Les dérives de Google et notre rigueur intellectuelle
Une vague de protestation est née sur le Net en réponse à la volonté de Google d'obtenir nos données nominatives « exactes » pour toute inscription sur G+.
Mais qu'est-ce exactement que mon « nom » ?
C'est d'une part la mention portée dans la case « nom » de mon état civil officiel mais tout autant le pseudonyme par lequel je suis connu de certaines personnes et, dans certains pays, l'usage avéré au fil du temps d'un pseudonyme (ne figurant pas à l'état civil) est reconnu de façon très officielle, permettant de nombreuses utilisations, jusqu'à une identification bancaire.
C'est dire que dans certains pays des personnes peuvent disposer de plusieurs « noms » qui les désignent véritablement, « officiellement ».
On lira avec intérêt « Google's gormless 'no pseudonym' policy »
Extrait :
« Additionally, under United States common law (not sure about other countries), once a person begins using a particular name "consistently, openly and non-fraudulently, without interfering with other people's rights", it becomes a legal name. Further, pseudonym use is also permitted for legal and business activities, activities that include (but are not limited to) filing taxes, filing a lawsuit — or even appearing in court using their pseudonym. »
On constate qu'en exigeant les dénominations portées à l'état civil Google enfreint les lois de son pays, puisque un pseudonyme peut y être légalement utilisé pour toutes sortes d'activités, même une comparution en justice.
Quel que soit le pays une personne peut avoir acquis sa réputation au travers d'un pseudonyme, et mille raisons militent pour que cette possibilité existe : cela peut être une nécessité vitale dans bien des cas, n'omettons pas de le souligner.
Pour ma part lorsque je tentais de vivre de la sculpture je signais « jcm » : si la renommée m'avait atteint je n'aurais pas le droit d'avoir un compte Google sous le « nom » par lequel je serais (peut-être mondialement...) connu ?
Mais qui sont gens (on serait tenté de les appeler "ces jean foutre"...) et de quels droit décideraient-ils de ce qui serait le plus susceptible de me représenter ?
De façon très nette Google défend ses propres intérêts et non les intérêts de ceux qui génèrent leurs profits (nous tous ou presque), allant jusqu'à agir à l'encontre des intérêts de ceux qui lui accordent confiance.
Notons au passage que Google a une très mauvaise conception de ses intérêts car il n'a visiblement pas mesuré la portée de ses décisions et la contestation qu'elles entraîneraient.
Pouvoir se présenter sous un pseudonyme est un impératif vital, et tout système qui ne le permettrait pas mais pourrait devenir un outil majeur du Net, éventuellement un quasi monopole demain (et l'on peut se poser la question au sujet de Google), deviendrait un outil liberticide et antidémocratique car offrant trop de prise à toutes sortes de répressions, et ne permettant par conséquent pas la dispersion d'idées « contestataires » sans une prise de risque personnel démesurée dans de nombreux pays.
Car cet outil aurait plongé dans l'oubli tous les autres outils remplissant des fonctions comparables et permettant l'anonymat.
Il y a plus : Google, qui a un besoin vital de la confiance de chacun (sans laquelle il n'existerait pas) se permet de détruire les données personnelles qu'on lui a confiées sans le moindre préavis et sans justification... un comble, pourtant écrit en toutes lettres dans ses « conditions de service » !
J'ai exposé cela dans trois articles portés à la connaissance de tous :
« Soyons honnêtes : Diaspora, pas FB ni Gogol Plus ! »
« Présent sur Gogol plus ? Complice des dictatures présentes et à venir ! »
« Google contrevient-il à la Déclaration Universelle ? »
Puis j'ai participé à la contestation des décisions de Google en proposant en commentaires d'articles au sujet de Google+ des liens notamment vers certains de mes articles.
On en trouvera parfois mention sur ma page publique de diasp.org.
La publication de ces commentaires ainsi que les réactions de diverses personnes à mes articles m'ont conduit à quelques surprises.
