est avant- tout un catalogue d’intentions. De « rupture tranquille », il n’y a pas. Au contraire, le programme apparaît comme une suite logique de la politique menée jusqu’ici. On n’y trouvera rien qui puisse effrayer ou rassurer. On ne perçoit aucun souffle profond, aucune idée novatrice, aucune ambition, ce qui est décevant de la part d’un homme qui se veut réformateur. Il y a certes ici ou là quelques mesurettes, mais aucune révolution. On distingue cependant deux lignes de force. D’abord, une culture du travail, du mérite, de la responsabilisation individuelle, d’autre part, une baisse de la fiscalité. On se demande alors comment le candidat Sarkozy peut compter sur le seul retour à l’emploi pour financer toutes ses promesses. Il ne prend pas en compte la résistance des employeurs et des salariés, le contexte (économique et politique) international, bien qu’il prône la préférence communautaire. Au final, ses propositions économiques tiennent plus du pari hasardeux que d’une réflexion posée.
La présentation du programme de Ségolène Royal est artisanale, mais également plus claire. Sa lecture est rendue agréable et le lecteur est respecté. Le style est simple et direct. Pour chaque thème, un historique des débats participatifs précède les enjeux et les propositions. On sent un effort d’explication et d’explicitation. Les données chiffrées sont en plus grand nombre que chez le candidat de l’UMP, mais encore trop rares. Les thèmes sociaux sont bien plus détaillés et approfondis ; ils reflètent une connaissance de la société et des préoccupations quotidiennes des Français que l’on ne retrouve pas chez Sarkozy. Le volet social est donc maîtrisé. En revanche, le volet économique est réduit à sa plus stricte expression, le travail et le monde de l’entreprise sont insuffisamment représentés. Plus surprenantes sont les nombreuses propositions communes avec le candidat de l’UMP (sécurité sociale professionnelle, investissement dans l’innovation et la recherche, création d’un service public d’orientation, fermeté face à la délinquance, modification de la composition du Conseil national de la magistrature, revalorisation du rôle du Parlement, autonomisation des universités). Le volet environnemental est également plus précis, avec des propositions concrètes. De même, le programme présente les contours de sa politique internationale quand Sarkozy propose surtout de conduire la France à intervenir dans les conflits. Si ma lecture fut conduite par un préjugé négatif, ce programme mérite qu’on s’y attarde.
Il en va de même pour le programme de Jean-Marie Le Pen dont la présentation est indubitablement la plus professionnelle. Ce programme est dense, complet, chiffré, argumenté, avec un renvoi à diverses sources. Le candidat du Front national ne se contente pas d’énumérer des intentions. Il veut prouver. Son langage est aussi le plus agréable. C’est un travail d’argumentation on ne peut plus sérieux, celui qui dans sa forme respecte le plus le lecteur. Le programme aborde naturellement les thèmes récurrents et bien connus du Front national : immigration, préférence nationale, souveraineté de l’Etat-nation, renégociation des traités européens, référendum d’initiative populaire. A la lecture du programme, Jean-Marie Le Pen est le seul des quatre candidats à pouvoir se qualifier de patriote. Le programme économique se dévoile également, d’inspiration nationale-libérale et poujadiste. Le Pen critique à la fois « l’Etatisme, le mondialisme ultralibéral, et un syndicat archaïque et non représentatif », et propose de « libérer le travail et l’entreprise de l’étatisme, du fiscalisme et du réglementarisme ». En fait, sont visées « la dérive financiariste du capitalisme » et « l’ouverture des frontières économiques avec le dumping social que l’on connaît ». L’extrême gauche sera ravie puisque Le Pen souhaite supprimer 50% des subventions d’Etat aux entreprises et lutter contre la mondialisation. Il propose également de baisser les impôts. On regrettera les incertitudes du volet social. Si le programme est trop riche pour le traiter comme il convient ici, il mérite une lecture attentive. Un point très inquiétant : la transformation du Conseil constitutionnel, or ce conseil est le gardien de la République française.
La présentation du programme de François Bayrou est résolument la plus moderne. On n’y trouvera cependant ni explication, ni argumentation, peu de chiffres. Si on met de côté l’historique des débats participatifs, ce programme se rapproche de celui de Ségolène Royal sur le plan de la densité. Il s’agit d’un programme assez innovant sans toutefois être complètement original dans ses lignes principales. En effet, les deux emplois sans charges pendant cinq ans (à l’exception des 10% pour les retraites) pour un CDI sont une révolution puisqu’ils s’appliquent au monde de l’entreprise, non pas aux administrations. Ce sont donc des emplois qui créent de la valeur ajoutée. Son « small business act à la française » est également intéressant et sera de nature à favoriser l’environnement économique des TPE/PME. Notons également la volonté de développer l’économie sociale et solidaire, sans toutefois que le candidat précise comment il souhaite l’organiser. L’investissement dans la recherche (5%/an pendant cinq ans) est également présent, accompagné d’une exemption d’impôts sur le revenu pour les brevets déposés en France. François Bayrou, tout comme Ségolène Royal, inscrit la relation de l’Etat avec ses partenaires sur le mode du dialogue, non du rapport conflictuel. Sur le plan institutionnel, on pourra noter l’instauration de la proportionnelle pour la moitié des sièges au Parlement. Bayrou réaffirme sa confiance dans le corps enseignant et la carte scolaire, et souhaite créer « dans chaque établissement des classes d’excellence ». Il veut, comme les autres candidats donner plus de moyens aux universités et les rendre davantage autonomes. Il est le seul à écrire clairement : « Mettre en œuvre les propositions du Pacte écologique de Nicolas Hulot » et proposer un moratoire sur les OGM, renforcer la protection des consommateurs en autorisant les « class actions ». Au final, il s’agit d’un programme humaniste, dans le ton, dans les thèmes, dans l’approche, mais peut-être pas assez audacieux.
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