Et une trahison de plus ! La mobilisation générale, plus que jamais nécessaire !
Le gouvernement en rêvait, François Chérèque l’a fait : trouver une sortie au conflit social, avec gouvernement et Medef gagnants, et sans aucune réelle contrepartie !
Il fallait oser. Contre une très large majorité des militants décidés à poursuivre jusqu’au retrait du texte et une population largement favorable au mouvement.
Pas étonnant que le Medef et le gouvernement se soient empressés de sauter sur l’ouverture ! En ce moment tout est bon à prendre pour casser le mouvement !
Maintenant ils vont discuter ensemble la façon de résoudre le problème du chômage des jeunes et des séniors. C’est un peu comme se lancer d’un avion et, une fois en l’air, essayer d’inventer le parachute : j’ai de sacrés doutes sur la méthode (pour ne pas parler des intentions).
Inutile de dire qu’en tant que militant CFDT, je me sens trahi. Et je ne suis qu’un citoyen lambda qui a participé aux manifestations nationales. Je n’ose imaginer ce que doivent penser ces grévistes qui ont tant donné, depuis 10-15 jours (voir plus,) tout particulièrement au sein des entreprises stratégiques.
Pourtant, le mouvement a toutes les chances de réussir : une forte mobilisation des syndicats qui commence à dépasser les frontières, un large support de l’opinion publique et les moyens de tenir. Et oui car, non seulement la CFDT dispose d’une caisse de plus de 100 million d’euros permettant d’aider les gréviste (CNAS), mais de façon plus générale, la solidarité avec les grévistes est en train de s’organiser partout dans le pays.
Une mauvaise réforme tant sur le fond que sur la forme
Sur le fond, tout le monde sait que cette réforme des retraites ne va rien résoudre et qu’il faudra démarrer bientôt une nouvelle réforme des retraites, qu’on nous présentera une fois de plus comme la "bonne". Ce qui est sur par contre, c’est que cette réforme va encore aggraver la précarité dans le pays, en particulier pour les jeunes et pour les séniors.
Sur cet aspect de la réforme la désinformation est d’un niveau grotesque. Selon le gouvernement, l’UMP et plusieurs médias, cette réforme n’aura aucun impacte sur l’emploi des jeunes.
Sans faire de longs discours sur le sujet, l’absurdité de cette affirmation est prouvée par la politique gouvernementale concernant les fonctionnaires : "Non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite". Même avec cette décision irresponsable (en période de crise économique et de chômage de masse) les départs en retraite des fonctionnaires vont tout de même donner lieu à plus de 34.000 ouvertures de postes en 2010 ! Et inutile de dire que dans une entreprise privée en bonne santé, le taux de remplacement des départs en retraite est supérieur à cela, proche (voir supérieur) à du 1 pour 1. Donc oui, retarder le départ à la retraite de millions de salariés va bel et bien précariser un peu plus l’emploi des jeunes.
Et que dire du coté des séniors. Une étude de l’ANPE permet de saisir l’ampleur du problème : le taux de chômage des seniors (50 ans et plus) était supérieur à 10% en décembre 2005 (si on additionne les 600.000 demandeurs d’emploi et les 400.000 personnes bénéficiaires du régime d’assurance chômage ou du régime de solidarité chômage mais dispensées de recherche d’emploi). Plus important, l’Observatoire de l’ANPE souligne « qu’à partir de 55 ans, la sortie du chômage se fait le plus souvent vers l’inactivité ». Tout est dit !
Aux personnes critiquant ces jours ci la grève pour l’impacte sur leur vacances, je suggère la réflexion suivante : une semaine de congés perturbée n’est pas cher payé pour éviter deux ans de précarité en plus demain ! Car au vue des chiffres, cette perspective risque fort de nous concerner tous !
Pour résumer, "grâce" à cette réforme, le régime général des retraites sera moins déficitaire, mais au prix de plus de chômeurs !
Il faut se demander pourquoi le Medef a souhaité cette réforme. On peut déjà exclure une décision altruiste dans l’intérêt général. Plus sérieusement, cette réforme est une solution facile tant pour le Medef que pour le gouvernement d’éviter un débat public sur la vraie cause des déficits des régimes des retraites, le chômage de masse. Débat qui remettrait en cause plusieurs politiques menées depuis plus de 20 ans et accentuées ces dernières années : fiscalité, privatisations, ouverture des marchés, etc.
De plus, il faut préciser que cette réforme est attendue par le CAC40 et les amis du Fouquet’s pour la masse d’argent que le démantèlement du régime de retraite par répartition va déplacer sur les régimes privés par capitalisation : le modèle américain si cher à notre Président ! Le monde de la finance frétille d’impatience !
Et que dire du coté de la forme
Un projet dicté par le Medef, imposé au pays sans concertation avec les syndicats, ni la moindre volonté de compromis avec l’opposition, bâclé au parlement et au sénat, le tout contre la volonté de 70% des citoyens ! Pour ne pas mentionner le fait que cette réforme fait sauter un acquis social symbolique, le droit à la retraite à 60 ans, que Nicolas Sarkozy s’était engagé à ne pas toucher !
La mobilisation est plus que jamais nécessaire.
Je suis persuadé que les citoyens qui se sont mobilisés jusque la, que ce soit par la grève, lors de manifestations, ou tout simplement par leur soutiens à ce mouvement, ne se laisseront pas berner par la désinformation à laquelle nous avons droit à longueur de journée sur la quasi-totalité des médias.
Tenir bon, faire face jusqu’à l’abandon de cette réforme, et ne pas remettre ça à 2012 (comme on nous le suggère) est essentiel. Pour rejeter une mauvaise réforme des retraites qui précariserait un peu plus une société française déjà bien fragilisée. Mais, plus important encore, nous devons gagner pour rappeler au pouvoir que nous ne sommes pas en monarchie. Que les réformes doivent se faire dans l’intérêt de tous les citoyens et pas uniquement des plus riches. Qu’elles doivent se faire en concertation avec l’ensemble du corps social. Et enfin, qu’il est inacceptable de forcer un changement ayant un tel impacte sur l’avenir des citoyens, quand une large majorité de ces derniers n’en veut pas !
Il est plus que temps que la classe politique soit à nouveau à l’écoute des aspirations des citoyens. Affirmer cela clairement aujourd’hui c’est envoyer un message fort à Sarkozy pour la fin de son mandat, c’est aussi prévenir clairement la gauche pour l’après 2012 en cas d’alternance.
Ce mouvement a toutes les chances de gagner, et c’est un mouvement de protestation citoyen porteur d’espoir. Ce n’est pas moi qui le dit, mais Joseph Stiglitz (prix Nobel d’économie) : "Les grèves en France ? Un formidable espoir"
L’abandon du CPE est la preuve que c’est possible, et puis "Celui qui combat peut perdre mais celui qui ne combat pas a déjà perdu" !
La France n’est pas un grand pays géographiquement, et l’est de moins en moins économiquement. La France est un grand pays pour ses valeurs, pour sa capacité à les défendre et à les rendre universelles.
Les citoyens des pays européens victimes de la finance et aujourd’hui écrasés par les plans d’austérité (Portugal, Angleterre, Grèce, Italie, etc.) observent ce mouvement de résistance avec admiration, avec espoir.
Dans les prochains jours et les prochaines semaines, j’espère que la France ne les décevra pas, et quelle saura retrouver toute sa place, toute sa grandeur !
A demain, 28 octobre, dans la rue !
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