Bien que supposant que ce type de position critique pourrait ne pas être du goût de Fred Cavazza (j'avais il y a quelques années laissé sur son blog des commentaires qui n'avaient pas franchi le stade de la validation et ces commentaires, non injurieux, montraient une opposition aux thèses avancées par l'auteur : peut-être n'avaient-ils pas le degré de pertinence que je leur supposais ?) j'ai déposé un commentaire à son article « L’avenir de Google+ se dévoile »
Ce commentaire a été validé en quelques heures.
Fred Cavazza admet donc que l'on puisse émettre une opinion critique sur un sujet qui, d'une certaine façon, fait son « fond de commerce » et je suppose qu'il n'a pas validé à la légère ce commentaire, lui reconnaissant donc une certaine pertinence.
J'ai également commenté une page assez comparable d'un autre site traitant « d'emarketing », article d'Isabelle Mathieu intitulé « A Quel Rythme Google+ Est-Il En Train De S’agrandir ? »
Ma contribution n'a pas franchi le stade de la validation.
C'est dommage, consolons-nous en constatant que ce site est moins reconnu que « Medias Sociaux » (516 tweets, 22 mentions FB contre 61 tweets et 9 mentions FB).
Plus ironique ma participation à l'article de Heather Mansfield « Google+ Best Practices for Nonprofits »
Ce site conseille les organisations non gouvernementales « non profit » dans l'utilisation des médias sociaux : il convenait peut-être d'alerter cette personne sur les dangers que présentent certains médias et qu'elle n'aurait pas détecté ?
Mais...
« July 25, 2011 6:09 am
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Les commentaires suivants, validés, sont plus tardifs que le mien : ce dernier a donc été vu et n'a pas été accepté.
Le mien commençait ainsi, assez direct il est vrai :
« Very surprising for a “non profit” site to encourage people tu use services from the most important “self profit” oriented company !
The most surprising is that Google’s system is a big potential danger for freedom and democraty, and a big danger for everybody too. »
Suivaient des liens vers mes deux derniers articles.
J'admets que mon expression anglaise ne frise pas la perfection mais est-ce bien là le véritable motif de non publication ?
Dans les dernières lignes de mon dernier article j'avais bien envisagé que des personnes se garderaient bien de relever les défauts de Google, puisque c'est un de leur « fond de commerce », cela se vérifie donc et qu'importe si ce « fond de commerce » comporte des aspects véritablement malsains !
De même que l'inscription à Google+ de personnes connaissant pourtant bien les dangers de ce système, la non publication de ces commentaires pointant les failles graves du système pourrait bien référer à ce phénomène de « dissonance cognitive » identifié chez l'humain et quelques animaux, qui veut que l'on « adapte » ses points de vue (et que l'on conduise ses actes en conséquence) afin de construire une sorte de nouvelle rationalité nous permettant d'agir à l'inverse ce que vers quoi nos opinions nous portaient précédemment.
Réponse à une « injonction contradictoire » ou « injonction paradoxale » ou « double bind » , qui appartient à notre « vocabulaire comportemental » et dont il convient de connaître l'existence.
Car chacun de nous pourra prétendre à ses opinions, dont on supposera qu'elles sont construites sur une réflexion personnelle aspirant à une certaines objectivité, les défendre en tant que telles et les présenter comme l'émanation d'une démarche rigoureuse.
Or nous sommes tous soumis, dans une très grande variété de situations, à la tentation de faire ceci ou cela qui ne serait pas « bon » (pour soi, pour d'autres ou pour tous...), conduits à céder à cette tentation et par conséquent à trouver une justification dont nous savons au fond très bien qu'elle n'est pas défendable.
Et parfois nous ne savons pas nous défaire des mauvaises raisons par lesquelles nous justifions ceci ou cela : j'en suis conscient, comme fumeur... qui ne considère pas vraiment que ce soit une bonne chose !
Le manque de rigueur intellectuelle nous guette donc tous, à chaque pas et chaque instant.
Connaître certains des mécanismes par lesquels il se manifeste peut aider à le contrer, sans garantir aucun succès systématique...
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